LIVRE X
brun, présente à l'Assemblée un exposé général des relations extérieures de la France. Quelques précautions oratoires qu'il prenne, il ne peut dissimuler que l'Europe presque tout entière semble prête à s'allier à la coalition déjà formée entre la Prusse, l'Autriche et l'empire germanique. Le Piémont livre passage aux Autrichiens, l'Espagne prend uue attitude menaçante, la Russie manifeste contre nous une évidente mauvaise volonté; enfin le gouvernement anglais vient d'enjoindre à son ambassadeur « de quitter provisoirement la France, attendu que, le roi ayant été suspendu, ses lettres de créance ne sont plus régulières1. »
La situation faite aux membres du corps diplomatique était, il faut le reconnaître, devenue très-difficile. Déjà l'Assemblée avait laissé la commune porter atteinte au caractère sacré des .ambassadeurs dans la personne du ministre de la république de Venise. Les voitures de cet agent diplomatique avaient été arrêtées aux barrières et fouillées; tes domestiques qui les conduisaient, mis en
1. Voir le discours de Lebrun (Moniteur, p. 4000), Journal des Débats et Décrets, p. 18, n° 33i .
Le minisire des anaires étrangères, en terminant son discours, avait assuré, il est vrai, que l'ambassadeur britannique, en s'éloignant momentanément, lui avait laissé un témoignage satisfaisant des sentiments de sa cour; mais il avait, ainsi que ses collègues, parfaitement compris ce que signifiait celte retraite dont les motifs étaient assez mal déguisés. Dans leur séance secrète de l'avanl-veille (21 août), les membres du conseil exécutif avaient décidé: «que M. Chauvelin, alors ambassadeur de France en Angleterre, serait surle-champ rappelé, et qu'il ne serait plus envoyé auprès du gouvernement britannique que des agents secrets. »
HISTOIRE JJJî LA ÏJÎliUEUR.
prison, et l'ambassadeur lui-même, traîné à la barre du conseil général1. Ces faits donnèrent lieu à une protestation très-vive des représentants des puissances qui avaient conservé des relations avec le gouvernement français. Le 23 août, presque aussitôt après l'exposé de Lebrun, le rapporteur du comité diplomatique présenta à l'Assemblée le compte rendu de celte affaire. Il conclut à ce qu'on accordât la libre sortie du royaume, nonseulement aux ambassadeurs, mais encore aux étrangers, et cela au nom des lois de 1* hospitalité. Cette proposition provoqua les murmures de la gauche. Thuriot demanda que le décret ne fût applicable qu'aux ambassadeurs et ministres reconnus.
« Nous devons, dit-il, rester maintenant dans l'état naturel vis-à-vis des autres nations. La nation française exerce et doit exercer la grande police sur son territoire... On n'est point étranger dans un pays où l'on est criminel. On y est sujet de la loi comme tous les regnicoles.,. Enfin, serait-il un moyen plus sûr de former et d'exécuter un plan de conjuration contre la France, que de permettre la sortie de tous ceux qui se diraient étrangers? Non; les traîtres, après avoir employé le poignard et le poison à l'intérieur, iraient machiner au dehors contre la liberté. »
L'Assemblée adopte cette théorie et retranche tout ce qui, dans le projet de décret, concerne les simples étrangers. Elle décide que « les passe-ports des ambassadeurs continueront à être expédiés par le ministre, mais