CALOMNIEUSE
Et Sers appuya sur ce mot. — Puis il continua en ces termes :
« Vous nous demandez de la franchise ! Eh bien ! est-ce » là l'effet d'une consigne mal entendue? Les scélérats qui D lui ont arraché cet acte de proscription se vantent de ce » triomphe, quoiqu'une loi toute récente ait déclaré que de » pareils attentats seraient punis de mort. Ils font retentir )) dans toute la France les succès de la révolution du » 3i mai, et leurs victimes gémissent encore dans cette » tyrannique arrestation, sans qu'il soit permis de réclamer
> en leur faveur, sans qu'ils puissent eux-mêmes dire un » mot; on ne veut rien entendre. Et vous nous dites que la » Convention est libre ! qu'elle n'a pas été violentée ! A s> quels signes faut-il donc reconnaître la violence et l'op-
* pression? Oui, cet horrible attentat sera puni; la nation
* française n'est pas faite pour tant d'ignominie. Croyez
> qu'il existe encore quelque courage, quelque vertu dans È les départements; ils n'abandonneront pas à la rage de
> vils assassins les dépositaires de leur confiance, et déjà la ]^ France entière s'ébranle et demande vengeance de Tou- » trage qu'elle a reçu dans la personne de ses représentants.
> Voilà ses projets, voilà ses espérances; elles ne seront
* point vaines; et la Convention devenue libre déclarera 1 que les départements ont bien mérité de la patrie. :» •
» Après cette explication, qui est de nouveau couverte des plus vifs applaudissements, et des cris répétés dans tous les tribunes : Oui, oui, nous irons tous! tous! — le citoyen Mathieu, collègue de Treilhard, prend la parole et invite les citoyens de la Gi ronde à peser toutes les suites que peuvent amener les résolutions qu'ils vont prendre; il les presse, il les conjure dz ne pas se méprendre dans le choix des moyens qu'ils doivent employer pour le salut public; il leur fait envisager tous les désastres qui résultent des discordes civiles: «Je conviens, dit-il, qu'il y a à 1 Paris des mouvements contre-révolutionnaires, des anar-
* chistes; mais des ennemis plus redoutables sont dans la » Vendée; ils y font des progrès effrayants: c'est là que » vos forces doivent se porter; il est plus glorieux pour les » citoyens de la Gironde de défendre la liberté là où elle 1 est le plus menacée, d'aller secourir les départements qui 1 sont la proie des rebelles; une conduite contraire ne 1 pourrait que servir nos ennemis. Si leur arrière-garde » est à Paris, c'est le corps même de l'armée qu'il faut » attaquer; c'est là ce qui doit tous nous réunir. y>
3 Le président lui fait une réponse analogue aux principes et aux sentiments qui dirigeront toujours les citoyens de la Gironde, et qui sont renfermés dans le serment qu'a fait la Commission populaire de salut public ; et <r c'est à Paris,
> a-t-il dit en finissant, qu'est Tétat-major, le quartier 3 général de Tannée des rebelles, et non dans la Vendée, o
> Les citoyens Treilhard et Mathieu déclarent qu'ils rendront un compte fidèle à la Convention de tout ce qu'ils \îennent d'entendre et des motifs qui dirigent la Commission, et ils se retirent ^^K >
Telle fut l'entreMie des envoyés de la Convention avec la Commission populaire de salut public de la Gironde.
Avant de quitter l'Assemblée, Treilhard invita Pierre Sers à faire lever la consigne relative à la garde commandée pour la sûreté des représentants, et à donner des ordres à la poste pour qu'on leur fournît des chevaux dès qu'il leur conviendrait d'en demander. Il lui proposa ensuite, pour le lendemain, un entretien pour catiser paisiblement sur les moyens de servir utilement la cause publique.
Le 26 juin, Treilhard se rendit chez Pierre Sers. Il fut accompagné par deux gardes qui ne le quittèrent pas, et que Sers fit asseoir dans son cabinet avec le conventionnel, comme pour être les témoins de la conférence. Elle ne fut pas longue, d'ailleurs, et Sers dit notamment à Treilhard : (( Je vous prie et je vous somme, en présence de ces deux citoyens, d'exprimer à la Convention le vœu général et unanime du département, et principalement celui de la punition de ceux qui ont attenté à la représentation nationale. »
Treilhard lui fit observer qu'il avait désiré une conversation, un épanchement et non pas une discussion; que son but n'était pas rempli. Il ajouta que son intention et celle de Mathieu était de rendre compte à la Convention de ce qu'ils avaient vu et entendu dans le sein de la Commission populaire, mais qu'ils étaient hors d'état d'exprimer le vœu de Bordeaux et du département de la Gironde, parce qu'on
(0 Registre de la Commission populaire, p. m.
avait pris toutes les mesures pour les empêcher de le connaître. Treilhard se plaignit ensuite de la consigne blessante donnée à leur égard, et insista pour une décision quelconque.
Puis il se retira.
Le 26 juin au soir, la Commission populaire décidait, après une discussion assez vive, que Treilhard et Mathieu seraient libres de partir et qu'il serait pris un arrêté contenant les motifs de la délibération de rassemblée.
