‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 79 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

mérité de la pairie1. Quelques autres Montagnards veulent que le bénéfice de cette mention honorable soit étendu, aux commissaires provisoires des sections pour ce qu'ils ont fait dans la journée du 40 août. L'Assemblée, qui croit n'avoir plus rien à craindre du pouvoir qu'elle vient de briser, et qui ne veut pas avoir l'air de marchander à son ancienne rivale une banale satisfaction, enveloppe tous les auteurs de la révolution du 10 août dans un même décret de reconnaissance. C'est, on le sait, une pratique assez usitée dans plus d'une assemblée politique que d'enterrer ainsi pêle-mêle tous ceux dont on espère ne plus entendre parler 2.

La commune insurrectionnelle du 10 août est légalement dissoute. Mais se laîssera-l-elle arracher les pouvoirs dont, depuis vingt jours, elle a su faire un

1. Journal des Débats el décrets, na 337, p. 168; Patriote français, n° 111S; Moniteur, p. 1036.

2. La rédaction même du procès-verbal de l'Assemblée, qui fut imprimé on forme de décret, dénote le peu d'empressement que l'on mit à voter des remerciements à la commune insurrectionnelle.

«On demande, dit le procès-verbal {Collection des lois, t. X, p. *o9), « qu'il soit déclaré que la commune provisoire de Paris a bien mérité de la patrie.

k Cette proposition est appuyée et combattue.

« L' Assemblée décrète que les représentants provisoires de la commune, les citoyens de Paris et les fédérés qui y étaient à la journée du 10 ont bien mérité de la pairie, «

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usage si fructueux pour elle, si terrible pour !es autres? Après avoir tant de fois imposé sa volonté aux représentants de la nation, subira-t-elle leur décret sans résistance? Si elle résiste, l'Assemblée trouve ra-l-el le en elle-même assez de force et d'énergie pour la contraindre à obéir à la loi?

Les fameux commissaires de la majorité des sections avaient eu à manier des sommes considérables, ils avaient reçu en dépôt les objets précieux enlevés des maisons nationales et des églises, les effets et bijoux trouvés aux Tuileries, dépouilles opîmes de l'insurrection. Ils devaient donc, s'ils sortaient de l'Hôtel de Ville, rendre leurs comptes de gestion, — ce qui était déjà fort difficile, — ■ faire disparaître la trace des dilapidations et abus de confiance que beaucoup d'entre eux avaient pu commettre, — ce qui était à peu près impossible dans le court intervalle de vingt-quatre heures, qui leur étaient accordées pour vider les lieux. D'autre part, les élections primaires, desquelles allaient sortirait second degré les députés de la Convention, étaient commencées, et les meneurs de la commune se sentaient perdus s'ils ne trouvaient asile dans cette assemblée et s'ils ne lui composaient une députation parisienne capable de la dominer par la terreur. Dans un double intérêt politique et financier, les représentants provisoires de la commune étaient donc fort peu disposés à se laisser déposséder de fonctions qui les rendaient tout-puissants et invulnérables.

Aussi, dès que la première nouvelle du décret arrive à l'Hôtel de Ville, Tallien adresse à chacun des membres du conseil de la commune une circulaire ainsi conçue ;

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