LIVRE IX
tonelle et Péraldi. Leur mission comprenant l'inspection des troupes postées entre Maubeugeet Bitche. ils avaient à visiter successivement La Fayette et Luckner. ils prirent la roule directe de Sedan ; leur première étape fut le camp de Soïssons , dont on avait tant parlé depuis deux mois. Ils devaient s'assurer du nombre et de la situation des volontaires déjà rassemblés.
Pendant qu'ils s'y arrêtent, transportons-nous à Sedan, et voyons ce qui s'y passe. La Fayette avait reçu les premières nouvelles de l'insurrection parisienne par un de ses officiers qui était parvenu, le soir même du 10, à franchir le mur d'enceinte de la capitale et élait accouru en toute hâte lui rapporter les événements dont il avait été témoin. Pendant une nuit entière, il fut seul dans son armée à savoir que le peuple était maître aux Tuileries, et le roi suspendu de ses fonctions.
Quelles avaient été, pendant cette nuit, les pensées de l'illustre général, également attaché aux droits de la nation et aux prérogatives de la couronne dont il avait, comme tant d'autres, rêvé l'harmonieux concert? Jrat-il courber silencieusement la tète devant l'orage qui vient de briser la couronne de Louis XVI? Doit-il trahir la confiance dont soixante-quÎDze Directoires de département lui ont donné le glorieux témoignage en adhérant à la conduite qu'il a tenue lors des événements du mois de juin? Peut-il faire abstraction du vole de l'Assemblée législative qui , le 8 août, lorsqu'elle jouissait encore de son libre arbitre, s'est refusée à le livrer aux accusations jacobines et lui a donné implicitement à entendre qu'elle comptait sur lui et sur son
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
armée pour le jour de la crise déjà imminente et prévue? Mais, d'autre part, lui est-il possible de diriger sur Paris les troupes qui couvrent la frontière la plus menacée et de dégarnir les premières places fortes devant l'ennemi qui s'avance? Comment songer à établir la moindre entente entre lui et les chefs de la coalition étrangère, au moment où ils accourent pour mettre à exécution les effroyables menaces du manifeste de Brunswick? Peut-il un instant e3pérer que ces chefs, qui s'apprêtent à envahir la France dans le dessein hautement avoué d'y l'établir le pouvoir absolu, consentiront à s'arrêter, sur sa demande, et à respecter la frontière jusqu'à ce qu'il ait eu le temps de rétablir le trône constitutionnel ? Lui élait-i! donc réservé de donner le signal de la guerre civile? Maïs quoi, ce signal, est-ce lui qui le donne? N'est-il pas parti des rangs de ceux qui , à main armée, ont envahi les Tuileries? Parce que la populace de Paris s'est emparée de la demeure royale, parce qu'elle dicte ses volontés à la représentation nationale, faut-il la laisser jouir tranquillement de son triomphe ? N'est-il pas plutôt de son devoir, à lui , le général do la Constitution, et, quand il en est temps encore, de faire une dernière tentative pour dégager la France des étreintes mortelles de la démagogie? La France, la vraie France qui veut l'ordre et la liberté, ne l'appelie-t-elle pas, n'étend-elle pas vers lui ses bras suppliants?
Ces questions et mille autres du même genre se heurtaient tumultueusement dans l'âme de La Fayette, comme elles devaient s'agiter dans la conscience de tous ceux, qui, le 40 août 1792, se trouvaient sivoir entre les