DE 1789 A
ment, et le garde des sceaux Champion de Cicé crut devoir la signaler à TAssemblée nationale dès le mois de janvier 1790.
Les désordres qui eurent lieu au Grand -Théâtre, à Foccasion du décret sur les Juifs (0, ne furent pas tout à fait étrangers à la résolution du Parlement.
Le 20 février de cette année, le procureur général Dudon lui présenta des réquisitions pour demander la répression de désordres qu'il signalait comme les premiers fruits dune liberté publiée avant la loi. Un arrêt signé Daugeard ordonna qu'il serait informé sur les faits mentionnés au réquisitoire.
Ce document et Tarrêt furent imprimés et reçurent une large publicité.
Dès qu'ils furent connus, des murmures s'élevèrent; les patriotes taxèrent de mensonges et de calomnies les faits révélés par le réquisitoire du procureur général, et le Parlement devint en butte à l'indignation populaire. Les temps étaient bien changés !
Le 25 février, à sept heures du soir, l'Assemblée patriotique du Café national, berceau du Club national de 1793, faisait brûler, sur un bûcher dressé fossés du Chapeau-Rouge, Tarrêt du Parlement et le réquisitoire de M. Dudon. D'un autre côté, Boyer-Fonfrède dénonçait ces documents au peuple et à la municipalité, et une députation était envoyée à la barre de l'Assemblée nationale pour demander le châtiment de ces écrits, qualifiés de pamphlets anti^répolutionnaires ^^K
Sur le rapport de M. de Montmorency, l'Assemblée manda à sa barre le président Daugeard, et, après de solennels débats qui eurent lieu dans le courant d'avril, la
U) Séance de U Constituante du 9 février 1790 {Moniteur du 11 U- Tiier 1790, n*42).
(s) Appendice, note III.
suppression du Parlement fut prononcée par décret du 24 avril 1790. Ce grand corps judiciaire, qui avait eu tant d'autorité dans la province et dont Thistoirç n'a pas été faite encore ^^\ précédait sans bruit la chute de la monarchie.
Le 3o septembre 1790, un officier municipal se transportait au palais de TOmbrière, fermait les salles d'audience et apposait les scellés sur tous les greffes.
Le Parlement de Bordeaux n'existait plus...
Pendant les débats de l'Assemblée nationale dont nous venons de rendre compte, de nouveaux corps constitués étaient élus en vertu des lois nouvelles, dans toutes les villes, dans tous les districts, dans tous les départements. A Bordeaux, la municipalité était installée le 2 avril, et l'antique jurade, qui avait survécu jusqu'à ce moment au mouvement de 1789, disparaissait pour toujours.
Les Quatre-vingt-dix électeurs cessaient en même temps leur mission conciliatrice et tutélaire.
Dans les deux mois qui suivirent, les diverses autres autorités administratives et judiciaires furent successivement organisées.
On doit reconnaître que les choix furent heureux dans ces circonstances. On remarquait, en effet, parmi les élus, comme maire, M. de Fumel, lieutenant-général en Guienne depuis trois ans; comme procureur général syndic du département, M. Barennes, professeur de droit français, l'esprit le plus éminent et le plus distingué que possédât alors l'Université, ainsi que le disaient ses élèves Laîné et Ferrère ; comme procureur de la Commune, Gensonné et d'autres encore; d'un autre côté, dans les conseils du département ou de la Commune, on voyait figurer, ici Vergniaud, Guadet, RouUet, Buhan, Duranthon, Sers,
(1) L'Académie de Bordeaux va publier très prochainement une Histoire du Parlement, laissée en manuscrit par le regretté M. Boscheron Des Portes, ancien président de chambre à la Cour d'appel.
Joumu; là Duranteau père, Martîgnac père, Jaubert, Albespy, etc., dont les noms grandissaient avec les événements ('^
On peut dire que les gloires de la Gironde se levaient avec les dangers qui menaçaient là patrie.
