‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 47 sur 262 · LIVRE X. 9o · texte numérisé non relu

LIVRE X. 9o

jour par l'Assemblée, encouragée par la commune insurrectionnelle, pratiquée en grand par tous les jacobins de Paris et des départements, il n'était pas à craindre que les dénonciateurs vinssent à manquer contre les ecclésiastiques désignés légalement à la haine de tous les démagogues. Cependant on trouva plus commode de substituer à l'arrestation individuelle sur simple soupçon la déportation collective, en attendant que la commune de Paris et ses imitateurs, dans quelques autres localités, inventassent une simplification nouvelle : regorgement en masse.

Chaque jour, à l'Assemblée législative, la Montagne pressait la commission extraordinaire de déposer le rapport qu'elle avait été chargée de faire sur le mode et le Heu de déportation des prêtres insermentés. On est tellement impatient d'en finir avec celte question brûlante que la discussion s'engage, le 23 août, sur un projet présenté par un membre (Benoiston), en son nom particulier, et aux termes duquel tous les prêtres insermentés doivent sortir du territoire dans le délai de quinze jours. Cambon propose de les déporter à la Guyane française, où l'agriculture manque de bras. « Oui, ajoute Lacroix, il faut débarrasser la France de cette peste publique3, mais il ne faut pas blesser la morale des nations en les envoyant empoisonner nos voisins. Du reste, ajoute-t-il ironiquement, en les transportant à la Guyane,

chez elles. D'après cet exposé succinct, vous jugerez, législateurs, si ■ de pareilles femmes doivent continuer l'éducation des enfants de la patrie, a

-I . Journal des Débats el Décrets, p. 23, n° 331 .

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il ne perdront pas l'espoir de revenir en France, s'ils ne sont pas incurables. C'est une espèce de séminaire où nous les envoyons. »> Un député, dont le nom mérite d'être conservé par l'histoire, un simple cultivateur d'Eure-et-Loir, Claye, s'indigne à ce langage et s'écrie : « 11 n'y a que quinze jours que vous avez juré de maintenir la liberté et l'égalité, et aujourd'hui vous voulez prononcer une peine rigoureuse contre des individus qui n'ont fait, en refusant le serment, que ce que la loi leur permettait de faire! Vous punissez des gens pour la liberté de leur opinion comme des criminels de lèsenation. Au moment de terminer notre carrière, ne nous avilissons pas par une loi atroce rendue si précipitamment. »

Lasource, ministre protestant, combat lui-même la motion de Cambon : « Je m'étais imposé la loi de ne jamais prendre la parole quand il s'agirait de religion et de prêtres, étant prêtre moi-même d'une autre religion. Cependant, je parlerai dans ce moment, et sans doute ma parole ne sera pas suspecte. Je dis que si vous avez le droit de chasser de France tous les individus qui en troublent la paix, du moment oit vous les avez dépouillés de tous les avantages du pacte social, il ne vous est pas permis de leur dire : Vous irez là ! Une fois sortis de la société, ils sont livrés à eux-mêmes, et puisqu'ils ne sont plus citoyens français, ils iront où ils voudront. Si on ne les souffre pas en Europe, ils s'embarqueront, c'est leur affaire... Mais dans quel pays propose-t-on de les envoyer? Faut-il vous rappeler que, sous Louis XV, douze mille Français, envoyés pour peupler la Guyane, y

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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