LIVRE XI î
nationale. Autour du Temple la foule était grande; sans résistance elle s'est ouverte pour laisser passer les commissaires, qui ont trouvé les cours intérieures absolument vides. La porte de la prison du roi était gardée par une barrière que le peuple n'a jamais franchie et ne franchira jamais, celle de la raison, de la liberté et de l'égalité : un ruban tricolore1. »
Ce récit rend quelque courage à l'Assemblée, et bientôt Gensouné vient, aunom de la commission extraordinaire, lui proposer d'adopter une proclamation et un décret destinés en apparence à satisfaire aux demandes formulées par le ministre de la guerre, en réalité à rendre, s'il est possible, aux autorités de Paris, le sentiment des devoirs qui leur incombent. La proclamation adressée aux citoyens qui partent pour la frontière les invite « îi se défier des suggestions perfides, des incitations des hommes (fui appellent la discorde, la haine et la division, veulent allumer la guerre civile, exciter des désordres dans Paris, provoquer aux excès. »
Le décret, dans ses considérants, adjure tous les bons citoyens « de se rallier plus que jamais à l'Assemblée nationale, aux autorités constituées, pour concourir par tous les moyens en leur pouvoir au l'établissement de l'ordre et de la tranquillité publique. »
Après avoir dépeint en termes énergiques la sûreté des personnes et des propriétés méconnue, les haines particulières se substituant à l'action de la loi, la. fureur des proscriptions se couvrant du masque d'un faux zèle,
]. IXfbalSj n° 343, p. 50, 51.
m HISTOIRE DE LA TERREUR.
il voue à l'exécration de la France entière et de la postérité tous ceux qui méconnaissent l'autorité des lois, et rappelle le peuple de la capitale à sa dignité, à. son caractère, à ses devoirs. Dans son dispositif, il prescrit a la municipalité, au conseil général de la Commune et au commandant de la garde nationale, de donner, chacun eo ce qui le concerne et sous sa responsabilité personnelle, tous les ordres nécessaires pour que la sûreté des personnes et des propriétés soit respectée ; il leur enjoint de venir le jour même à la barre de l'Assemblée prêter individuellement le serment de faire leur devoir et de mourir, s'il le faut, pour l'exécution de la loi
Aux termes de son article final, ce décret devait être proclamé solennellement dans tout Paris et porté dans chacune des quarante-huit sections par des commissaires de l'Assemblée nationale.
C'était la première protestation qui se fût encore nettement formulée contre les attentais qui se commettaient depuis trente-six heures. Elle était bien timide, car on n'osait pas y nommer les véritables auteurs des massacres, on se contentait de les anathématiser en masse par des phrases vides et sonores.
L'Assemblée adopte sans discussion les propositions de Gensonné. Aussitôt après, Brissot, au nom de la commission extraordinaire, présente la liste des députés qui seront chargés d'aller dans les sections faire entendre des paroles de paix et d'humanité. Elle est
4. La proclamation et le décret se trouvent in extenso dans le Moniteur, p. et dans Y Histoire parlementaire, t.- XVII» p- 379.