‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 184 sur 262 · LIVRE mu · texte numérisé non relu

LIVRE mu

Dans certaines régions gouvernementales on savait si peu ce qui se passait, que Pétion faisait placarder dans la soirée du 8, sur les murs de Paris, une proclamation ainsi conçue :

« Nous invitons tous nos concitoyens, les bons patriotes composant le peuple, à faire en sorte que les prisonniers d'Orléans (maintenant à Arpajon) , si absolument il est impossible qu'ils ne vinssent point a Paris, y arrivent au moins sains et saufs. Tous les bons citoyens se réuniront ensuite pour veiller à ce qu'il ne s'échappe des prisons aucun de ces prisonniers. Nous nous en rapportons à la sagesse et au génie du peuple sur ce grand objet. »

Pendant que Pétion annonçait dans ce style embarrassé et sentimental l'arrivée des prisonniers à Paris , Roland écrivait la lettre suivante aux administrateurs du département de Seine-et-Oise :

h On m'annonce, messieurs, que les prisonniers d'État, ci-devant détenus à Orléans, doivent arriver dimanche matin à Versailles. Je vous prie de faire toutes les disposions pour qu'ils puissent être déposés en sûreté dans les prisons de vo'.re ville, et en même temps pour qu'il soit pourvu tant au logement et à la subsistance de ces prisonniers qu'à celle de la nombreuse garde qui leur sert de cortège, et des commissaires de Paris chargés de veillera leur conservation. Le nombre de ces personnes

étant à peu près de quinze cents, vous sentez la nécessité de prendre sur-le-cliamp les mesures convenables à cet égard. Je ne puis trop recommandera votre sollicitude, messieurs, les précautions les plus sages pour préserver de tout événement les prisonniers qui, étant sous le glaive de la loi, méritent tous les égards de l'humanité. »

Dans ces temps malheureux, les honnêtes gens étaient obligés de cacher les intentions les plus louables sous les formes les plus brutales et quelquefois les plus injurieuses pour ceux même qu'il s'agissait de sauver. La municipalité de Versailles fournit ce jour-là un exemple frappant de cette terrible nécessité. Voici les considérants de l'arrêté qu'elle prit, à la réception de la lettre de Ttoland, pour affecter au logement des prisonniers qu'on lui annonçait les bâtiments de l'ancienne ménagerie, située à moitié route entre Versailles et Sainl-Cyr :

« Considérant que Versailles renferme en ce moment cinq à six. mille hommes des diverses parties du département pour se former en bataillons de volontaires ; que, depuis plusieurs jours, des hommes pervers cherchent, par des instigations perfides, à égarer le civisme des citoyens pour les porter à des exécutions sanglantes; que si, jusqu'à ce moment, les magistrats sont parvenus à déjouer ces manœuvres odieuses, il est à craindre que l'arrivée des prisonniers d'État ne fournisse l'occasion de les renouveler avec plus de succès; — considérant que les maisons de justice et d'arrêt sont remplies; qu'il n'existe dans la ville aucun local propre à recevoir les prisonniers ; que, hors les murs et à peu de distance,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 1