Le lendemain 27, dans la matinée, Pierre Sers vint prévenir les conventionnels de la décision de la Commission populaire, et dans l'après-midi il leur porta un exemplaire du très remarquable arrêté pris à leur sujet ^^K
Il leur fit entendre que la Commission désirait leur prompt départ, et qu'elle n'avait pas cru devoir modifier les consignes et laisser aller et venir les conventionnels sans gardes; que toutefois, dans la ferme persuasion qu'ils ne feraient aucun séjour dans le département, on ne les ferait pas accompagner jusqu'à ses limites.
Treilhard et Mathieu, en présence de procédés si étranges et qui les constituaient en quelque sorte à l'état de prisonniers dans l'enceinte de la ville, n'hésitèrent pas un instant. Le 27 juin, à minuit, ils quittaient Bordeaux qui leur avait été si inhospitalier, et arrivés à Mussidan, dans la Dordogne, ils y rédigèrent, le 29 juin, le récit de la conduite tenue à leur égard par les Bordelais.
Il est certain que les autorités constituées, dont l'attitude fut réellement énergique dans cette circonstance, peuvent être cependant taxées d'avoir manqué d'égards envers les deux envoyés de la Convention. On les tint pour ainsi dire en chartre privée, et ils n'eurent la liberté ni de leurs actions ni de leurs mouvements.
(1) Appendice, note XXV.
2f)0 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
Ce fut une faute grave, nous n'hésitons pas à le dire. C'était, dans tous les cas, la preuve certaine et la consécration éclatante de Tétat de rébellion du département de la Gironde.
Mais les événements emportaient les hommes et Tenthousiasme suspendait la réflexion dans les meilleurs esprits. Tout était hâtif, passionné, irréfléchi. — L^entraînement avait pris la place de la raison.
Revenons en arrière.
Le 25 juin, après le départ de Treilhard et Mathieu, la Commission populaire avait décidé un emprunt d'un million dans la commune de Bordeaux, pour pourvoir à Pacquit des dépenses urgentes nécessitées par Vorganisation d'une force départementale; elle avait, en outre, arrêté, contrairement aux dispositions d'un décret du 4 mai de la Convention, que les achats et les ventes de grains seraient libres dans toute l'étendue du département de la Gironde.
Puis, préoccupée du sort des conmiissaires qu'elle avait envoyés dans les départements pour y recueillir des adhésions au mouvement insurrectionnel de la Gironde, elle déclarait, dans une proclamation à tous les citoyens de la République, qu'elle mettait ces commissaires sous la sauvegarde de tous les Français, comme elle plaçait sous la protection de Thonneur et de la loyauté de ses concitoyens ceux délégués auprès d'elle.
La section Franklin qui, seule, s'était prononcée en faveur des conventionnels Treilhard et Mathieu, renfermait des ferments d'agitation. Quelques hommes connus pour Texaltation de leurs opinions étaient signalés comme cherchant à égarer les citoyens et à les détourner du mouvement organisé par les autorités constituées. On citait notamment Fontanes, Martin et Cogorus comme étant les plus dangereux. La Commission populaire, saisie de réclamations à
LA COMMISSION POPULAIRE DE SALUT PUBLIC. 2f>ï
cet égard, dédaigna les manœuvres de ces perturbateurs obscurs.
Elle avait d'ailleurs de plus graves sujets de préoccupation. Quelques-uns de ses commissaires lui faisaient parvenir des rapports peu rassurants sur les dispositions de certains départements; et comme un des membres de l'assemblée faisait observer, dans la séance du 29 juin, combien il serait utile d'être au moins à peu près fixé sur V esprit des divers départements relativement aux circonstances actuelles, le rapporteur de Tun des Comités répondait : a qu'il était chargé d'un travail dans cet objet, mais qu'il était forcé de dire que chaque courrier en augmentait les embarras, parce que chaque courrier apportant de nouvelles preuves des changements dans l'esprit présumé des divers départements, il en résultait une grande incertitude sur leurs dispositions ('). »
Malgré, ces indications peu rassurantes, la Commission populaire décida de ne rien changer aux mesures prises par elle jusqu'à ce moment.
Le 29 juin, d'ailleurs, deux lettres de Vergnîaud et une de Gensonné (^> étaient lues à l'assemblée et y maintenaient l'esprit de résistance.
Ici se place, par sa date, un document d'une importance extrême, et qui, lorsqu'il fut connu de la Convention, en même temps que certaines lettres interceptées à Toulouse, parut de nature à motiver l'irritation et la sévérité de la Montagne contre le département de la Gironde. C'est une lettre adressée le 3o juin par Grangeneuve, Tun des secrétaires de la Commission populaire et président de la Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, au général Custine, qui commandait l'armée du Nord.
(I) Registre de la Commission populaire, séance du 29 juin, p. 162, f If Jlne.
(3) Nous n*avon8 pas retrouvé le texte de ces trois lettres.
