LIVRE XIII
Le lendemain matin k septembre, les excès des septembriseurs continuent. A neuf heures, les émeutiers amènent à l'Hôtel de Ville l'abbé Paquot, ancien curé de Saint-Jean, et annoncent hautement leur intention de l'égorger, s'il ne prête le serment civique. Le procureur de la commune déclare que ce prêtre ne peut plus être admis à le prêter, puisqu'aux termes de la loi du 26 août 4792 il a encouru la peine de la déportation ; de son côté, le digne prêtre refuse avec une noble fermeté de racheter sa vie au moyen
la nuit du 3 au 4, aux treize élections qu'ils avaient à faire. Ce qui, dans d'autres départements, ne put être accompli, avec les formalités légales, que dans l'espace do quatre à cinq jours, fut terminé à Reims en moins de vingt-quatre heures, tant les électeurs étaient pressés d'en finir.
Dans la matinée du 3, et pour le premier tour de scrutin, le nombre des électeurs présents est de 442. Ce nombre diminue graduellement. Drouet est élu le septième représentant de la Marne par 135 vois, et Armoimlle le huitième par 430 sur 203 votanls. Ces deux nominations accomplies, le chiffre des votants remonteà 336.
Armonville iraina pendant trois ans à la Convention sa crapuleuse ivresse. Il était assis près do Marat et votait automatiquement sur un signe de l'ami du peuple. Môme parmi les montagnards les plus exaltés, il était un objet de risée et de mépris.
Drouet fut placé par ses amis les ukra- révolutionnaires dans le comité de sûreté générale, où il se montra le plus exalté et le plus sanguinaire de tous. Plusieurs fois il fut envoyé à la tour du Temple et put ainsi, à son aise, contempler l'immense infortune de la famille dont il avait tenu le sort entre ses mains. Envoyé à l'armée, il fut fait prisonnier par les Autrichiens, qui l'échangèrent deux ans après, avec cinq autres conventionnels, contre la fille de Louis XVI; plus tard, il fut impliqué dans l'affaire de Babœuf et dans celle du camp de Grenelle. Malgré ces tristes antécédents, il fut nommé sous-préfet de Siiintn-Moiicliould sous le Consulat et administra net arrondissement jusqu'à la Restauration.
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d'une capitulation de conscience. « Mon choix est fait, dit-il aux forcenés qui l'entourent : je préfère la mort au parjure. Si j'avais deux âmes, j'eu donnerais une pour vous, mais je n'en ai qu' une, je la garde pour mon Dieu. »
A peine a-t-il prononcé ces belles paroles qu'on le saisit, qu'on l'entraîne sur la place et qu'on le perce de coups.
A ce meurtre succède bientôt celui de l'ancien curé de Rilly, plus qu'octogénaire. Il avait prêté le serment constitutionnel, mais plus tard il s'était rétracté. « Qu'il jure, s'écrie la troupe, et nous le reconduirons chez lut ! » Le vieillard déclare qu'il est prêt à mourir. « Eh bien! qu'on le pende! » hurle la foule, et aussitôt des bourreaux improvisés le portent sous un des réverbères de la place.
Le maire accourt, la loi à la main; il essaie de la lire, il demande grâce pour les cheveux blancs du pauvre curé; on ne l'écoute pas, sa voix est étouffée par d'incessantes clameurs ; il parle encore et déjà l'innocent, qu'il s'efforce de sauver, n'estplus qu'un cadavre1.
Les assassins passent la nuit dans des orgies et des débauches sans nom. Tout à coup on annonce que Verdun s'est rendu, que l'on entend le bruit du canon, que ce bruit se rapproche. Le tocsin sonne à plusieurs églises, les plus grands désordres sont à craindre. Mais les derniers excès, auxquels viennent de se livrer les
4 . Nous épargnons à nos lecteurs les détails de la mort de ces deux vieillards et des outrages faits a leurs cadavres; ces détails sont consignés dans le procès-verbal officiel que nous avons sous les yeux.
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