LIVRE X. |G
damner le conseil général sans l'entendre. Mais Vergniaud fait observer qu'il n'a déjà que trop lardé à obéir aux ordres de l'Assemblée. Thuriot cherche encore à excuser la commune et insinue que la publication du décret proposé pourrait avoir des dangers. — « Je demande, s'écrie Marbot, qu'un membre de l'Assemblée qui a peur d'un représentant de la commune laisse faire ceux qui ont du cœur et du courage. » — Reboul profile de cette interpellation énergique pour signaler à l'Assemblée l'affichage, sur toutes les murailles de Paris, de placards incendiaires signés jf/aral. « On dit, ajoute le courageux député, qu'il ne faut pas traiter cette question dans ce moment-ci, et moi je dirai à ceux qui craignent un mouvement dans la capitale, qu'il s'élèvera un grand mouvement dans les départements qui étouffera celui de Paris... Quant à Girey-Dupré, il importe que la liberté de la presse soit vengée en sa personne, et que le citoyen qui n'a été poursuivi que par un ressentiment particulier et n'a point conspiré contre la sûreté de l'État, trouve au moins un refuge dans l'Assemblée nationale, dans l'asile de la loi. »
Vergniaud relit le projet de décret relatif à Girey- Dupré; il est. adopté comme l'autre l'avait été quelques inslanls auparavant3.
1 . Dix-huit mois plus tard, Girey-Dupré comparaissait devant le tribunal révolutionnaire et payait de sa tête l'énergique résistance qu'il avait opposée au pouvoir envahisseur des dictateurs de l'Hôtel de Ville. Arrêté à Bordeaux, il avait été ramené à Paris les fers aux pieds et aux mains. Le jeune publiciste avait une telle confiance dans la justice du tribunal révolutionnaire qu'il comparut devant lui les cho-
Cambon, aussitôt après le vote, s'écrie : « Vous venez de venger un particulier d'un attenlat contre la liberté, je viens vous demander de venger le peuple d'un attentat contre la sûreté générale! » Cela dit, il annonce l'évasion du ci-devant prince de Poix, et accuse les municipaux chargés de l'arrêter de s'être laissé séduire par lui. L'Assemblée prend en considération l'accusation de Cambon, et charge la commission extraordinaire de s'occuper de l'affaire. Larivière, qui, depuis le commencement de cette discussion, avait demandé la parole, l'obtient enfin 1 et s'écrie : « Cette mesure ne suffit pas, je viens demander aux députés des quatre-vingttrois départements s'ils ont assez d'énergie pour exiger, au nom de la nation, le respect et l'obéissance?... Le président du conseil général de la commune provisoire
veux coupés Sur la nuque, la chemise rabatlue sur le coJ de l'habit, ayant fait lut-mème et d'avance la fatale toilette. Pour toute défense il dit à Lescot-Fleuriot, qui remplaçait ce jour-là Fouquier-Tinvilleau fauteuil de l'accusateur pullic : « Je suis prêt; faites votre office. »
La plupart des historiens mettent d'autres paroles dans la bouche du jeune girondin ; àDumas lui demandant s'il avait connu Brissot, Girey-Dupré aurait répondu : « Oui, je l'ai connu. Il a vécu comme Aristide; il est mort comme Sidnoy. » Ces paroles, le courageux jeune homme les prononça non devant le tribunal révolulionnaire, mais dans l'interrogatoire subi par lui, quelques jours auparavant, à la Conciergerie. Elles se. trouvent également consignées dans l'acte d'accusation dressé le 23 brumaire par Fouquier-Tinville. Évidemment, Dumas se garda bien à l'audience de renouveler sa question, pour ne pas donner à l'accusé l'occasion de glorifier publiquement son ami.
Girey-Dupré périt le I" fiimiiro an u {1\ décembre 1ÎH3J, six semaines après les Girondins, ses coreligionnaires politiques.
i. Jourml des Débats H Décrets, n° 338, p. 182.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France