Le mouvement des esprits était très accentué à ce moment; à l'exemple de Paris, on créait des sociétés populaires, des clubs, des assemblées qui se mettaient en relation avec les réunions de la capitale et entretenaient parmi les citoyens une agitation de tous les instants. C'est alors que fut fondée à Bordeaux la Société des Amis de la Constitution, qui si^eait dans une des salles du couvent des Dominicains et que présida longtemps Duvigneau, dont nous aurons à raconter plus tard le supplice. Les Amis de la Constitution, qui se faisaient remarquer par leur esprit de modération, se composaient d'hommes honorables appartenant à la bourgeoisie ou au commerce; ils repoussaient les exagérations des clubs de la capitale, et ils eurent le courage de répudier toute alliance avec les Jacobins de Paris, quand ceux-ci eurent chassé Barnave et les Lameth, pour les remplacer par Legendre, Marat et Robespierre.
A côté de cette Société, et créée dès le début de la Révolution par Desfieux ^^\ il en existait une autre que nous avons déjà nommée. C'est la Société du Café national : elle se composait de commerçants ruinés ou peu honorables, de médecins, hommes de loi et procureurs sans clientèle, de prêtres de mœurs ou de doctrines suspectes, et de religieux qui s'étaient empressés de jeter le froc. C'ét-iit un assemblage hétéroclite où dominaient les idées démagogiques et où bouillonnaient les plus mauvaises passions.
(1) H. Chàiivot, Le Barreau de Bordeaux.
(>) Appendice, note IV.
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Nous aurons à reparler des sociétés populaires dont Taction fut si redoutable pendant le cours de la Révolution. Mais nous pouvons dès à présent faire connaître la part que prirent les Amis de la Constitution et la Société du (^ufé national aux mesures prescrites par la nouvelle niunicipulité au sujet des troubles de Montauban.
(I) I«oltro (le I^farguc, avocat, à Campagnac père. (Voir le dossier l^liirgutf, «rcUivci du grcfl'e de la Cour, fonds révolutionnaire.)
ANNÉES 1789 A 179^. 3l
L^élection des nouveaux corps constitués s'accomplit à Bordeaux et dans le département de la Gironde au milieu d'un calme général; il n'en fut pas de même au chef-lieu du Tam-et-Garonne.
La formation d'un corps municipal fut, en effet, l'occasion de désordres sérieux à Montauban.
Cette ville avait été depuis Louis XIV l'un des boulevards du protestantisme en France ; des divisions n'avaient cessé d'y exister entre les habitants appartenant à la religion catholique et au culte réformé. Ces divisions, sourdes et latentes pendant de longues années, éclatèrent avec une violence regrettable lorsqu'il s'agit de former une municipalité nouvelle. Les protestants l'emportèrent et furent en majorité au pouvoir. L'exécution des décrets relatifs à la fermeture des couvents servit de prétexte à des collisions entre citoyens et à des troubles à la faveur desquels M. de Montbrun, commandant de la ville et protestant, fut percé de trois coups d'épée.
cA ce signal, dit M. l'abbé O'Reilly, le fanatisme
> aveugle et longtemps comprimé des classes inférieures
> de la société catholique éclata en mille désordres...
> pénibles à décrire <'). 3>
C'est le 1 1 mai 1 790 que les Amis de la Constitution et la Société du Café national furent informés des troubles de Montauban. La nouvelle s'en répandit promptement, et le patriotisme des citoyens et de la garde nationale s'émut au récit de ces tristes événements. On résolut, d'un accord unanime, d'aller au secours des victimes, et la municipalité bordelaise fiit invitée à régulariser les moyens d'exécution d'une intervention due à l'initiative généreuse de ces sociétés et de la population.
La municipalité adhéra sans réserve à cette demande ; le
(!) Tome !•», 2* partie, p. 48 et suivantes.
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32 Hl?TOIPX liE LA TEBSElU A itORIiEAll.