Cette lettre était ainsi conçue :
« Général, frère et ami, presque tous les tyrans de l'Europe, coalisés contre la République française, sont forcés de déplorer le mauvais succès de leurs armes. Une horde de brigands ne voit d'autre moyen de servir le despotisme que celui d'introduire au sein de la République Tanarchie et le désordre ; mais ils se trompent, les Français ont juré d'être libres; ils n'auront pas juré en vam. Les factions du dedans, liguées avec les factions du dehors, viennent de commettre un dernier attentat. Le 3i mai, les i*' et 2 juin, ces factions, secondées par le canon et les poignards, ont arraché à la Convention un décret d'accusation contre les membres qui avaient le mieux servi la liberté par leurs talents et leurs vertus.
» A cette nouvelle, un cri de fureur et d'indignation s'est £aiit entendre dans les départements. Des citoyens sont arrivés de toutes parts. Ils veulent la République une et indivisible. Une armée s'organise pour marcher sur Paris; 80,000 hommes au moins s'y rendront sous peu de jours. La Société populaire de Bordeaux s'empresse de se réunir à vous. Elle veut la République une et indivisible. Vous l'avez jurée aussi. Bravez les calomnies; attachezvous à votre poste. Combattez au dehors les ennemis de la liberté, tandis que nous les poursuivrons au dedans. Notre cri de guerre doit être, — à vous : Guerre aux tyrans, et à nous : Guerre aux royalistes, aux anarchistes et aux tyrans (x). 1»
Le but de cette lettre, qui portait en tête : Départements réunis^ Assemblée centrale de résistance à V oppression, ne saurait être clairement défini. On croyait sans doute pouvoir compter, à un moment donné, sur le concours de Custine, et Ton espérait sa défection. La démarche de Grangeneuve était, à tout prendre, des plus compromettantes; elle eut des conséquences funestes. Custine, en effet, en butte alors aux dénonciations des conventionnels Soubrany, Ruamps et Montant, et attaqué avec acharnement dans les journaux de Marat et de Lavaux, affectait un grand dévouement pour le parti de la Montagne. Afin de donner un gage de ce dévouement, il n'hésita pas à envoyer à la Convention la
(i) Moniteur, séance du 16 juillet 1793.
lettre de Grangeneuve, et il répondit en même temps aux Bordelais, le 14 juillet :
« Puisqu*au milieu des violentes secousses qui vous agitent, vos regards se portent sur les armées, montrez l'énergie que montre votre adresse, et écoutez la vérité. On désire en vain l'unité et l'indivisibilité de la République lorsqu'on ne lui fait pas le sacrifice de son opinion, lorsqu'une société populaire prétend qu'on lèse la volonté générale dans ses écrits et ses passions; — lorsqu'elle oublie ses serments et ses devoirs, jusqu'à se liguer contre des représentants du peuple. Si la loi n'est pas un point de ralliement, nos ennemis sont invincibles et la liberté nous échappe. Dites aux bataillons de la Gironde qui veulent rentrer dans leurs foyers, que la patrie les retient auprès de leurs drapeaux. A ce prix, je suis attaché à vous (0. »
Ce langage, dicté d'ailleurs par la raison et le patriotisme, déjouait les espérances des Bordelais et de la Commission populaire.
A la date même où Grangeneuve appelait Custine à soutenir Tinsurrection bordelaise, la Commission jetait un cri de désespoir. Ses concitoyens commençaient à l'abandonner : les manœuvres occultes de la minorité de la section Franklin et des exaltés de quelques autres sections, détachaient d'elle bien des individualités, jetaient le découragement parmi le peuple et tendaient à contrecarrer les mesures de salut public qu'elle avait ordonnées.
Dans une proclamation aux habitants de la Gironde, la Commission cherchait à relever les courages et à ramener le zèle et le patriotisme des premiers jours. Elle terminait en disant : oc Mais si, contre toutes nos espérances, nos derniers efforts pour ranimer votre zèle n'étaient pas couronnés de succès, il ne serait que trop évident pour nous que vous nous auriez retiré votre confiance, ou plutôt que vous nous auriez induits en erreur, en nous persuadant que
(i) Moniteur, séance de la Convention du i5 juillet lyqS.
VOUS nous l'aviez accordée. Il ne resterait plus à la Commission populaire qu'à se dissoudre, et, en gémissant sur notre honte, abandonner la gloire de sauver la République à la valeur des départements où plus d'énergie et d'intrépidité ont déjà armé des milliers de bras. i>
Nous ne tarderons pas à reconnaître que la Commission populaire n'avait plus le pouvoir de galvaniser le peuple bordelais. De tous les points du département, il est vrai, on s'en remettait à elle, on adhérait à ses mesures, on l'investissait de toute confiance pour le maintien de l'ordre public; mais à Bordeaux les défiances et les soupçons, propagés par quelques adeptes du parti montagnard, encouragés et soutenus par Treilhard et Mathieu, faisaient chaque jour des progrès; déjà beaucoup de citoyens redoutaient les conséquences de leurs ardeurs irréfléchies et de la rébellion à laquelle ils s'étaient associés.
Sur ces entrefaites, la Commission populaire fut informée que toutes les municipalités avaient reçu directement du ministre de l'intérieur le projet de Constitution soumis à l'acceptation du peuple.
