‹ Histoire de la terreur à BordeauxChapitre 10 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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CooTtKstion de* Éats Gé<>éniix. - AsKabUes ropoUics. - Élection des députés. ^ Les Quatre-rinfuc-dix âec&enrsi. — Les «^ûadoos des trois ordres. — LlÛTvr «5e i7SS-Sa. — TroQbfes à Bordesiix. — La prise de fai Bastille. — Réunions au Jaidin-PuHk. — L'armée patriotique bordelaise. ~ Le Chiieau-Troaipetie est attaqué. ~ La disette. — Le Comité des subsistances. — AmSt du Parlement pour réprimer les désordres. — Cet arrêt est déféré à TAssemblée nationale. — Suppression du Parlement. — • Élection des municipalités et des corps administratifs et judiciaires du département. — Les Sociétés populaires à Bordeaux. — La campagne de Montauban. — Vente des biens nationaux. -^ Fête de la Fédération. — Troubles chez les boulangers. — Scènes de désordre au théâtre. — Mort de Mirabeau. — Evasion du roi. — Élections i l'Assemblée législative. — Commencement du système des dénonciations. — Le duc de Duras. — Proclamation de la Constitution. — Elections municipales. — L'émigration. — Linstituteur Lacombe. — Plantation d*arbres de la liberté. — La patrie en danger. — La statue de Louis XV. — Les massacres de septembre. — Élections à la Convention nationale. — Abolition de la royauté. — La République est proclamée.— > Le Tribunal de commerce de Bordeaux.

Des lettres closes du roi, du 24 janvier 1789, convo-quaient les États Généraux pour le 5 mai suivant.

Le ministère Loménie de Brienne venait de tomber sous le coup de Tanimad version générale ; la résistance unanime des Parlements aux treize édits qui devaient inaugurer un système nouveau avait hâté sa chute.

Depuis quelques mois, Tesprit public éprouvait de telles variations, qu'il était devenu impossible de le diriger : il marchait encore inconscient de sa force, ignorant ce qu'il voulait, mais il marchait. Tous les problèmes sociaux étaient agités, et des milliers de brochures et de pamphlets, où les vérités les plus dures n'étaient pas épargnées au

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pouvoir, inondaient le royaume. L'esprit public se sentait comme émancipé.

Dans des discussions incessantes, dans des débats où toutes les forces vives de la nation prenaient une large part, dans dès publications sans nombre, tout était attaqué, discuté, mis en question, et Mirabeau, de sa voix puissante, s'écriait : « La liberté frappe à la porte, courez au-devant ; elle vous tend la main, sachez la saisir... Le despotisme va fuir comme Tombre devant Taurore. >

Par suite et en vue de la réunion prochaine des États Généraux, des assemblées populaires avaient lieu partout : les citoyens de toutes classes et de tous états y venaient discuter librement les questions politiques et sociales que les circonstances mettaient en relief et dont l'actualité s'afifirniait chaque jour davantage.

C'était un spectacle étrange à la fois et nouveau de voir une nation de 25 millions d'habitants, courbée jusque-là sous le prestige d'une monarchie de près de quatorze siècles, se lever résolue pour reprendre ses droits que nul n'avait le pouvoir de lui disputer, et pour conquérir sur la faiblesse du gouvernement les libertés dont elle lui avait confié le dépôt. Elle puisait, à son réveil, il faut bien le dire, l'idée de son insoumission dans les résistances dont les Parlements lui avaient donné depuis si longtemps le dangereux exemple; elle s'essayait dans la voie nouvelle, et sous sa volonté naissante tout pliait déjà; le pouvoir, devenu pusillanime et réduit aux expédients , reculait , non sans lutter contre l'opinion ; mais la grande explosion approchait. On pouvait entendre et saisir de toutes parts les bruits précurseurs de la chute de l'édifice monarchique, ébranlé dans ses antiques bases.

Ccst au milieu de cette émotion générale des esprits, mêlée d'inquiétudes, d'hésitations et de joie en même temps, que, le i8 février 1789, le grand sénéchal Du Périer de T.l. a

l8 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.

Larsan publia les lettres du roi du 24 janvier; elles furent enregistrées au tribunal de la sénéchaussée de Guienne, et les trois ordres furent bientôt appelés à élire leurs mandataires.

