Bulletin du tribunal, n° S
Les trois condamnations de D'Àngremont, de Laporfe et de Du Rozoy ne firent que mettre les dictateurs de l'Hôtel de Ville en goût de condamnations nouvelles. Pour mieux faire comprendre au tribunal extraordinaire ce qu'ils attendaient de lui, et afin de ne pas laisser chômer cet effroyable agent de gouvernement, ils ordonnèrent, par un arrêté formel, de laisser l'instrument du supplice en permanence sur la place du Carrousel, et commandèrent de leur autorité privée une nouvelle machine qui devait être dressée sur la place de Grève. Cela ne les regardait nullement, car l'exécution des arrêts criminels était de la compétence exclusive de l'administration départementale. Mais ne rentrait-il pas dans leurs attributions de terrifier les partis vaincus et de familiariser les masses avec les spectacles les plus tragiques1?
4. On lit Sur le registre tirs délibérations fin conseil général de la commune de Paris, à la date des 23 et 24 août 4792, les deux arrêtés suivants :
« Séance du 23 août
a Le procureur de la commune entendu, le conseil général arrête que la guillotine restera dressée jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné, à l'exception, néanmoins, du coutelas que l'exécuteur des hautes œuvres sera autorisé d'enlever après chaque exécution.
« Les commissaires nommés pour faire enlever le coutelas, étant au haut de la guillotine, sont MM. Merlin et Henriot. »
n Séance du 24- août.
« Le conseil général autorise le fabricateurde machines à décapiter à en fournir une pour le département de Paris, saut à lui à se faire payer par devant qui il appartiendra. »
A cette époque (derniers mois de 1792), on guillotinait sur la place du Carrousel, en face des Tuileries, les condamnés pour crime
Ils furent servis à souhait le 27 août. Ce jour-là eut lieu, sur la place de Grève, à la lueur des flambeaux, une triple exécution : trois fabricateurs de faux assignats avaient été condamnés à la peine capitale par le tribunal criminel ordinaire ; en montrant au peuple la tête de l'on d'eux, l'exécuteur fit un faux.pas et tomba roide mort sur le pavé. Etait-ce un avertissement de Ja Providence qui faisait disparaître le bourreau au moment même où soa office devenait inutile, puisque d'autres mains allaient, ailleurs que sur l'échafaud, immoler les victimes désignées aux fureurs populaires?
Cependant, comme pour déjouer les calculs des dictateurs de l'Hôtel de Ville, plusieurs acquittements succédèrent aux trois condamnations capitales prononcées par le tribunal du 17 août. On n'avait 'pas encore eu le temps de détruire tout sentiment de pitié dans le cœur des juges qui instruisaient les affaires, des jurés qui prononçaient les verdicts et des habitués qui formaient le public des audiences. Ce ne fut que plus
politique jugés par le tribunal du 47 août, et sur la place <le Grève , en face de l'Hôtel de Ville, les criminels jugés par les tribunaux ordinaires.
.Dès 479S, la commune avait ainsi mis, par le fait, la terreur à l'ordre du jour, comme plus tard la Convention le fit par un décret formel; n'avons-nous donc pas eu raison de faire remonter l'inauguration de cet effroyable régime beaucoup plus haut que ne l'avaient fait la plupart des historiens nos devanciers?
Au 24 août 1792 comme au 22 prairial an n, c'était Robespierre qui inspirait les deux seuls pouvoirs véritablement souverains : à la première époque la commune, à la seconde le comité de salut public. Qu'on ose encore réhabiliter la mémoire de cet effroyable pourvoyeur de la mort !
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France