‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 187 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

déjà à Jouy-en-Josas. Le projet de Richaud élaît .de prendre la direction du cortège, de manière à le conduire par des chemins détournés jusqu'à la ménagerie, sans trop s'approcher de la ville; mais les chefs de l'armée parisienne qui tenaient essentiellement, et pour cause, à leur premier itinéraire, refusent de s'engager dans les routes de traverse où les chariots et les canons, disentils, auraient de la peine à passer; ils déclarent vouloir absolument suivre la grande route; le passage par Versailles ne peut, suivant eux, être d'aucun danger, « leurs hommes étant assez nombreux et assez bien armés pour résister, s'il le fallait, à un attroupement de vingt mille hommes. »

On part de Jouy, un détachement de cavalerie en avant, un autre en arrière, les chariots au milieu, entre deux files d'infanterié. Aux abords de la ville, Richaud propose de ranger la cavalerie autour des voitures, entre les prisonniers et les fantassins. Fournier s'y refuse, disant que la précaution est inutile et qu'il répond de son monde. À deux heures, on entre à Versailles par la rue des Chantiers; on longe l'avenue de Paris, la place d'armes, la rue de la Surintendance. Le convoi chemine lentement au milieu d'une affreuse cohue, mais personne ne paraît -disposé à se porter à des excès contre les prisonniers. Le maire, qui est en avant avec l'état-major, veut aller veiller de plus près sur les chariots; les commandants et les commissaires le retiennent au milieu d'eux en soutenant que c'est là sa place et que, nulle part ailleurs, il ne sera mieux à même de rappeler au peuple le respect dû à la loi ; il cède, passe avec eux

la grille de l'Orangerie, et s'engage sur la route de Saint- Cyr. Ed ce moment un cri se fait entendre : « les cha~ riots sont arrêtés. » Richaud, sans regarder qui le suit, revient au galop et arrive près de l'ancien hôtel de la guerre, au moment où !a première voiture était entourée par une troupe d'émeutîers, avant-garde ordinaire des assassins. « Ne vous déshonorez pas, s'écrie le maire, ces hommes n'ont pas été jugés, voudriez- vous frapper des innocents? » La populace émue recule; le chariot est dégagé. Mais, malgré les ordres de Richaud, ceux qui le conduisent ne se remettent pas en marche, la grille de l'Orangerie vient d'être brusquement fermée; tout l'étatmajor se trouve, par celte manœuvre; séparé du reste de l'escorte.

Fournier et les commissaires de la commune de Paris restent impassibles et ne font nul effort pour rétablir la communication interrompue entre eux et leur soldats. C'est un administrateur du district de Versailles, Deplane, qui harangue et l'escorte et la foule; mais il se voit bientôt contraint de se retirer devant les plus furieuses menaces. Richaud quitte les chariots et se jette au milieu des émeutiers. Ayant réussi à faire rouvrir la grille, il saute à bas de son cheval, se place entre les deux battants, au risque d'être écrasé, et appelle du secours. Commandant, officiers, commissaires, soldats de l'escorte, personne ne lui répond, personne ne le seconde. Enfin, on l'arrache de l'endroit périlleux où il s'est placé et on l'entraîne de force chez le suisse de la porte.

Vainement l'y veut-on retenir. « Non, s'écrie-il, ce n'est pas ici mon poste! » Il s'échappe des bras de ceux

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 1