14 maL, die prit un arrêit pour oârir im aâk et des secours aux ckojens de Montauban qui croiraient leur sécurité compromise. Avant appris Je lendemain que les trouUes continuaient» elle délibéra que le duc de Duras^ généralissime des gardes nationales de Bordeaux^ serait prié de diriger sur Montauban^ aân d y concourir au retablissement.de là tranquillité publique^ i^Soo hommes de garde nationale et 80 grenadiers et chasseurs de la garnison, et que ce détachement sarrêterait à Moissac pour attendre les ordres de l'Assemblée nationale, qu'on avait pré\'enue par un courrier extraordinaire.
Les 1 7 et 1 8 mai, le détachement partit pour Montauban au milieu des démonstrations de la joie publique, sous le commandement du major-général Couqx)n.
Quatre mortiers, des bombes et des munitions de toute espèce furent expédiés de Bordeaux.
En cinquante-deux heures, le détachement et le matériel de guerre arrivèrent à Moissac.
« La municipalité de Montauban, déterminée à repousser la force par la force, donna ordre à M. d'Esparbès, commandant de la garnison, d'aller attaquer la première colonne de Tarmée bordelaise... Le détachement de cette garnison en quartier à Moissac se prononça pour ses frères d'armes de Bordeaux, et, indigné de ce que les officiers se refusaient de donner des cartouches, il menaça de passer avec armes et bagages au régiment de Champagne, qu'il croyait incorporé dans Tarmée bordelaise. Témoin de ces mouvements et convaincu de l'antipathie de ses soldats, M. d' Espar bès se hâta de rentrer à Montauban. Le calme se rétablit peu à peu dans cette malheureuse ville, et le commissaire du roi, M. Dumas, en y arrivant, trouva que les déplorables scènes de persécution religieuse et de meurtre avaient cessé devant les conseils des hommes sugcs et la juste crainte de châtiments bien mérités. Le
commissaire se rendit auprès des troupes bordelaises, les félicita de leur zèle et de leur patriotisme empressé, et pour éviter une collision qui pourrait avoir de regrettables suites, il les engagea à rentrer dans leurs foyers ('). »
Le major général Courpon déféra à cette invitation et ramena ses troupes à Bordeaux, où elles firent leur entrée le 8 juin suivant. Elles furent accueillies avec des transports de joie par le peuple et par les corps constitués.
Telle fut la campagne de Montauban, diversement appréciée alors, et qui, si elle se termina sans coup férir, n^en constitue pas moins un exemple louable de solidarité entre cités voisines et amies.
Elle occasionna une dépense de 64,862 livres, payée au moyen d^une souscription volontaire ouverte à Bordeaux et qui produisit 5o,523 livres; le reste fut soldé par la municipalité de cette ville.
Cependant la vente des biens nationaux, commencée en 1790, et qui, vers la fin de cette année, avait produit près de 2 millions, ajoutait un élément de trouble à ctux qui existaient déjà; on espérait que le total des adjudications dans le seul département de la Gironde atteindrait le chiffre de 3o millions; mais bien des consciences étaient émues de ces ventes, et les acheteurs de biens nationaux étaient vus d^un mauvais œil par une certaine partie de la population.
Au milieu du trouble général des esprits, la municipalité s^efforçait de maintenir la tranquillité dans la ville; elle n^obtenait que des résultats imparfaits : des causes de division sans cesse renaissantes existaient entre les citoyens; des passions haineuses surgissaient de toutes parts, et Tautorité se consumait en efforts qui ruinaient son prestige.
Les clubs et les sociétés populaires alimentaient sans cesse l'agitation publique.
(I) 0*Reillx, t. le', 2« part., p. Sa.