Les opérations préliminaires et définitives de cette élection s'accomplirent, en effet, du 2 au 10 mars.

L'ordre du clergé fixa ses choix sur M*^"^ Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux; MM. Piffon, curé de Valeyrac; Delage, curé de Saint-Christoly, et d'Héral, vicaire-général.

L'ordre de la noblesse nomma MM. Le Berthon, premier président du Parlement; de La vie, président à mortier; le vicomte de Ségur, maréchal de camp, et le chevalier de Verthamon ^^K

L'ordre du tiers-état élut MM. Fisson-Jaubert, médecin; Deluze-Létang, propriétaire à Coutras ; Boissonnot, notaire à Blaye; Valentin Bernard, propriétaire à Bourgs pris dans les communes de la sénéchaussée; et MM. Nairac et Gaschet-Delisle, négociants; Lafargue, ancien consul, et de Sèze, médecin, qui représentaient la ville de Bordeaux.

Les députés de la noblesse et du clergé furent nommés directement; l'élection des députés du tiers eut lieu à deux degrés, c'est-à-dire que les assemblées primaires choisirent des électeurs qui procédèrent à leur nomination.

Les diverses corporations de la ville avaient été représentées dans l'assemblée électorale par quatre-vingt-dix électeurs qui ont joué un rôle important, ainsi que nous le verrons bientôt, dans les événements qui ne tardèrent pas à surgir (2) .

Chacun des trois ordres devait remettre à ses repré-

(1) Lafïbn de Ladebat présenta une pétition contre la députation noble de Bovdesiux {Moniteur du 20 au 24 juin 1790, n^ 10). Le comité de vérification la repoussa.

(2) Appendice, note 1.

sentants, séparément et à bref délai, les cahiers de doléances préparés en vue de la réunion des États.

L^opinion publique à Bordeaux, que Ton ne s'y trompe pas, était -encore indécise aux premières heures du grand mouvement qui s'opérait; si elle affirmait son existence par les discussions qui s'agitaient de toutes parts, elle n'avait pas trouvé la formule définitive d'un système uniforme : la noblesse rêvait le rétablissement d'États particuliers en Guienne et une sorte d'autonomie pour la province; le clergé voulait le maintien de ses privilèges, et le tiers-état lui-même, imbu de l'esprit local et dont les vues ne dépassaient qu'à grand'peine les limites du pays natal, flottait hésitant entre son attachement aux coutumes anciennes et les aspirations qui l'entraînaient vers un nouvel ordre de choses.

Quoi qu'il en soit, les élus de la sénéchaussée de Guienne étaient des hommes de bien, estimés et connus dans le pays à des titres divers et qui s'étaient distingués dans les fonctions publiques ou par des services rendus à leurs concitoyens ; aucun d'eux toutefois ne se recommandait par réciat d'un talent incontesté.

L'archevêque de Bordeaux et le premier président Le Berthon avaient seuls une grande notoriété et une valeur reconnue : le premier était un prélat distingué , homme d'esprit et homme d'État, comme il le prouva durant son ministère; le deuxième, vieillard respecté, avait accumulé sur sa tête, qui personnifiait le Parlement, les faveurs de la province tout entière, grâce aux exils de 1771 et de 1788.

Nous pouvons ajouter que le nom des de Sèze, illustré depuis par le défenseur du roi, apparaissait pour la première fois dans les hautes régions de la politique.

Les représentants de la noblesse et du clergé reçurent de leurs commettants des mandats impératifs; ceux du tiers furent investis de pouvoirs généraux et indéfinis.

iO Hl>TOîTX !•£ LA TEWtm A BOXDE.<lUX.

Les élus de la sénéchaiissée deGmenne partirent pour Paris, laissant la ville de Bordeaux dirersement impressionnée par les événements qui sV accomplissaient. L'hiver de 1 78S-89 avait été excessivement rigourai3L, et le peuple avait eu beaucoup à souârir; à cette circonstance douloureuse^ une autre plus grave et plus terrible venait ajouter ses adversités : les denrées « et le pain surtout, étaient de\'enus d'une rareté et d'une cherté extrêmes. C'était à coup sur plus qu'il n'en fallait pour exdter un mécontentement dont profitèrent avec empressement des artisans de désordre pour lancer le peuple dans les voies funestes.

