LIVRE XII
tezpas, le moment n'est pas favorable! Remontez dans votre chambre, et lorsque vous pourrez sortir sans danger, je vous ferai avertir. — Ne l'écoutez pas, reprend un homme en veste qui se trouve à côté d'elle ; si vous voulez vous en aller, je vais vous pousser et vous serez bientôt sortie. » Sans pressentir le piège affreux qui lui est tendu, Mma de Fausse-Lendry, n'écoulant que le désir de revoir son oncle, se dirige vers le guichet; elle est sur le point de le franchir, lorsqu'elle se sent saisir par le bras. C'est le premier interlocuteur qui s'acharnait à la sauver, comme l'autre s'acharnait à la perdre. «Vous ne sortirez pas, madame. Et vous, dil-il au misérable qui entraînait déjà la malheureuse femme, si vous ne la lâchez, je vous fais fusiller. » L'assassin prend peur, et M1"* de Fausse-Landry est sauvée
Avant le commencement des massacres, M"° Cazotte avait été séparée de son père, elle n'avait qu'une pensée : le rejoindre, le sauver ou mourir avec lui. Tout d'un coup elle l'entend appeler, elle l'entend descendre l'escalier au milieu d'un cliquetis d'armes et de bruits confus; elle s'élance. Avant qu'on ait pu l'arrêter, elle atteint le vieillard, le presse entre ses bras, s'attache à lui. L'irré-
1. L'honnête homme qui sauva M"" de Fausse-Land ry en l'arrèlanl ainsi sur le seuil du fatal "uietiet s'appelait Pochet. Celle dame, dans son récit, dit qu'il éluït un des juges; cela n'est pus probable, car Maillard savait mieux les choisir. Peut-être était-ce un officier de U garde nationale qui commandait le posle de service et qui se vengeait, en sauvant des victimes isolées, de l'impuissance où il était d'arrêter, à lui tout seul, les massacres dont il était le témoin involontaire et forcé. Le mot « je vous fais fusiller! « indique bien un officier pr.rlant à un subalterne.
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sistible sympathie de son immense amour filial se communique à tous les assistants; les tueurs eux-mêmes se laissent attendrir par les larmes de la jeune fille, par les cheveux blancs du vieillard1.
Le dévouement de Mlla deSombreuil n'a pas été moins célébré que celui de MUe Cazolle. Pendant plusieurs heures, devant le prétendu tribunal, elle déploya une héroïque énergie, attendrit successivement le président et les juges. Maillard, qui n'avait pas reçu l'ordre spécial de faire
1. Cazotte, ancien commissaire gémirai delà marine, retiré près d'Épernay, était en correspondance très-suivie avec un de ses amis, M. Ponteau, secrétaire de l'intendant de la liste civiie Laporle; il lui avait à plusieurs reprises envoyé des plans absurdes d'évasion pour la famille royale; on avait fait de celte correspondance une vaste conspiration, et de ce vieillard illuminé le chef des conspirateurs. Les faiseurs de listes avaient cependant dédaigné de marquer de la croix fatale le nom de Cazotte; les assassins avaient eu ainsi permission d'agir à son égard comme ils voudraient. Mais, quelques jours après les massacres, le tribunal du 17 août ordonna la reprise des poursuites contre le malheureux vieillard. On eut soin d'arrêter en môme temps sa fille el de la retenir dans une autre prison jusqu'après le jugement.
Cazotte, sur le conseil de son défenseur, déclina la compétence du tribunal extraordinaire, prétendant qu'il ne pouvait être jugé une deuxième fois, ayant déjà été absous par le tribunal installé au guichet de l'Abbaye. Ce moyen de défense aurait dû être péremptoire auprès des ultra-révolutionnaires; mais ils n'hésitèrent pas de se mettre en contradiction avec eux-mêmes. Cazotte fut condamné a. mort et exécuté le 24 septembre.
Voici le texte même du déclinaloire qu'il présenta :
h Jacques Cazoltc, ci-devant arrêté à Épernay, sur les indications du bureau de surveillance, conduit dans les prisons de l'Abbaye, à l'occasion delà correspondance avec le sieur Ponteau. correspondance devenue publique par la voie de l'impression, a été tiré des prisons
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