La fee de Ii Féiirx5r<u c£;3îréc au Jardin-Public le 1 7 i JLn ï 7-», 5: txirdfxs ocKSer paiant qudques instants les îfisscniiTicnîs et TiHîi !es coeurs dans une commune et patriotique dœocstritioa • . Oa jurait pu croire au retour de la paix et de li fciternhé! Ces illusions, hélas! ne furent pas de longue durée. Un malaise général ne tarda pas à se manifester : les vivres étaient rares et cbers, le numéraire avait dispanu les assignats étaient tombés dans un discrédit à peu près complet, le commerce et llndustrie n^existaient plus que de nom. Il avait suffi de deux années pour changer la face d'une des \Tlles les plus riches du royaume !
Les besoins devenaient pressants, la misère s'étendait et des rassemblements se formèrent bientôt devant les boutiques des boulangers. Le peuple demanda la diminudon du prix du pain et la punition des accapareurs qui cherchaient à affamer la cité. Des propos séditieux circulaient, et les excitations, comme toujours, ne manquaient pas dans ces tristes circonstances. Quelques boulangers deWnrent victimes de violences populaires, malgré les soins pris par la municipalité pour calmer Tirritation du peuple et pour empêcher des attroupements dont le moindre inconvénient était d'aggraver les maux dont on avait à souffrir.
Ajoutons que la caisse municipale était vide, le Trésor public ruiné, les capitaux enfouis, les lois sans force, et que l'anarchie approchait terrible et menaçante.
C'est sous ces douloureux auspices que se présentait l'année 1791.
Le mal faisait des progrès rapides ; il gagnait de proche en proche; les administrations ne semblaient plus à la hauteur des circonstances : le peuple ou, pour parler plus vrai, les meneurs taxaient les autorités de modérantisme ; on voulait des hommes dont les opinions fussent en
(I) Appendice^ note V.
harmonie avec l'esprit nouveau. Les injures et les diffamations furent mises en œuvre afin de lasser les administrateurs et d'arriver ainsi à se débarrasser des honnêtes gens, pour leur substituer les agents de la démagogie. On alla même jusqu'à menacer de coups de canne certains membres de la municipalité bordelaise.
Pendant que la situation s'accentuait et se tendait chaque jour davantage, l'impuissance de l'autorité devenait de plus en plus évidente; son action était tout à fait énervée.
C'étaient, au théâtre, des scènes de désordre assez fréquemment renouvelées et où l'audace des uns s'augmentait de la faiblesse des autres; c'étaient les exigences du Club du Café national s'accroissant sans cesse, et d'autant plus qu'elles étaient plus facilement accueillies. Le principe d'autorité disparaissait; il allait n'y avoir bientôt plus rien, ni respect, ni religion, et la souveraineté populaire triomphait et s'afiEurmait à l'encontre de la raison et des lois.
Le 5 avril 1791, on apprit à Bordeaux la mort de Mirabeau^ Un voile de deuil se répandit sur la ville. La patrie de Guadet, de Martignac et de Gensonné ne pouvait rester indifférente à la disparition de l'illustre orateur de la Constituante.
La municipalité prescrivit à cette occasion la célébration d'un service funèbre dans l'église métropolitaine, et pendant trois jours les représentations théâtrales et les amusements publics furent suspendus.
L'évêque constitutionnel Pacareau officia dans cette circonstance, et il inaugura ses fonctions épiscopales par une apothéose du géant de la Révolution à son début.
Les clubs et sociétés populaires entendirent Téloge mille fois répété de l'adversaire redoutable qui ne pouvait plus empêcher Vabbé Maury de parler.
Deux mois plus tard, une nouvelle foudroyante éclatait :
une lettre de MM, Nairac et de Sèze en informait le Directoire du département.