Cest ainsi que, sous le prétexte du froid, des bandes nombreuses se dirigèrent vers les marais des Chartreux et dans les en\îrons de la \'ille, et se liATèrent à des dévastations; des arbres furent abattus et dépecés, des marchés établis sur place, et le bois fut vendu et emporté par les dévastateurs ou par les femmes et enfants qui suivaient la foule égarée. Ces excès regrettables peuvent être considérés comme le prélude des représailles qui se préparaient.

Quelques-uns des auteurs de ces dévastations furent arrêtés et poursuivis; mais on redouta les suites d'une condamnation, que le peuple aurait certainement mal accueillie, et les coupables furent relaxés après quelques jours de détention.

Les États Généraux s'étaient réunis à Versailles, le 5 mai 1789, dans la salle des Menus- Plaisirs : nous ne raconterons pas les péripéties diverses qui aboutirent au serment du Jeu-de-Paume et à l'Assemblée constituante; c'est de rhistoire générale, et tout le monde connaît ces mémorables événements.

Disons seulement que la grande voix de Mirabeau rctcntissiùt en France et que tous les cœurs battaient aux redoutables accents de Tillustre tribun du tiers-état. Ce transfuge de la noblesse était devenu en quelque sorte la

personnification du pouvoir nouveau, et il commençait l'application du mot célèbre que Danton jeta plus tard au sein de la Législative étonnée : De Faudace, encore de Taudace, et toujours de l'audace...

Les provinces ressentaient vivement le contre-coup des agitations de la capitale : la prise de la ' Bastille en est un remarquable exemple.

La première nouvelle de ce grave événement arriva à Bordeaux le 17 juillet par des lettres du constituant Nairac; elle fut accueillie au milieu d'une effervescence générale, et le 18 au matin les habitants arboraient la cocarde tricolore, dont Lafayette avait dit (qu'elle ferait le tour du monde; des démonstrations de joie publique éclatèrent de toutes parts, le peuple invita les Quatre-vingt-dix électeurs à adopter les trois couleurs nationales, et une adresse chaleureuse, couverte de milliers de signatures, était en même temps envoyée à l'Assemblée.

Ce ne fut pas tout. Le 21 juillet, 3o,ooo citoyens se réunissaient au Jardin - Public pour délibérer sur les mesures à prendre dans les conjonctures qui se produisaient et pour assurer dans la ville et dans la province le maintien de la sécurité publique. Cette immense réunion fat admirable d'ordre et de tranquillité : des groupes formés sur tous les points du Jardin discutaient individuellement les événements ou les racontaient avec enthousiasme ; des orateurs populaires parlaient à la foule ; les femmes, les enfants circulaient joyeux : c'était un délire général, une joie indescriptible, un élan patriotique sans précédent. Aucune violence,* aucun excès ne déshonorèrent cette réunion; mais les questions à l'ordre du jour s'y agitaient dans une sorte de confusion et de dispersion des forces vitales de la cité. C'est à ce moment que Fonfrède, s'emparant d'une échelle, l'appuya contre un arbre; du

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haut de cette tribune impronséc, faisant entendre le langage le plus patriotique^ il conseilla rarmement général du peuple {X)ur assurer le triomphe de la liberté.

D'autres orateurs lui succédèrent. Aucun d'eux, toutefois, ne précisa les moyens d'arriver à Farmement populaire. Fonfirède reparut, et, prenant texte d'un désir de la jeunesse de la \àlle qui, depuis quelques jours, demandait au théâtre la représentation du drame de Guillaume Tell, il s^écria : c Ce n'est pas le moment, Qtoyens, de songer aux illusions du théâtre ; bien que la pièce de Guillaume Tell respire le plus ardent patriotisme, elle ne convient ni à nos habitudes, ni aux circonstances, car elle contient la peinture des mœurs des Suisses au xiv* siècle, et nous sommes les Français du xvni*. Cette pièce renferme des passages d'une exaltation extrême et qui pourraient offrir des interprétations dangereuses à cette heure. Ne nous exposons pas à être calomniés : renvoyons à d'autres temps la représentation de Guillaume Tell, mais imitons ce généreux citoyen; aimons la liberté et soyons armés pour la défendre; et afin de déjouer les complots de la malveillance, plaçons-nous sous le patronage des hommes à qui nous avons confié le choix de nos députés. Pour activer Tarmement, désignons par acclamation deux commissaires de chaque paroisse qui se rendront auprès des Quatre-vingt-dix éleaeurs et les inviteront, au nom du bien public, à se mettre à notre tête. »

Des commissaires furent désignés sur-le-champ aux applaudissements du peuple, et l'assemblée se sépara au milieu d'une ivresse générale.