Un pareil envoi fait en dehors du contrôle et sans l'intervention des autorités constituées du département souleva des critiques violentes, et des discussions orageuses eurent lieu à ce sujet au sein de la Commission.- On ne parlait de rien moins que de considérer l'envoi comme non avenu. Quelques membres firent remarquer que le ministre avait évidemment cherché à faire perdre aux corps administratifs la confiance du peuple ; que sa conduite favorisait l'établissement du gouvernement municipal; qu'il avait voulu se servir de l'amour-propre des municipalités pour les soustraire à l'autorité légale des corps administratifs; que le ministre pouvait avoir été trompé par ses agents, mais qu'il en était responsable; qu'il fallait dénoncer la manoeuvre et non les personnes; que c'était le meilleur moyen de
prévenir le mal sans être injuste; qu'il ne fallait pas juger delà diose en écartant les circonstances actuelles; que le ministre était fort bien instruit des dispositions du département de la Gironde; que Tinterversion dans Tordre administratif qu'on lui reprochait n'avait rien de coupable; qu'elle était même toute simple puisqu'elle avait pour but de faire parvenir au peuple un projet de Constitution qu'il pouvait croire devoir être soigneusement éloigné de lui par le département; qu'il n'y avait rien à écrire contre sa conduite; qu'il fallait abandonner tout cela au mépris, mais en même temps écrire aux municipalités qu'à la vérité l'envoi était illégal dans la forme, mais que le peuple était le maître de prendre connaissance du projet de la nouvelle Constitution <'> .
Ces conseils de modération furent écoutés, et par un arrêté en date du 4 juillet, la Commission populaire décidait que le plan de Constitution serait soumis par l'administration du département, dès qu'elle l'aurait reçu officiellement, à l'acceptation des citoyens. « La Commission populaire, ajoutait-elle, attend du peuple de ce département, réuni en assemblées primaires, une déclaration formelle de ses sentiments sur la manière dont elle a usé jusqu'à ce jour des pouvoirs dont il l'a investie; et jusqu'à l'émission de son vœu, elle restera constamment au poste où sa confiance Ta placée. ]^
Quoi qu'il en soit, la disposition des esprits devenait de moins en moins favorable à la force départementale, et dès le 3 juillet, un honorable négociant exprimait la pensée que la Commission populaire échouerait dans son projet (^K
Des le 5 juillet, d'ailleurs, une proclamation de Treilhard et Mathieu aux citoyens du département de la Gironde circulait à Bordeaux. Elle était datée de Périgueux, le i®^.
(t) Commission populaire, séance du i«r juillet 1793. (3) Lettre de Daguzan aîné, du 3 juillet 1793.
« Citoyens, disaient les conventionnels, méconnus, offensés tant dans notre caractère public que dans notre caractère individuel pendant le séjour que nous avons fait à Bordeaux, nous sommes dans la persuasion que déjà, dans cette cité, Topinion publique nous venge de la double offense que nous avons reçue*,, que Téquité de tous répare les torts de quelques-uns, et que déjà le temps a Justement reporté sur nos calomniateurs les nuages qu'ils avaient si injustement répandus sur nous.
i> Frappés d'un discrédit préparé à Tinstant même de notre arrivée, nous reconnûmes que le peuple avait des ennemis puisqu'on se faisait un jeu de le tromper; nous reconnûmes des machinations concertées et des trames ourdies contre la liberté ; nous reconnûmes dans la réputation imméritée que Ton nous créa, un mot d'ordre donné par rintrigue, dans un lieu et dans un instant choisis pour en étendre et pour en propager l'effet.
D L'erreur ne pouvait être de longue durée, notre présence pouvait en dissiper le prestige; nous nous aperçûmes bientôt qu'elle était importune et déconcertait un plan.
> Tenus dans un véritable état d'arrestation, gardés et surveillés avec des formes dont la rigueur n'était tempérée que par l'honnêteté individuelle des gardes nationaux qui exécutaient les ordres de la Commission, nous devons vous le dire, citoyens, nous avons été condamnés à la plus douloureuse des privations, puisque nous n'avons pu librement communiquer avec vous, entendre de vous et vous faire entendre l'expression de la vérité. La confiance nous précipitait vers vous, et l'on nous retenait par le motif d'une crainte que notre cœur ne pouvait partager.
D Nous étions en état d'arrestation avant même que la Commission eût décidé qu'il n'y avait lieu à délibérer sur la proposition faite de nous y retenir. Qtoyens, en aviez-
VOUS donné le pouvoir? En avez- vous eu le désir? Non; VOUS ne pouviez ni demander ni vouloir que, pour rendre à la représentation nationale sa liberté, on enfermât deux représentants; que, pour rendre à la Convention nationale son intégrité, on lui ôtât deux de ses membres, en donnant le même exemple à tous les départements où il a été envoyé des commissaires.