Dans la nuit du 20 au 21 juin, le roi s'était évadé des Tuileries et l'Assemblée nationale avait envoyé des courriers dans toutes les directions. Une anxiété profonde s'empara de tous les esprits, et les plus sinistres prévisions jetèrent l'effroi parmi les citoyens. Ce fut à Bordeaux une panique^ passagère il est vrai, car l'arrestation de Louis XVI à Varennes fut immédiatement annoncée, mais cette panique n'en fut pas moins vive, la royauté comptant beaucoup de partisans dans cette ville. Le Directoire crut devoir adresser Une proclamation au peuple; il lui recommanda le calme et la modération et fit, en même temps, appel à son courage pour défendre la patrie si elle venait à être attaquée : c Nous n'abandonnerons pas le poste où votre confiance nous a placés, disait-il, et nous ne cesserons pas un instant de veiller sur la chose publique <'>. » Il prescrivit, en même temps, toutes les mesures propres à assurer le maintien de l'ordre et la sécurité des habitants.
Mais les émotions de la première heure ne tardèrent pas à s'effacer, et la fête de la Fédération et de l'anniversaire de la prise de la Bastille fut célébrée le 14 juillet, au Jardin- Public, avec un éclat inaccoutumé. Le modèle de la Bastille, offert par le patriote Palloy au Département, figurait en tête du cortège. L'allégresse était générale; les citoyennes de Bordeaux ajoutèrent à l'éclat de la fête par leur présence, et défilèrent devant l'autel de la patrie au bruit des applaudissements d'une foule innombrable.
On assure que le curé constitutionnel de Saint-Louis donna ensuite la bénédiction nuptiale à des couples qui se présentèrent à l'autel.
Cette fête nationale fut, dit-on, l'occasion de grandes
(i) Proclamation et arrêté du Directoire du département du 24 juin 1791.
pompes et de réjouissances auxquelles la masse de la population prit une large part. « Ici, nous sommes dans le délire, écrivait Tavocat Lafargue, et tout à la fois dans la consternation ; il y aurait beaucoup à dire sur la tyrannie des clubs....»
Le 3o septembre 1 79 1 , TAssemblée constituante terminait ses travaux, et le peuple était appelé à élire les députés qui devaient former PAssemblée législative.
G>nvoqués pour le 24 août, les électeurs des districts se réunirent à Bordeaux, et leurs choix se fixèrent sur MM. Barennes, Ducos, Gensonné, Grangeneuve, Jay (de Sainte-Foy), Journu-Aubert, Lacombe, curé de Saint- Paul, Laffon de Ladebat, Sers, Servière, Vergniaud et Guadet. Garrau fut nommé député suppléant.
Les députés du département de la Gironde étaient des hommes d'ordre, partisans de la paix et de la liberté, et qui, dès le début de la Révolution, s'étaient jetés dans le mouvement et avaient adopté les principes nouveaux.
Parmi eux figuraient des orateurs éminents qui avaient fait leurs preuves et devant qui s'ouvraient un théâtre nouveau et les vastes champs de la politique. Les noms de la plupart d'entre eux étaient appelés à briller d'un vif et passager éclat, et leur souvenir est conservé parmi nous avec un respect qui n'exclut ni les devoirs de Tafifection ni les droits de la critique et de l'histoire.
L'Assemblée législative se réunit à Paris le i^"^ octobre 1791. Nous n'avons pas à raconter le rôle de cette Assemblée, étou£fée en quelque sorte par les travaux gigantesques de la Constituante et les saturnales sanguinaires de la Convention.
Durant son existence, la situation générale s'aggrava; rémigration prit des proportions inquiétantes et le pouvoir royal vit disparaître son prestige, a Tout est perdu, » s'était écrié Louis XVI, à la suite de la séance royale du 7 octobre.
Dès cette époque, le système de dénonciations, si largement exploité en 1 793, commença à faire son apparition à Bordeaux. C'est ainsi que le duc de Duras, commandant général de la garde nationale et qui avait donné des preuves de patriotisme depuis le commencement de la Révolution, fut dénoncé comme ayant fait des enrôlements clandestins et contre- révolutionnaires. Il fut arrêté le 17 septembre, et une procédure s'instruisit contre lui, La loi d'amnistie, votée par la Constituante avant sa séparation, le sauva du danger qui le menaçait. Rendu à la liberté, le duc de Duras protesta fièrement qu'il cédait à la force, mais redoutant avec juste raison les excès de la Révolution, il quitta la France ^^K
Quelques jours plus tard, le 25 septembre, on proclamait avec apparat la nouvelle constitution dans tous les quartiers de la ville, et le soir, au milieu des illuminations générales et de la joie publique, les citoyens se réunissaient dans des bals improvisés et célébraient cette œuvre de laquelle M. Thiers a dit quelque part « qu'il ne faut exiger des hommes et des esprits que ce qu'ils peuvent à chaque époque ».
