DÉPOSITION DU CITOYEN PKOZET
« Le lar floréal, l'an m* de la république française, est comparu Prozet, pharmacien, demeurant à Orléans, rue de l'Égalité, 8/|, section de la Vérité, qui a fait la déclaration suivante :
« Je soussigné déclare que Léonard Bourdon et Prosper Dubail vinrent à Orléans comme commissaires de Paris, au mois d'août
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
1792, pour s'informer de l'état des prisons et des prisonniers près îa haute Cour nationale ; que, le 30 dudit mois, il y eut une conférence au département entre les trois corps administratifs et lesdils deux commissaires; que, dans cette conférence, à laquelle j'assistai comme officier municipal, il fut question de la réception à faire à la garde nationale de Paris, qui devait arriver le lendemain-, que Léonard Bourdon et Lachanx, maire, insistaient beaucoup pour qu'il leur fut fait un grand banquet à leur arrivée ; que l'impossibilité et les inconvénients qui pourraient résulter d'un pareille entreprise, aussi prompte, ayant été démontrés, il fut décidé unanimement de surseoir, d'après l'avis du citoyen Dubail, qui vint à la maison commune pendant que nous tenions une séance publique à laquelle il assista; qu'après il passa dans la chanibredu conseil, et que là, après que le plus grand nombre des officiers municipaux se fut retiré, il dit aux membres restants, dont moi , déposant , étais du nombre, qu'il venait pour nous prévenir que son coll£:gue Bourdon était venu avec les plus mauvaises intentions contre notre ville, et que ses démarches étaient combinées avec quelques membres de la commune , et nommément le maire ; qu'en conséquence il nous exhortait à être très-circonspects dans tout ce que nous dirions devant lui; qu'il ajouta qu'à leur arrivée le maire Lachauxet deux autres officiers municipaux avaient été souper avec eux, que si les Parisiens venaient à Orléans, c'était à Léonard Bourdon qu'on devait l'attribuer, que le citoyen Dubail les avait pèrorès à Longjumeau et les avait déterminés a retourner sur leurs pas, mais que Léonard Bourdon , après les avoir fait déjeuner, les avait fait changer d'avis et leur avait fait faire une pétition qu'ils avaient envoyée par une députation au corps législatif, dans laquelle ils demandaient un décret pour les autoriser à venir ;
« Que, le 2 septembre, un garde national de Paris, dont je ne me rappelle pas le nom, vint me prévenir que Foumier, commandant du détachement parisien, avait assemblé sa troupe sur le Mail et que là, avec Léonard Bourdon, ils avaient annoncé qu'il y avait un décret qui ordonnait de conduire les prisonniers à Saumur, mais qu'il ne fallait point y obéir, mais au contraire les conduire à Paris ; qu'il les prévenait que, par la place qu'ils
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTES
occupaient, ils seraient obligés de paraître vouloir faire exécuter la foi, mais qu'alors la troupe n'aurait qu'à crier : « Nous voulons aller à Paris! » que, sur leur observation qu'eux, Léonard Bourdon et Fournier leur faisaient remarquer qu'ils allaient se rendre coupables de désobéissance et qu'ils seraient regardés comme brigands, qu'alors ils n'auraient qu'à crier plus fort : « Eh bien, oui, nous voulons être des brigands et nous voulons mener les prisonniers à Paris! »
« Quejefispartau citoyen Dubail et au citoyen Garran-Coulon de l'avis que je venais de recevoir; que ces deux citoyens firent venir Fournier et le sommèrent de déclarer s'il voulait obéir à la loi, oui ou non; qu'après plusieurs tergiversations, Fournier demanda à se retirer dans une chambre avec un nommé Bécard, qui était son commandant en second; que le citoyen Léonard Bourdon vint dans ladite chambre où j'étais aussi, et que là il dit à Fournier : « Dis que tu vas les conduire à Saumur, mais demain matin tu n'en feras pas moins ce dont nous sommes convenus; « que l'essentiel était d'avoir de l'argent dans ce moment et qu'il lui conseillait d'en demander et de déclarer qu'il ne pouvait partir sans cela; que Fournier alors se retourna vers Bécard et lui dit: « Combien demanderons-nous? Crois-tu que douze mille francs seront assez? » A quoi Bécard répartit: « Demandes-en quinze; » que je rapportai ces propos aux citoyens Dubail et Garran-Coulon, qui étaient pénétrés de douleur de ne pouvoir retirer les prisonniers des mains des Parisiens qui s'en étaient emparés, et qui me dirent qu'ils n'osaient requérir la force armée d'Orléans, parce qu'ils étaient certains que ce serait le signal du massacre des prisonniers. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
XXYII