LIVRE X
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Dans le livre précédent, nous avons raconté la formation, l'installation et le premier arrêt du tribunal du 17 août. Au malheureux Gollenot-D'Angreniont succédèrent bientôt d'autres victimes.
On avait découvert, chezLaporte, intendant de la liste civile, des pièces fort compromettantes pour le roi. Le fidè'e serviteur, qui s'en était trouvé dépositaire, remplissait auprès de Louis XVI une de ces charges dont l'étroite et nécessaire subordination exclut toute volonté propre et, par conséquent, toute responsabilité. Mais son nom avait été souvent, dans les clubs et à l'Assemblée, mêlé à toutes les accusations lancées contre la cour ; c'était lui qui, lors du voyage de Varennes, avait été chargé par Louis XVï de déposer sur le bureau de l'Assemblée nationale la protestation si intempestive et si imprudente, préparée par te monarque fugitif. Il n'en fallait pas tant pour le désigner spécialement aux vengeances de la démagogie. Devant le tribunal, Laporte ne renia pas son
tion nationale, rappeler à Robespierre celle humiliation et raviver ainsi la blessure d'un amour-propre si irritable. « J'eus le courage, » s'écriait-il le 29 octobre 4792, «de combattre la demande de Robespierre, et l'Assemblée législative celui de passera l'ordre du jour. Alors Robespierre me dit que si l'Assemblée ne l'adoptait pas de bonne volonté, on saurait la lui faire adopter par le tocsin. » Le & avril 1794, la guillotine aux ordres de Robespierre devait venger d'un seul coup ces deus crimes de lèse-majesté dictatoriale.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
maître, et, comme lui, n'eut que des paroles de pardon pour ses bourreaux.
« Citoyens, » s'écria-t-il aussitôtaprès que le président dit tribunal eut prononcé la fatale sentence, «je meurs innocent... Puisse ma mort ramener le calme dans l'empire, mettre un terme aux dissensions intestines ! . . . mais j'en doute!... Puisse l'arrêt qui m' ô te la vie être le dernier jugement injuste de ce tribunal 1 ! »
Le même jour où Laporte montait sur l'échafaud (23 août) commençait le procès de Du Rozoy, rédacteur de la Gazette de Paris. Dans ses papiers, on avait trouvé une immense quantité de lettres adressées au journaliste et dont il était libre de faire ou de ne pas faire usage. On le rendit responsable de toutes les folies de ses correspondants, quoique la plupart lui fussent personnellement inconnus. On voulut voir dans la multiplicité de ses relations, dans la concentration de tant de lettres en une seule main, la preuve flagrante de la conspiration que l'on cherchait partout et que l'on ne trouvait nulle part. Le courageux écrivain ne craignit pas de défendre devant ses juges les principes qu'il avait soutenus dans son journal; aussi fut-il condamné à mort, pour la plus grande glorification de la liberté de la presse! Le 25 août, à neuf beures du soir, en gravissant les marches de l'échafaud, il s'écria : « Un royaliste comme moi devait mourir le jour de la Saint-Louis2. »
K . Voyez le Moniteur du 30 août et le Bulletin du, tribunal criminel, n° 2.