L'année 1 79 1 se termina par le renouvellement des divers corps constitués et par l'entrée en fonctions, le 6 décembre, d'un corps municipal nouveau.
Les partis se dessinaient dans l'Assemblée législative; ils commençaient à se compter, et le peuple, indifférent aux nuances qui lui échappaient d'ailleurs, divisait les députés en aristocrates et en patriotes.
Mais nous l'avons indiqué déjà, le danger du moment était l'émigration, qui appauvrissait le pays et irritait les populations, a Le vertige de l'émigration est incompréhensible, » disait Tabbé de Montgaillard.
(i) Appendice, note VI.
Dès les premiers mois de Tannée 1792, le désordre et la concision régnaient un peu partout. Les clubs entretenaient entre eux et avec les sociétés de la capitale une correspondance suivie : les esprits s'exaltaient et s'excitaient dans un échange de lettres qui remuaient les mauvaises passions. Un inextricable réseau, ourdi par les Jacobins, s'étendait peu à peu de Paris sur tout le royaume.
Les premières sociétés populaires de Bordeaux, modérées au début dans une certaine mesure, avaient suivi les progrès des idées. Les Amis de la Constitution, qui avaient changé leur nom contre celui de Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, avaient vu leur personnel se modifier assez profondément; les principes d'ordre et de conservation y dominaient encore toutefois, et l'influence des Girondins y était prépondérante.
Quant au Club national, à qui nous donnerons désormais cette appellation, il s'était renforcé de tout ce que 1^ cité renfermait de démagogues tarés, et son audace, bien des fois essayée avec succès, lui avait fait reconnaître son pouvoir. Une figure sinistre se détachait au milieu de ce club : c'est celle de Lacombe, un instituteur déconsidéré que Martignac père, étant membre de la jurade, avait condamné à la prison pour escroquerie. Lacombe, homme audacieux et sans principes, parleur facile, chassé du Musée en 1787 par Péry, et des Amis de la Liberté et de r Égalité en 1792 par Grangeneuve, s'était jeté à corps perdu dans la démagogie et se faisait remarquer par l'exagération de ses opinions. Jeune encore, ayant une certaine instruction et servi par des passions basses et cupides, il avait l'ambition de parvenir, et il parvint. Nous le retrouverons bientôt à la tête du tribunal révolutionnaire.
Une autre Société, les Surveillants de la Constitution, n'était qu'une pâle copie du Club national.
Celui-ci était devenu une véritable officine de libelles, de
pzn^^ersL àt àxacnriaripug: il éiah à la tète de tous ks rDicTîHDïïrïts rsTcincmmEir» qi asimcnt BcH^deaux. On
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La fcTâe 3BDDD2k. rccrj:w dans le principe parmi les ôtoTOK de !a rilk en ôzi de porter les anncs^ s^était gradijt]k:r)C3: £^âbje: jes hofDDtses £[ens s^cn âoignaieitt, et cc'Hiposée dé5.:«rz:ii5 d'Stmcnîs détesiable% elle n^oflraît pl-is de fîTznries p:*ur îe maintien de Tordre sans cesse troublé. Les proclamaiions des corps constitués étaient sans inâucnce: on les lacérait publiquement. Dans cette coniUsi<MU le Club fuîionji ne gardait plus de mesures; il agissait en moitié* il imposait ses volontés au peuple et aux magistrats. Sans cesse il obtenait des concessions nouvelles. Un jour« il demandait la suppression des derniers Pestigei de Fesdarage^ selon ses expressions, et dès le lendemidn, les li^Tees des suisses de rhôtel des Monnaies, de la Comédie, de la Douane, de THôtel de ViUe^ etc., disparaissaient; un autre jour il exigeait Tinauguration du drapeau national dans la salle du Grand-Théâtre ; il voulait que les dtqyens qui sy rassemblaient puissent aroir continuellement sous les yeux ce signe de notre régénération et de notre liberté. La municipalité déféra à cette exigence; on joua la pièce de Brutus^ le drapeau fiit inauguré et une foule immense et enthousiasmée assista à cette nctoire du Club national sur rautorité. Pendant deux jours, ce triomphe fut célébré par des fêtes populaires.