Les commissaires se rendirent immédiatement à THôtel de Ville, où les Quatre-vingt-dix électeurs étaient réunis, et ils leur firent connaître la mission qu'ils venaient de recevoir du peuple. Ceux-ci, déférant à la demande qui leur était adressée, se constituèrent en assemblée délibérante

et déclarèrent accepter la direction du mouvement, afin de le régulariser et de pourvoir aux soins que nécessitaient les circonstances pour la défense commune et le maintien du bon ordre de la ville.

"U Armée patriotique bordelaise, c'est Tappellation qu^elle reçut, était créée <*).

Dans Faprès-midi du 2 1 juillet, tous les habitants en état de porter les armes se réunirent dans leurs paroisses respectives afin d'être enrégimentés. L'enthousiasme était tel qu'avant la fin du jour douze mille hommes se mettaient à la disposition des Quatre-vingt-dix électeurs. Dès le lendemain, le service était organisé, la garde de la ville était confiée à l'armée patriotique, des patrouilles circulaient dans la ville, et des postes extraordinaires et permanents étaient installés sur divers points pour surveiller les voyageurs, empêcher les attroupements et assurer le maintien de Tordre public ^^K

Au milieu de ces divers événements, le peuple conservait une atdtude calme; il semblait avoir le sentiment de sa force.

Quelques démonstrations menaçantes eurent lieu cependant contre certains jurats qui tenaient leur pouvoir de la nomination royale et non du suffrage populaire; mais ces désordres eurent en réalité peu d'importance et furent promptement réprimés.

Armée, à son origine, de fusils de chasse ou de fusils de la garde bourgeoise conservés dans l'arsenal de l'Hôtel de Ville, la nouvelle troupe bordelaise présentait un ensemble singulier et disparate; le zèle des citoyens n'en

(1) L^nnée patriotique bordelaise comprenait i3 régiments et 266 compagnies. Le duc de Duras en fiit nçmmé généralissime; le 3o juillet 1789, il prêta devant les Quatre-vingt-dix électeurs serment de fidélité à la nation et au roi. Le procès-verbal du serment est signé Brochon, vice-président, et FadeviUe, secrétaire adjoint. (Bibliothèque de Bordeaux, n<* 3329 A.)

(3) Appendice, note H.

fut pas toutefois diminué. Une circonstance fortuite, et que nous ne pouvons passer sous silence, amena un armement plus régulier.

Des bruits sinistres se répandirent tout à coup; le Club Breton de Versailles avait été, dit-on, leur berceau. Le 29 juillet, ils parvinrent à Bordeaux : on disait que des bandes armées parcouraient le pays dans tous les sens, qu'elles dévastaient les récoltes, détruisaient tout sur leur passage et qu'elles approchaient de la ville, menaçantes et grossies par les imaginations. Ces bruits causèrent une vive émotion, et Talarme fut grande dans la ville. Pour calmer les inquiétudes, les Quatre-vingt-dix électeurs envoyèrent des courriers à Angoulème : les mêmes bruits y circulaient; les craintes étaient générales, mais la tranquillité n'avait été troublée ni dans cette ville ni dans les environs, et les bandes armées y étaient à Tétat de fantôme insaisissable. Ces nouvelles ne purent toutefois rassurer les Bordelais; les défiances, compagnes inséparables de la peur, assiégeaient tous les esprits.

Une malveillance occulte ne tarda pas à y ajouter ses traits empoisonnés : on racontait mystérieusement que le Château-Trompette était armé contre la ville, que sa garnison était une ennemie, que les abords du Château étaient minés, et que des approvisionnements considérables avaient été accumulés dans la citadelle f^).

