‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 186 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

vocateurs, qui, depuis quelques jours, affluent dans Versailles; il demande s'il doit interroger les accusés aussitôt leur arrivée. « Que vous importe? L'affaire de ces gens-là ne vous regarde pas, répond brusquement le ministre; remplissez vos fonctions et ne vous mêlez pas d'autre chose. — Mais monsieur, objecte le înagisgistrat, les lois ordonnent de veiller à la sûreté des prisonniers.— Que vous importe! s'écrie Danton, sans répondre directement aux paroles d'Alquier,en ayant l'air de se parler à lui-même et en marchant à grands pas... Il y a parmi eux de bien grands coupables; on ne sait pas encore de quel œil le peuple les verra et jusqu'où, peut aller son indignation. » Alquier veut encore parler, mais le terrible ministre lui tourne le dos, et le magistrat sort de l'hôtel de la place Vendôme, le désespoir dans l'âme et avec la certitude que les prisonniers sont perdus1.

Le messager, envoyé à Roland, revient le dimanche

bruit répandu que les prisonniers retourneraient à Orléans ou allaient à Saumur ne fût semé pour empêcher qu'on ne se portât en foule à leur rencontre à Versailles, nous avons cru ne devoir répondre que ces quatre mots :

« A MM. les membres dit directoire de Seùie-el-Oise.

a Arpajon, 8 septembre 170*.

« Messieurs, nous avons. rci;u la lettre que vous nous avez fait l'hon- « neur de nous écrire; trop pressés pour vous répondre, nous en ré- « ferons à M. le, ministre de l'intérieur, auquel nous vous prions de « faire parvenir ce paquet, lequel vous instruira de tout ce que vous « avez à faire. »

1. Tous ces détails sont tirés d'une lettre de Gillet, député de Seineet-Oise au conseil des Cinq-Cents, en date du â5 nivôse an v.

de bon matin avec «ne lettre annonçant que les prisonniers arriveront dans Ja journée à Versailles, accompagnés de deux mille hommes armés, et que l'on va aviser à ce que leur séjour dans celte ville ne soit pas de longue durée. Le doute n'est plus possible. Quelques officiers de Fournier, détachés en éclaireurs en avant du convoi, achèvent d'ailleurs de le dissiper. Ils viennent, disent-ils, s'assurer par eux-mêmes des dispositions qu'on a prises pour la réception des accusés. Sous ce prétexte, ils parcourent la ville et s'abouchent avec les sicaires envoyés de Paris par le comité de surveillance; ils leur donnent les derniers renseignements et reçoivent d'eux le suprême mot d'ordre.

Le dimanche, 9 septembre, jour de douleur éternelle pour Versailles, toutes les autorités civiles siégeaient en permanence à la maison commune. Le maire était Hyppolite Richaud; ce nom mérite d'être conservé à jamais par l'Histoire. A dix heures le courageux magistrat monte à cheval, et, suivi de quelques officiers de la garde nationale, va publier lui-même, à travers les rues, une proclamation qui place les prisonniers, comme un dépôt sacré, sous la sauvegarde des habitants1. Puis, il se porte au-devant du convoi qui, parti d'Arpajon avant l'aube, avait traversé Liuas, Marcoussis, Orçayet touchait

\ . Cette proclamation se trouve page 302 de la nouvelle édition des Mémoires sur les journées de septembre (Firmin Uidot, 1838).

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