Cette aaion des clubs était incessante; elle apparaissait dans toutes les circonstances et se montrait dans toutes les questions. Nous le verrons plus complètement en traitant la question religieuse.
Au milieu de ces conflits divers, la misère du peuple était grande, mais elle avait ses alternatives; les subsistances étaient à peu près assurées, grâce aux mesures prises par
les Quatre-vingt-dix électeurs au temps de leur existence : on souffrait, on ne mourait pas encore de faim.
Le i5 juillet 1792, on planta un arbre de la liberté sur la place Royale. Toute la population assista à cette plantation; des orchestres furent organisés, et des danses auxquelles prirent part les membres de la municipalité, se {HTolongèrent toute la nuit autour du symbole de la puissance populaire.
On dansait!. .«
Cependant le roi venait de renvoyer un ministère pris dans le pard de la Gironde, les Prussiens menaçaient le Rhin, et les justes alarmes de la nation exigeaient une preuve de vigilance et d^énergie : le 12 juillet, TAssemblée l^slative déclara la patrie en danger. Les conseils généraux des communes, des districts et des départements se mirent immédiatement en permanence et prirent les mo]rens d^assurer la déclaration de T Assemblée ^^\
Le patriotisme des Bordelais s^affirma dans cette cirtons* tance t ce fut une fièvre d^enrôlements et de souscriptions pour les défenseurs de la patrie.
Mais la journée du 10 Août éclate, le roi est suspendu, une Omvention nationale est convoquée...
Ces graves événements furent accueillis avec joie à Bordeaux; la masse^ surexcitée par les clubs, considérait comme un triomphe populaire la chute de la royauté. Les hommes d'ordre, toutefois, n^envisageaient pas l'avenir sans crainte; tout s'écroulait...
Le 1 5 août, des volontaires nantais et bordelais fraternisaient dans un banquet donné au Champ -de -Mars (le Jardin- Public était ainsi appelé depuis la fête de la Fédération). Au milieu de l'allégresse générale, le bruit se répandit tout à coup que le peuple se portait en foule
<«) AttMli du Dirscloire du déptrtement des 16, 124 et a6 juillet 179a.
4i HISTOJPX IC Î A TT1îRn-F A dO^DEAll.
vers la place Royale pour renverser la statue de Louis XV,
chef-d'oeuvre du sculpteur Lcmo\Tie.
Les autorités constituées se réunirent à la hâte et délibérèrent; la force année fiit envoyée sur les lieux. On chercha à apaiser les esprits afin de conjurer les désordres et le peuple fut prévenu que le lendemain il nV aurait plus de statues de rois dans Bordeaux. Cette assurance ramena le calme, et la foule se retira sans avoir commis d*cxcès.