:► Et c'est dans cet état de captivité que Ton nous demande à Bordeaux si la Convention est libre à Paris. Avant de répondre, nous aurions pu commencer par demander si nous étions libres à Bordeaux. Nous aurions peut-être embarrassé par cette question ceux qui se croyaient nos juges. Dédaignant ce facile avantage, nous sentions que la liberté était au fond de nos cœurs, et la réponse que nous fîmes alors, nous la ferions encore,
> Que répondre, en effet, à une Commission entraînée par quelques-uns de ses membres, ou égarée par leurs intrigues ? Que répondre à des hommes qui déclarent qu'ils ne reconnaissent plus de Convention nationale, plus de pouvoir exécutif, et qui, par une conséquence nécessaire de cette funeste doctrine, par le motif ou sous le prétexte d'attaquer les désorganisateurs , livrent la République entière à la désorganisation la plus complète, affament et décomposent nos armées, renversent le gouvernement, rompent le lien de toutes les administrations locales et nationales, et remplacent Tutile tendance de toutes les parties de Tempire, dô tous les pouvoirs de la République vers un centre commun, par les tourbillons inorganisés de quatre-vingt-six départements ?
:► Devant des conséquences aussi funestes, pouvions-nous adhérer au principe? Est-il un bon citoyen qui le puisse, quelle que soit son opinion sur les derniers événements ?
> Et dans quel moment s'eflforce-t-on d'accréditer ces dangereuses idées? Dans quelles circonstances divise-t-on
la patrie, de manière à la faire chercher péniblement au sein de la France même ? C'est lorsque nos légions républicaines ont besoin, pour développer toute Ténergie de leur bouillant courage, de savoir qu'il existe pour elles une Patrie qui les regarde, qui les chérit, qui les attend; c'est lorsqu'elles ont besoin de cette union civique à laquelle elles sont déjà si disposées, et de cet enthousiasme de liberté et de fraternité qui multiplie les forces physiques par les forces morales, qui presse et qui anime tous les efforts pour la défense de la République une et indivisible.
3> Dans quel instant encore s'efforce-t-on de rompre cette unité précieuse, également consacrée par l'intérêt national, par les sacrifices faits en commun à la patrie, et par les affections mutuelles de tous les Français ? C'est lorsque les représentants du peuple vont offrir à ses vœux impatients une Constitution fondée sur les principes de la liberté et de l'égalité; une Constitution qui ira prendre le caractère sacré de loi fondamentale à la source même de toutes les lois, c'est-à-dire dans Tintelligence de tous et la volonté générale; c'est lorsque le peuple français, dans ses assemblées primaires, va pour la première fois donner au monde l'imposant spectacle d'une grande nation qui pose elle-même les bases de son bonheur.
}) Chez un peuple libre qui n'a point encore de Constitution, la patrie paraît être sans autel; on ne sait autour de quoi se rallier. Une agitation dangereuse se communique à tous les esprits et semble déplacer toutes les linûtes. L'État est menacé de sa dissolution; les diverses autorités voient se rompre le lien provisoire qui les unissait; les lois ellesmêmes manquent de principes auxquels elles aillent se rattacher; des décrets sont à chaque instant nécessaires pour étayer les restes d'un ancien édifice. Le législateur sent qu'il ne peut plus rien faire qu'il n'ait fait une Constitution. Plus l'interrègne a été long, plus il est instant de
ramener les esprits et de rapprocher tous les citoyens par cette chaîne douce et puissante, la seule que la liberté connaisse et chérisse.
^ Vous sentez comme nous, citoyens, cet indispensable besoin d'une Constitution. Vous jugerez celle qui vous sera présentée. On défend avec plus de courage une patrie constituée. Les rebelles de la Vendée une fois terrassés par vos efforts, nos ennemis du dehors seront obligés de nous demander la paix. Il est temps peut-être que les révoltés de Tintérieur portent la peine de leur témérité et qu^ils succombent enfin sous les efforts des Français. Ils demandent un roi, et vous le souffririez? Ils étendent au loin leurs ravages et menacent nos places maritimes, et vous le souffririez? Non : les citoyens de la Gironde qui se sont si glorieusement signalés dans la Révolution, ne terniront pas leur gloire; ils se montreront dignes des exemples qu'ils ont eux-mêmes donnés, et, de concert avec les citoyens des autres départements, ils extirperont ce chancre politique qui menace de dévorer le sein de la République ^^K :»
Ainsi parlaient Treilhard et Mathieu faisant appel à la raison du peuple et ne prodiguant pas de vaines menaces. Leur langage mesuré trouva plus d'un approbateur dans la patrie des Girondins. C'est qu'on éprouvait à la fois de la lassitude et de la crainte : on n'apercevait pas les résultats pratiques de l'insurrection, on en voyait les dangers. La proclamation circula rapidement, bien que la Commission eût désiré qu'elle ne parvînt pas à la connaissance du peuple. Elle produisit une impression que les adversaires du parti de la Gironde et des autorités constituées mirent habilement à profit : ils répandirent des bruits malveillants, signalèrent les conséquences redoutables de la rébellion et
(1) Archives de la Gironde, série L.
r-r Hî^Tons- ih: ia TERîtin a bokd£.vux.
