LIVRE IX
espérait voie se propager jusqu'aux extrémités de la France. Il avait adressé à chacun des membres de l'Assemblée législative, à tous les Directoires de département, ainsi qu'aux principales municipalités du royaume, les actes par lesquels les autorités des Ardennes avaient déclaré ne plus reconnaître les décrets émanés d'une Assemblée placée sous les poignards des assassins. II supposait que les députés de la droite sauraient se soustraire à la surveillance des nouveaux dominateurs de Paris et viendraient se grouper autour de lui pour former une assemblée que bientôt le pays entier, a la voix de ses autorités départementales, reconnaîtrait comme sa seule représentation légitime. Par malheur, aucune des prévisions du général ne devait se réaliser. Si, le premier jour, les troupes directement placées sous ses ordres avaient accueilli ses proclamations avec enthousiasme, celles qui occupaient des cantonnements éloignés de Sedan s'étaient montrées froides et même hostiles aux exhortations que ses lieutenants leur avaient
Fut arrêtée, amenée dans les prisons du Puy et de là à Paris. Elle fut providentiellement épargnée par la hache révolutionnaire, tandis que sa grand'mère, la maréchale de Noailles, sa mère, la duchesse D'Ayen, sa sœur, la vicomtesse de Noailles, périssaient sur i'échafaud. Quelques mois après le 9 thermidor, un ordre du Comité de sûreté générale (43 pluviôse an III) signé Harmand, Vardon, Legendre et Boudin, ordonnait sa mise en liberté. Elle en profita pour aller immédiatement, avec ses deux filles, partager à Olmiitz la captivité du général, donnant ainsi au monde un magnifique exemple d'amour conjugal, pendant que son époux en donnait un non moins grand décourage civique, en refusant d'acheter sa liberté par le sacrifice de ses convictions.
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transmises de sa part. Une partie de ses troupes étant campées dans l'Aisne, La Fayette avait cru devoir s'adresser au Directoire de ce déparlement pour obtenir de lui les mêmes ordres que ceux, qui lui avaient été donnés par celui des Ardennes. La Fayette comptait d'autant plus sur le succès de celte démarche, que le Conseil général de l'Aisne avait naguère signé et publié une adresse irès-vive contre les événements du 20 juin, s'était même approprié le fameux arrêté du département de la Somme, et avait, lui aussi, envoyé à Paris des délégués chargés de veiller à la sûreté de la personne royale.
Néanmoins, les administrateurs du département de l'Aisne ne crurent pas devoir, après le 10 août, persévérer dans la ligne de conduite qu'ils avaient paru disposés à adopter après le 20 juin. Loin de l'aire bon accueil aux appels du général de la Constitution, ils ordonnèrent « à tous les gardes nationaux d'arrêter La Fayette partout où ils le trouveraient et de le détenir sous bonne et sûre garde , jusqu'à ce que l'Assemblée nationale eût décidé à quel tribunal il devrait être envoyé. » Ils enjoignirent en même temps à la force publique de se saisir du colonel Langlois 4, qui était venu leur porter les lettres du général, et s'empressèrent de
1. L'ordre d'arrestation lancé contre le colonel Langlois par le département de l'Aisne ne fut pas exécuté, grâce à nous ne savons quelle circonstance. Le colonel put rejoindre son général et lui rendre compte dç l'insuccès de sa mission. Nous voyons cet officier figurer parmi ceux des amis de La Fayette qui furent arrêtés le 19 août ;iux avant-postes autrichiens.
transmettre unecopiede leurs décisionsau général Dillon, qui avait des troupes cantonnées dans leur département i .
Dillon avait obéi aux ordres que , dès le 12, il avait reçus de son supérieur. Il avait fait prêter à ses troupes le serment de fidélité à la constitution de 1791, à la loi, à la nation , au roi; il leur avait même adressé un ordre du jour très-vif contre les événements du 10 août et leurs auteurs2. Mais l'arrêté du département de l'Aisne le fit réfléchir, il se rétracta aussitôt et rompit toute communication avec son général en chef.
A Metz, Luckner, sur le concours duquel La Fayette croyait pouvoir compter, se contenta de pousser des gémissements contre les attentats du 10 août et d'entremêler son jargon allemand de phrases à double entente sur les Jacobins. Mais il n'agissait pas et paraissait ne pas vouloir agir. D'ailleurs, l'ancien maire de Metz, Anthoine, était revenu porteur du décret qui le réintégrait dans ses fonctions et qui cassait le Conseil général de la Moselle. Tout projet de résistance constitutionnelle était donc annihilé de ce côlé. De toutes parts les nouvelles étaient désastreuses pour La Fayette et ceux qui avaient résolument embrassé son parti. Partout on paraissait se résigner à se soumettre au fait accompli.
1. La lettre du général La Fayette au département de l'Aisne, et l'arrêté de ce Directoire, déclarant qu'il n'y a pas lieu d'y obtempérer, se trouvent à lu page 992 du Moniteur.
5. Cet ordre du jour du général Dillon se trouve au Moniteur, p. 969. 11 fut envoyé à l'Assemblée par le général Dumouriez, qui était alors placé sous les ordres de Dillon, et auquel celui-ci l'avait fait passer.
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Notre pays est toujours le même. Sous le nouveau comme sous l'ancien régime, après comme avant la Révolution, on semble reconnaître à Paris seul le droit de donner un mot d'ordre à. la France.
Le jour même où l'Assemblée le décrétait d'accusation (19 août), La Fayette apprenait par les rapports de son état-major que les soldats placés sous ses ordres immédiats étaient près d'en venir aux mains. Les uns entendaient le défendre à tout prix; les autres paraissaient disposés à le livrer pieds et poings liés, comme ils y étaient conviés par l'arrêté du département de l'Aisne. Le malheureux général ne pouvait plus, dès lors, se maintenir dans l'attitude de résistance légale qu'il avait adoptée. Pour épargner à .sa' propre armée la terrible épreuve d'une lutte intestine, il n'avait qu'un parti à prendre : se dérober, lui et ses amis les plus compromis, au décret de proscription qu'il ne pouvait connaître encore, mais qu'il devait facilement prévoir.
Avant de partir, il prit les précautions militaires les plus minutieuses, afin que les troupes restassent en sûreté dans les positions qu'elles occupaient. Désirant aussi mettre à couvert la responsabilité des magistrats qui s'étaient associés à sa cause, il rédigea une réquisition antidatée, dans laquelle il se constituait seul coupable de tout ce qui, depuis le 10 août, avait été dit et fait autour de lui contre les décrets de l'Assemblée législative1.
Puis, sous le prétexte d'exécuter une reconnais-
\. Cette réquisition, datée du 43 août, se trouve à la page 1000 du Moniteur.
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