‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 76 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

pour usurper les pouvoirs.,. Il faut que l'on purge lu société de ceux qui la déshonorent1. »

L'heure du jugement semble être arrivée pour les dominateurs de l'Hôtel de Ville. C'est encore Choudieu qui, s'élançant une troisième fois à la tribune, dénonce le plus récent des attentats commis par !a commune de Paris contre la liberté individuelle et la liberté de la presse.

Dans la personne de quel écrivain, ces principes sacrés viennent-ils d'être violés? S'agit-il de quelque citoyen obscur ou suspect de royalisme? Non, celui que menacent les foudres municipales a préparé par ses écrits l'insurrection du 10 août; il a été des plus ardents à en saluer le triomphe; il a toujours compté, il compte encore parmi les membres du club des Jacobins. Seulement, quoique républicain sincère, ou plutôt à cause de la sincérité môme de son républicanisme, il a essayé de résister au flot montant de la marée démagogique; mais il a un autre tort, il est rédacteur du Patriote français, le journal de Brissot.

La commune, dorît Robespierre était l'oracle, épousait toutes les haines du rancuneux tribun , et, n'osant pas encore s'attaquer directement a l'homme d'État de la Gironde, elle voulait frapper à ses côtés son ami le plus intime.

Girey-Dupré avait publié le 28 août, en tête des faits Paris, trois lignes ainsi conçues 2 :

\ . Moniteur, p. 4035 ; Journal des Débals et Décrets, p. Itiô. S. Patriote français, p. H14.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

152 11 1 S T 0 1 11 15 DE LA ïlillRliUH.

<i Les élections commencent aujourd'hui11 , la. Commune a arrêté de faire des visites domiciliaires pour forcer les citoyens à donner leurs fusils ou à marcher. »

Cette nouvelle n'élait pas d'une parfaite exactitude; mais au moment où écrivait le journaliste, au moment où paraissait son journal (le 28 août au matin), pouvait-il prévoir que la Législative, sur la demande de Danton, s'approprierait quelques heures après le projet municipal? Sans doute, il était permis à la commune de contraindre un journaliste à la rectification d'une erreur; elle pouvait même en requérir 'la punition judiciaire; mais, habituée à mépriser toutes les formes, à passer par-dessus toutes les lois, elle avait trouvé beaucoup plus simple d'ordonner que l'éditeur du Patriote français comparût dans les vingt-quatre heures à sa barre « pour s'expliquer sur l'imposture qu'il avait imprimée dans sa feuille. »

Fort de son droit, Girey-Dupré avait répliqué à celte citation extra-légale par une lettre que Choudieu lit au milieu d'un silence imposant. .

« Vous m'avez mandé à votre barre, écrivait le jeune publiciste au conseil général ; je ne m'y rends pas, parce que vous n'avez pas le droit de m'y mander, parce que je connais et que je maintiendrai mes droits. Si vous vous croyez calomniés ou insultés, il est des tribunaux où je vous attends; mais vous n'êtes pas un tribunal et encore bien moins pouvez-vous juger dans votre propre

\ . Les élections primaires commencèrent le 27 août", celles dos députés à la Convention, le 2 septembre.

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