s^sfîor^èmi: àz ralîtsr k jimple an pard de la Montagne £ i ix: nncvslk Canszimxkixu qui allaît devenir h palladium
L£s ^ncvzmiiixxDds en mîsàan dans les départements œrarv^iàsin? invarisaiem. dim antre cote, les menées des Mjtmngnari? horàsiuiîs : aînà Mazade^ Gamier et Bernard, jïbrs i Snrnrr^^ f aiimilflin it des proclamations où ils icïOTCtr<>xrriiian 3^ macmerocnts des départements du Mid;. s: ii> crv^yiikic d^s Œcmplaîres de ces proclamations ii,3^ r>xn c"ruimc> joar ère «Sscibués aux sections popu-
CiTCDics:* il Ocamssàan [wrssaît Torganisation de la K^r^t OirerîsrMaciie, c ttcts le 8 juillet, la nouvelle du pgvxrHj:-.::. 3irurc de ii fcroc année pour Paris, afin i^j^rjcxrirr ii iâàcc duhoHnt, était généralement répandue
Ce bruit ccadt si:» dxite prématuré, car dans la séance de U Omcr>5ïc:s:t fv^pcLire de ce même jour, un membre fdisjdt cocnjtitr^ ^ju* l>el^^^x2p de compagnies de la garde natîondle ne v-.Hdjier.t point fournir leur contingent, qu'il y aurait trois c^nts kjmm^ a infanterie au plus prêts pour le mercr^ suivant^ et que le corps de cavalerie paraissait devoir être très lent à se former.
Ces nouvelles attristèrent la Commission; elle ne perdit pas courage toutefois, et elle envoya des commissaires dans le département pour stimuler le zèle des populations. S'unissant à elle dans le même esprit, la municipalité adressa une proclamation aux habitants de Bordeaux :
c II s'agit aujourd'hui, leur disait le maire Saige, de maintenir ou de perdre la réputation dont vous jouissez. Attcndrez-vous que des dictateurs insolents envoient ici des satellites pour vous soumettre à des lois que vous n'aurez point consenties? Attendrez -vous que la Conmiune de Paris vous donne un brevet qui vous permette de porter
le titre de citoyens français ? Est-ce à elle que vous voulez obéir, ou aux législateurs que vous avez choisis? Tel est pourtant le sort qui vous attend si vous ne déployez à rinstant même toute la vigueur dont vous êtes capables. Cette Commune qui dispose arbitrairement du pouvoir national, après avoir subjugué, ou par la corruption ou par la terreur, les départements qui l'entourent, vous mettra sous le joug; et ce que l'ancienne Rome ne put pas sur vos ancêtres, cette Rome nouvelle l'exécutera sur vous. Prévenez ce despotisme... »
Les Montagnards se réjouissaient des médiocres résultats obtenus par la force départementale, et l'un d'eux écrivait à la Convention : « Le despotisme qu'exerce dans cette ville la Commission prétendue populaire n'a pas entièrement anéanti le patriotisme ; il y a encore un grand nombre de bons citoyens qui sont tout prêts à se lever contre les oppresseurs de la liberté. L'indignation du peuple est à son comble; elle est sur le point d'éclater ^^K »
Treilhard et Mathieu avaient fait connaître qu'ils avaient été chassés de Bordeaux par les fédéralistes de cette pille, et le 10 juillet la Convention désignait les représentants Chaudron-Roussau, Tallien, Ysabeau et Garrau pour se rendre au chef-lieu de la Gironde afin d'y rétablir son autorité.
A cette époque, et pour presser le départ de la force départementale, la Commission populaire ordonna une réunion de la garde nationale en armes au Champs de Mars : il s'agissait d'inviter directement chaque compagnie qui n^aurait pas fourni ou incorporé son contingent, à le faire sans délai <').
Cette mesure indique quel refroidissement avait succédé à l'enthousiasme de l'esprit public.
(i) Moniteur, séance de la convention du 9 juillet 1793. (aj Arrêté du 11 iuillet 1793.
Nous ne pouvons ici passer sous silence un fait particulier relatif à un acteur célèbre ; il révèle à quelles manœuvres étaient en butte les autorités insurrectionnelles de Bordeaux.
Le 12 juilletn, à la séance de la Commission populaire, une députation de la Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité était introduite.
« Depuis longtemps, disait Tun des membres de cette députation, la Société s'apercevait que l'esprit public dégénérait; depuis longtemps elle renvoyait à ses comités une foule de dénonciations, et quelque activité que ces comités missent à la poursuite des ennemis de la chose publique, on a senti souvent le besoin de poursuivre devant le tribunal de l'opinion publique des hommes que l'impunité enhardissait au crime ; cependant, par une sage condescendance, on a encore des ménagements qui peuvent être utiles, autant à des hommes qui pourraient n'être que calomniés, qu'au succès des recherches à faire pour prouver les délits. C'est ainsi que la Société a pensé qu'une lettre qui dénonçait Laïs, acteur, devait être lue publiquement, et qu'une autre, indiquant des hommes d'autant plus dangereux qu'ils se trouvent employés dans les bureaux de l'administration, devait être remise au Comité de sûreté générale. ^
La Commission entendit la lecture de la lettre qui dénonçait Laïs et la renvoya au Comité de sûreté générale invité à se réunir sur-le-champ. — L'orateur de la députation annonça à l'assemblée que la Société des Amis de la Liberté et de T Égalité avait délibéré, à l'unanimité, que la Commission populaire serait invitée à faire partir le citoyen Laïs (»).
