‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 33 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

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sance, il se dirigea sur Bouillon , point extrême de la frontière ; là il renvoya son escorte et ses ordonnances, et adressa à la municipalité de Sedan et à son armée des lettres d'adieu nobles et tristes, où seréflètent les sentiments douloureux dont son âme était agitée1.

La Fayette et ses amis comptaient gagner la Hollande, et de là l'Angleterre ou l'Amérique; mais à Rochefort, petite ville dépendant alors de l'évêché de Liège et située, par conséquent, en pays neutre; ils furent arrêtés par les avant-postes autrichiens. Le général Moi telle, qui aurait dû les accueillir comme d'illustres proscrits, leur déclara qu'ils étaient prisonniers de guerre.

Au moment où, en France, la démagogie les poursuivait comme les vils esclaves d'un despote, et où sur la terre étrangère les suppôts du despotisme les punissaient d'avoir été les promoteurs de la Déclaration des droits de l'homme, les généraux et officiers constitutionnels tombés entre les mains des lieutenants de Brunswick ne renièrent pas leur foi politique. Dans une protestation digne et ferme ils consignèrent le témoignage de leur dévouement inébranlable à la cause de la liberté, et attachèrent un ineffaçable stygmate au front de la puissance qui violait en eux le droit des gens.

« Rochefort, 19 août.

« Les soussignés, citoyens français, arrachés par un

1 . La lettre à la iïmuici|>Riii.c de Siulnn fut imprimce dans le Moniteur te lendemain du jour où elle parvint à l'Assemblée (séance du 21 août, p. 4000). Les adieux de La Favetteà son armée ne furent imprimés que beaucoup plus lard, sous la rubrique de Bruxelles. [Moniteur du 80 septembre 1792, p. 1119.)

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concours impérieux de circonstances extraordinaires au bonheur de servir, comme ils n'ont cessé de le faire, la liberté de leur pays , n'ayant pu s'opposer plus longtemps aux violations de la Constitution que la volonté nationale y a établie, déclarent : qu'ils ne peuvent être considérés comme des militaires ennemis , et moins encore comme cette portion de leurs compatriotes que des intérêts, des sentiments ou des opinions, absolument opposées aux leurs, ont portés à se lier avec les puissances en guerre avec la France, mais comme des étrangers qui réclament un libre passage que le droit des gens leur assure et dont ils useront pour se rendre promptemeut sur un territoire dont le gouvernement ne soit pas actuellement en état d'hostilité contre leur patrie1. »

Les généraux autrichiens s'efforcèrent à plusieurs reprises de tirer du général La Fayette et de ses compagnons des renseignements sur la situation et la force des armées françaises; mais ils échouèrent honteusement dans leurs tentatives. Les prisonniers furent conduits a Namur, et de là à Nivelles. Dans cette dernière ville,

1. Par un reste de pudeur, les Jacobins laissèrent publier cette protestation qui avait paru dans la Gazelle de Leyde, le 30 août. Elle se retrouve au Moniteur du 8 septembre 4792, et est signée : La Fayette, César La tour-Mac bourg , Alexandre Lametb, Laurooy, Duroure, Masson, Sicard, Bureaux de Pusy, Victor Latour-Mauhourg, Victor Gouvion, Langlois, Sionville, V. Romœuf, d'Agrain, L. Romœuf, Cunner, Giliet, La Colombo, V. Romeuf, Charles Latour-Maubourg, Al. Darblay, Soubeyran, Cadignan.

Nous avons rassemblé, à la fin de ce volume, les documents que nous avons pu recueillir sur les signataires de ce monument de courage et de loyauté.

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