Le 20 août, et en vertu d'un arrêté de la municipalité, la statue de Louis XV ^ dont la Mlle possède au Musée de peinture une remarquable réduction, fiit détruite, et les municipaux écrinrent aux députés de la Mlle à Paris : € Les Bordelais ont voulu prouver, comme les Parisiens, qu^ils savaient punir Torgueil des rois et leur apprendre à respeaer le peuple par lequel ils étaient devenus souverains. >
C'en était fait, on le voit, de la monarchie; elle s'en allait à pas de géant, et Tœuvre de démolition entreprise depuis 1789 était sur le point d'être accomplie. Oublieux des ser\'ices passés, on proscrivait tout ce qui pouvait rappeler l'ancien régime : les fleurs de lys et les armes de la maison de Bourbon étaient partout enlevées ou effacées. La démocratie triomphait et déjà son avènement s'annonçait terrible, comme une force longtemps comprimée et qui éclate enfin.
Les massacres de Septembre souillèrent à jamais le berceau de la République, et le sang répandu dans ces néfastes journées creusa un abîme infranchissable entre les divers hommes politiques qui se disputaient le pouvoir échappé des mains royales.
A ce moment même, la Commune de Paris, par Torgane de Panis, Sergent et Marat, engageait les municipalités et les sociétés populaires à suivre l'exemple du peuple de Paris et à adopter ce moyen si nécessaire au salut du
peuple <•>. L'âme indignée se soulève en présence de pareilles abominations. Disons, à la louange des Bordelais, qu'ils restèrent insensibles aux excitations de XArni du Peuple et de ses coryphées sanguinaires.
Du 2 au 12 septembre, l'Assemblée électorale, réupie à Liboume, nommait les députés du départçtnent à la Convention nationale ^^\
La députation devait se composer de douze titulaires et de quatre suppléants. MM. Vergniaud, Guadet, Gensonné, Grangeneuve, Jay (de Sainte- Foy), l'abbé Siéyès, Condorcet, Ducos fils, Garrau (de Sainte-Foy), Boyer-Fonfrède,. Deleyre et Duplantier furent élus députés titulaires; Lacaze, Emmerth, Berthon et Bergoenig, députés suppléants. Lacaze et Bergoenig remplacèrent Siéyès et Condorcet, qui n'avaient pas accepté (^).
Le 21 septembre, la Convention se réunissait; le même jour elle proclamait l'abolition de la royauté et décrétait la République.
Bordeaux accueillit par des acclamations joyeuses la double mesure de la Convention. « Nous vous annonçons, disait le Conseil général du département dans une proclamation à ses concitoyens, nous vous annonçons, dans les vifs transports de l'amour de la patrie et de la liberté, que la France n'aura plus de Roi f-^). »
La lecture du décret de la Convention nationale fiit faite publiquement et à son de caisse dans les principaux quartiers de la ville, et notamment place d'Aquitaine, devant la Maison commune, place du Marché- Neuf, place Royale et place Dauphine ^5). C'était le dernier glas de la monarchie.
(0 App^mdice, nott VII. (Cette note contient la liste des électeurs du département qui ont nommé les membres de la Convention.) (a) Id., note VIII.
(3) Id,, note IX.
U) Id.^ note X.
(3) Id., note XI.
Le 2 octobre 1792, les vingt-huit sections de Bordeaux adhéraient au gouvernement républicain.
Quelques semaines après, on organisait de nouveaux directoires de distria et de département; le tribunal civil était renouvelé, et la municipalité installait solennellement le tribunal de commerce, en remplacement de Tantique juridiction consulaire, dont l'institution remontait à Tannée i563.
L'ancien régime s'en allait pièce à pièce, et le peuple, entraîné dans un mouvement vertigineux, applaudissait à la rénovation politique et sociale qui semblait s'accomplir à son profit.
Durant ce temps, le roi était prisonnier de la Convention ; celle-ci préparait le speaacle étrange d'un jugement qu'a flétri l'histoire, et la Terreur apprêtait ses sanglantes expiations.
Mais avant d'entreprendre le rédt des calamités des années 1 793 et 1 794, arrêtons-nous et faisons un retour en arrière, afin d'écrire l'histoire religieuse de Bordeaux depuis 1789 jusqu'en 1792. Cette histoire se lie trop intimement à notre sujet pour que nous puissions la passer sous silence.