On examina les papiers de cet acteur, et, après avoir recueilli sur son compte des renseignements qui ne furent
(i) Commission populaire, séance du 12 juillet, soir.
pas précisément défavorables, la Commission populaire décida qu'il resterait libre afin que le théâtre et le public continuassent à profiter de sa présence à Bordeaux ^^K
Le i3 juillet, la Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, dont le dévouement était certain et qui secondait activement la Commission populaire, déclarait qu'il était de l'intérêt du peuple français d'accepter en masse la Constitution qui allait lui être prochainement présentée dans ses assemblées primaires. Ce n'était pas une défection, c'était un acte de prudence.
Le même jour, la Commission populaire prenait un arrêté pour constituer la force départementale en Légion de la Gironde. La légion devait avoir deux colonnes, dont l'une se dirigerait sur Toulouse pour rejoindre les forces levées par les départements de cette région , et la deuxième sur Limoges, où seraient invitées à la rejoindre les forces levées dans les départements voisins. Les deux colonnes devaient partir aussitôt que les hommes en seraient complètement habillés, armés et équipés, et se rendre à Langon et à Saint-Macaire, où elles attendraient l'ordre ultérieur du départ définitif.
Toutefois, en présence de l'indifférence qui régnait partout, elle réduisit à 25 hommes le contingent à fournir par la cavalerie bordelaise.
Malgré cet adoucissement à ses prescriptions primitives, la Commission populaire rencontra encore la même indifférence parmi les gardes nationaux; quelques-uns même opposèrent un refus complet de fournir les contingents demandés, attefidu que c était contraire aux lois et que rien ne pouvait obliger les volontaires à s'enrôler. C'est M. de Brezets, un magistrat dont le nom s'est perpétué jusqu'à nos jours dans les places élevées du barreau et de
(i) Commission populaire, séance du i3 juillet.
la yadicarrrre. qui. consulté par une Compagnie de la garde nadoaaie, aTah dicte cette réponse.
On le devine sans peine, la réunion du Champ de Mars n^eut pas les résultats qu'on pouvait espérer; la Commission pc^nilaire dut perdre toutes ses illusions, s'^il lui en restait encore, et comprendre enfin que le peuple était las d^une iosurrection qui, cliaque jour, perdait de ses chances de succès. Le 1 5 juillet, elle s'occupait du projet de Constitution et se proposait d'adresser aux assemblées primaires un exposé de la situation de la République, des événements qui avaient ôté la liberté à la Convention nationale et nécessité la formation de la Commission populaire, et où elle provoquait le vœu du peuple sur son existence et sur ses opérations <•>.
Durant ce temps, le général Houchard, imitant en cela les procédés du général Custine, dénonçait à la Convention une lettre qu'il avait reçue de Bordeaux, et écrivait à la Société des Amis de la Liberté et de TÉgalité : « Je vous dénonce, frères et amis, une lettre imprimée à la date du 3i juin, d'une soi-disant Société des Amis de la Liberté et de r Égalité de Bordeaux, signée de Grangeneuve, président; Dirat, Menne, Duchène et Benoît, secrétaires. Si ces malheureux ne sont que dans l'égarement et qu'ils aient été trompés par les lâches fédéralistes complices de Dumouriez, et qui voulaient nous conserver un tyran, je vous engage, au nom des soldats sans-culottes de l'armée de la Moselle, dont je suis le chef, de les tirer de Terreur où ils sont plonges. ))
La leçon était dédaigneuse et se ressentait du milieu où clic avait été conçue.
A Bordeaux, la situation empirait : le peuple manquait de pain, et des désordres incessants se produisaient aux
V»* Tiw^SAxrbdl vie là «c^ukx Uu ib juillet 1793.
portes des boulangers; une foule d'hommes, de femmes et d^enfants affamés s'y disputaient les quelques miettes d'un pain grossier.
Le 18 juillet, un membre de la municipalité rendait compte à la Commission populaire des causes des attroupements que nous venons de signaler, et présentait, comme en étant la cause principale, TinsufiBisance des distributions de pain. Les approvisionnements étaient devenus difficiles, des obstacles multipliés gênaient la circulation des grains et la municipalité avait vainement cherché à remédier aux maux dont le peuple avait à souffrir.
La Commission populaire dut s'inquiéter d'une si douloureuse situation : elle fit inviter les sections à concourir selon leurs moyens à l'établissement d'une boulangerie dans leurs circonscriptions, et elle défendit, sous des peines sévères, aux boulangers de fabriquer du pain fin et de vendre des farines, et aux citoyens d'en acheter.
Cependant, les sections retiraient successivement leur confiance à la Commission populaire. La section Franklin en avait donné la première l'exemple; les sections de la Liberté n® 2 1 ; J.-J. -Rousseau n® 27 ; Beaurepaire n° 22, etc., ne tardèrent pas à le suivre.
La débâcle commençait.
Malgré ces abandons successifs, la Commission luttait encore, et la force départementale partait enfin.
