‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 57 sur 262 · LIVRE X. U · texte numérisé non relu

LIVRE X. U

cherché, arrêté et amené à son tour à la barre de l'Assemblée. Après un interrogatoire de deux heures, soutenu avec une admirable présence d'esprit, il fut renvoyé devant le tribunal extraordinaire. Quarante-huit heures suffirent au directeur du jury pour examiner toutes les pièces du procès et dresser l'acte d'accusation. Par la franchise de ses réponses, Luce de Montmorin s'attira les sympathies des jurés et des juges. II confessa être sincèrement attaché à Louis XVI, dont il n'avait reçu que des bienfaits; il déclara s'être strictement renfermé dans l'accomplissement des devoirs de sa charge, sans jamais avoir participé à aucun complot. Les débats durèrent deux jours, la décision du jury fut affirmative sur plusieurs points, mais négative sur la question intentionnelle; l'acquittement dut être prononcé par le tribunal, aux termes exprès de la loi. Depuis le commencement du procès on avait fortement travaillé l'esprit des masses populaires, dans les clubs, dans les sections et dans les groupes qui stationnaient aux abords du Palaisde-Justice. On avait à dessein entretenu la confusion entre les deux Montmorin, entre celui qui était acquitté et n'avait jamais joué de rôle politique, et celui qui avait été ministre et passait pour être l'un des principaux confidents de Louis XVI. L'assistance, qui avait applaudi aux acquittements des jours précédents, accueille celui-ci par de violents murmures : « Vous le déchargez aujourd'hui, crie une voix dans l'auditoire, et dans quinze jours il nous fera égorger. » Le président Osselin avait donné bien des gages au parti démagogique ; mais enfin,il était, ce jour-là, l'organe de la loi ; aussi croit-il devoir

rappeler l'auditoire au silence et au respect. Mais ses remontrances restent vaines ; les hommes apostés par les meneurs de la commune persistent à exiger la révision du procès par la deuxième section du tribunal. Ils font entendre les plus violentes menaces contre l'accusé si le tribunal le fait mettre en liberté- De guerre lasse, le président est obligé de prendre Montmorin sous le bras et de le reconduire lui-même à la Conciergerie, au milieu des hurlements de la foule ameutée.

Le lendemain, le tribunal, pour ne pas rester exposé aux outrages de l'auditoire, fut non-seulement obligé de mettre en accusation le commissaire national Bolot, qui avait siégé dans l'affaire Montmorin et que l'on prétendait s'être montré trop favorable à l'accusé, mais encore il dut laisser constater par nuit individus de l'assistance, accompagnés d'un huissier du tribunal, que l'acquitté de la veille était toujours sous les verrous de la Conciergerie. Le malheureux n'y resta pas longtemps; les assassins de la commune vinrent exécuter la sentence que les dictateurs de l'Hôtel de Ville avaient secrètement prononcée contre lui, et dont les jurés du tribunal extraordinaire avaient refusé de charger leur conscience *.

J. Cette affaire Montmorin joue un grand rôle dans les récits dos historiens qui se sont efforcés de faire triompher le système des circonstances atténuantes en faveur des auteurs des massacres de septembre. M. Louis Blanc, p. 137 et 138 de son t. VII, déclare « que le tribunal du 17 août jetait l'insulte à la face de la nation en prononçant des jugements qui , comme ceux de Dosson ville et de Montmorin, reconnaissaient que les prévenus avaient réellement coopéré aux délits qui leur étaient imputés, mais les déclaraient non convaincus d'avoir agi méchamment et à dessein de nuire. » Suivant lui, ce Turent ces

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Avant de raconter les dernières phases de la lutte si vivement engagée entre les dictateurs de l'Hôtel de Ville et la représentation nationale, jetons un coup d'œil sur les dangers qui menaçaient la France et qui auraient dû réunir tous les pouvoirs dans une même pensée, dans une action commune.

Ces dangers étaient immenses, mais ce n'était point en foulant aux pieds toutes les lois divines et humaines que l'on devait les conjurer. Un peuple n'est vraiment digne de la liberté que lorsqu'il sait envisager de sang-froid les périls qui le menacent et lorsqu'il trouve

décisions si extraordinaires, si contradictoires, si évidemment contrerévolutionnaires, qui exaspérèrent la population parisienne et la portèrent à se précipiter dans les prisons pour se faire justice elle-mème. M. Louis Blanc n'a pas l'air de se douter que ies considérant de ces jugements n'étaient : 1 ° que la reproduction textuelle du verdict du jury qui , d'après la manière dont il avait été choisi dans les sections parisiennes, ne devait pas cependant être suspect de modérantisme; 2° que In stricte application de la législation d'alors, qui voulait que le jury fût consulté séparément sur la question du fait matériel et sur la question intentionnelle, questions que le code de iSiO a sagement réunies en une seule.

Nous donnqns, à la fin de ce volume, un certain nombre de documents inédits sur cette affaire, où l'on avait cherché à confondre les deux cousins dans une même accusation pour faire rejaillir sur l'un l'a nimad version qui, à tort ou à raison, pesait sur l'autre. Plus tard, on les confondit dans fa même mort, car pendant que Luce était égorgé à la Conciergerie, Armand subissait le même sort à l'Abbaye.

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HISTOIRE DE LA TERIÏEUK

assez de force en lui-même pour maîtriser les tumultueuses inspirations de la peur.

L'ennemi avait envahi le territoire français, il avait investi Longwy et Thionville. Cette dernière place avait bravement résisté aux premières attaques des armées coalisées, mais Longwy s'était rendue. Luckner avait élé obligé d'évacuer le camp de Fontoy sur l'extrême frontière, et de se replier aux environs de Metz. La France n'avait que quatre-vingt seize mille hommes de troupes de ligne à opposer aux envahisseurs, dont on évaluait le nombre à deux cent soixante mille. Parmi ces envahisseurs, il est triste de le constater, se trouvaient plusieurs corps d'émigrés qui cherchaient à semer la révolte et la trahison dans les rangs de nos soldats1.

Les campagnes du Poitou s'agitaient déjà; une collision sanglante entre les paysans et les gardes nationales des Deux-Sèvres avait eu lieu à Châlillon. On pouvait déjà le prévoir, les prédictions de Cazaiès allaient se réaliser2; le feu de la guerre civile, que la Législative avait attisé presque à plaisir par une série de mesures plus inconsidérées les unes que les autres, allait éclater et produire dans les provinces de l'Ouest, où il couvait depuis longtemps, un vaste et effroyable incendie.

Le 23 août, le ministre des affaires étrangères, Le-

1. Plusieurs lettres, envoyées à des commandants de place, par d'anciens frères d'armes, furent imprimées, soit par les soins des officiers auxquels elles étaient adressées, soit par ceux de l'Assemblée législative et de quelques municipalités.

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