Tout devient vraisemblable aux heures de panique, et les raisonnements demeurent impuissants. C'est en vain que le comte de Fumel, commandant du Château, vint démentir ces accusations. Le peuple se leva en masse, l'armée patriotique demanda à grands cris des armes, et une foule animée et bruyante se dirigea vers le Château-Trompette pour s'en procurer. La garnison crut un moment à une

(i) Bibiioth. de la ville de Bordeaux, Catalogue de VHistoire, n^ 3329 A.

attaque en voyant les flots du peuple qui se répandaient autour du Château ; elle se prépara à la résistance. Le comte de Fumel n'hésita pas dans ces périlleuses circonstances : afin d'éviter une effusion de sang, il remit les clefs de la citadelle aux Quatre-vingt-dix électeurs. Ceux-ci ouvrirent Tarsenal et firent distribuer des fusils à l'armée patriotique. Aussitôt la garnison du Château, la milice bourgeoise et le peuple fraternisèrent; la sécurité reparut, et des compagnies nouvelles, dans lesquelles se firent inscrire les membres du Parlement, furent immédiatement ' organisées. On assista alors à un spectacle curieux : le peuple jouait au soldat; ce ne furent, pendant bien dès jours, que manœuvres militaires entremêlées de fêtes publiques et de réunions où toutes les classes et tous les rangs étaient confondus dans une douce confraternité : la confiance avait succédé à la peur.

Avons -nous besoin de dire que l'agriculture et le commerce ne se ressentaient que trop des agitations de la place publique, des préoccupations de la politique et des terreurs qui, de temps à autre, comme un vent violent dans un champ de blé, venaient courber les têtes sous un souffle destructeur ?

Le commerce jetait son dernier éclat; il commençait à s'alanguir et à diminuer.

Quant à l'agriculture, elle dépérissait chaque jour.

Ces deux sources de l'antique prospérité de Bordeaux menaçaient de tarir.

La disette du dernier hiver avait créé de profondes préoccupations, et de tous côtés on accumulait dans la cité des approvisionnements en grains et en farines. Devenus étrangers aux travaux de l'agriculture, les habitants des campagnes montaient la garde, et c'est à la ville qu'ils venaient chercher les denrées, au lieu de lui apporter, comme autrefois, les produits de la terre. Si le présent.

comme on le voit, n'était pas exempt d'inquiétudes, Tavenir s'annonçait sous de sombres couleurs.

Le Parlement, effrayé comme les citoyens des bruits répandus, des tumultes dont la disette avait été le prétexte et des agitations et des défiances qui jetaient le peuple sur le forum, demanda aux Quatre-vingt-dix électeurs, par l'organe du procureur général Dudon, d'user de leur influence et de leur autorité pour calmer les alarmes publiques et refréner les mauvaises passions. Dudon reconnaissait que le Parlement et les jurats étaient sans vigueur et que la persuasion d'ailleurs valait mieux que la répression dans les phases pleines de dangers que traversaient la ville et la province. Les Quatre-vingt-dix électeurs furent frappés des observations du Parlement : tout croulait autour d'eux; ils restaient seuls entourés de la considération et du respect général, et seuls ils pouvaient dominer la situation. Par leurs soins, un Comité de subsistances fut immédiatement organisé, et des mesures furent prises pour conjurer les dangers de l'avenir.

La nuit mémorable du 4 août vint, sur ces entrefaites, creuser à tout jamais l'abîme entre l'ancien régime et la Révolution. Ce fut un entraînement général, mais dont les conséquences échappèrent aux politiques de la Constituante : ils préparaient le suaire de la monarchie.

Cependant le Parlement, qui voyait son prestige s'évanouir et son influence disparaître de jour en jour, se réveilla de son atonie; il voulut paraître de nouveau sur la scène des événements et prendre en mains la défense de l'ordre public. Des troubles sérieux avaient eu lieu sur divers points de la province ; on arrêtait la circulation des grains, on incendiait les châteaux, on dévastait les récoltes, et les malfaiteurs semblaient jouir d'une sorte d'impunité. Le commerce et l'industrie couraient à leur ruine. La situation était grave ; elle avait même attiré l'attention du gouverne-

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