LES MASSACRES EN PROVINCE
Les doctrines de Marat ne furent pas mises en pratique seulement dans ia capitale. Plusieurs autres villes eurent à subir le contre-coup des mesures préconisées par le comité de surveillance de la commune de Paris. À Meaux, à Beims, à Charleville, à Caen; à Lyon, ailleurs encore, les assassins de l'Abbaye, de la Force et des Carmes, trouvèrent des imitateurs.
De prétendus fédérés, marseillaisou parisiens, s'étaient glissés dans les rangs des volontaires qui se dirigeaient de toutes parts vers la frontière. Aussitôt que le signal du massacre fut donné, ils dévoilèrent leur présence en assassinant les prêtres et les aristocrates qui leur tombèrent entre les mains. Suivons à la piste les traces sanglantes que ces misérables laissèrent de leur passage et, puisque les bourreaux ne se lassèrent pas de tuer, ne nous lassons pas de raconter leurs effrayants exploits; remplissons jusqu'au bout le devoir que nous nous sommes imposé.
Meaux et Reims, deux des principales étapes pour les troupes en marche vers la Champagne, voyaient chaque jour se succéder dans leurs murs de nouveaux bataillons de fédérés, et s'accroître les éléments de trouble et d'agitation qu'elles renfermaient déjà. D'un autre côté, ces deux villes avaient été désignées par le décret portant convocation de la Convention nationale comme les lieux de réunion des assemblées électorales de Seine-et-Marne et de la Marne. Elles devaient être naturellement le point de mire des émissaires maratistes.
Le ix septembre au matin, un détachement de gendarmerie, parti la veille de Paris, arrive à Meaux. Peu après une fermentation extraordinaire se manifeste sur la place de la Halle et dans les rues environnantes. Les autorités constituées siégeaient eu permanence ; tout à coup, dans la salle même où elles étaieot réunies, entrent plusieurs gendarmes parisiens, le sabre au poing, la menace à la bouche. Ils déclarent, au nom du peuple, « qu'il faut purger les prisons et la ville des conspirateurs qui s'y trouvent, qu'il faut imiter ce qui vient de se faire dans la capitale. « Nous avons, ajoute l'orateur, les pouvoirs nécessaires pour propager cet exemple sur toute notre route. »
L'administrateur, chargé du service des prisons, déclare qu'elles ne contiennent que des hommes détenus eu vertu de la loi et dans les cas prévus par elle. Le juge de paix produit ses registres à l'appui de cette allégation1.
1 . Les juges de paix remplissaientà celte époque les fonctions attribuées depuis aux juges d'instruction.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France