Le 17 juillet, Bernada et Bonus, commissaires près la Légion de la Gironde^ faisaient imprimer une adresse à tous les citoyens des lieux de leur passage. Elle devait être envoyée aux autorités constituées de façon à préparer un bon accueil aux troupes de l'insurrection. Elles comptaient quatre cents hommes! Ce petit nombre était dérisoire, mais l'amour-propre était engagé; on ne regardait plus derrière soi, on regardait en avant, et l'on croyait pouvoir sauver la chose publique, a Ne fussions-nous que trois, disait une
lettre de la Commission populaire à un de ses commissaires, nous partirions pour ne pas nous déshonorer aux yeux de la France, qui attend de nous son salut ('^ >
Voilà où en étaient les membres de la Commission populaire le 20 juillet.
Ce jour-là, l'assemblée apprenait Tarrivée de la force départementale à Langon. Un membre de la municipalité venait en même temps l'informer que deux individus suspects qui, depuis plusieurs mois, parcouraient dans tous les sens le midi de la France, sans avoir une direction déterminée, avaient été récemment arrêtés; qu'ils s'étaient qualifiés de commissaires du pouvoir exécutif, mais qu'ils ne jouaient, en réalité, qu'un rôle d'espions; que l'un d'eux était marqué des lettres G A L, et que cependant il résultait de leurs déclarations et de leurs écrits qu'ils étaient en correspondance suivie avec Chaudron- Roussau, membre de la Convention.
La Commission populaire chercha, mais sans succès, à donner un grand retentissement à cette affaire.
ce Ce rapport, dit le procès- verbal de la séance, étant propre à faire connaître les hommes et les moyens indignes dont les factieux se servent pour corrompre l'opinion publique et atteindre au but criminel qu'ils se proposaient, la Commission arrête qu'il sera sur-le-champ imprimé et envoyé aux assemblées primaires (2). j>
On assure que ces deux hommes furent rendus à la liberté quelques mois plus tard par les représentants qui vinrent recevoir la soumission de la ville de Bordeaux, et au nombre desquels figurait Chaudron- Roussau.
Les assemblées primaires, on vient de le voir, étaient réunies sur tous les points du département; après s'être déclarées en permanence, toutes acceptaient en masse le
(1) Proccs-vcrbal de la séance du 21 juillet 1793.
(2) Moniteur, séance de la Convention du 19 juillet 1793.
projet de Constitution présenté à la sanction du peuple; toutes ou presque toutes en même temps, ainsi que la majorité des sections de Bordeaux, renouvelaient les pouvoirs de la Commission populaire, et déclaraient adhérer à toutes les mesures prises par elle. Quelques-unes même prenaient sous leur sauvegarde tous les membres de la Commission populaire et les déchargeaient de toute responsabilité pour les mesures prises par la Commission dans le but de sauver la chose publique. Ce furent leurs expressions.
La Convention, tenue au courant de ce qui se passait à Bordeaux, avait, nous Pavons dit plus haut, désigné trois ou quatre proconsuls pour se rendre en mission dans cette ville; mais non contente de cette mesure qui n'avait pu encore être ramenée à exécution, elle décrétait le 23 juillet, sur la proposition de Baudot, que cr tous les citoyens non domiciliés à Lyon, Bordeaux, Marseille et Caen seraient tenus de sortir de ces villes vingt-quatre heures après la publication du décret, et de se rendre sous huit jours à leur domicile ordinaire, sous peine d'être déclarés émigrés et leurs biens confisqués au profit de la République. »
Ce décret causa une vive émotion à Bordeaux, qui contenait un assez grand nombre d'étrangers.
Pendant que Paganel déclarait, le 25 juillet, à la tribune de la Convention, tf que Tart. 25 de la loi du 4 mai donnait lieu aux riches négociants de Bordeaux d'acheter des blés en grande quantité^ de manière que cette ville était dans l'abondance tandis que les autres départements en manquaient, et qu'il demandait que le Comité de salut public fît un rapport sur la situation de Bordeaux, » cette malheureuse ville était en proie aux horreurs de la disette; elle avait pour dix jours seulement d'approvisionnements. D'un autre côté, les caisses de la ville étaient vides, et la municipalité faisait connaître à la Commission populaire
qu'elle était dans Fimpossibilité de remédier à la pénurie des subsistances.
Des discussions fort vives et fort animées s'engagèrent sur cette question. Toutes se résumaient, en fin de compte, par ce fait dominant, qu'il fallait à tout prix se procurer des farines pour éviter des malheurs incalculables.
Les offrandes volontaires des citoyens riches — s'il en restait encore, — et l'emprunt décrété par la Commission populaire pour faire face aux dépenses de toute nature qu'exigeait la rébellion, n'ayant produit qu'un médiocre résultat, on dut aviser.
La Commission ne trouva rien de mieux, pour sortir d'embarras et se procurer de l'argent, que de faire délivrer sur récépissé, à la municipalité, par le payeur du département, 357,320 piastres appartenant à la République et gardées en réserve pour le service de la marine et des colonies. Cette mesure, grave en soi, fut considérée par ses auteurs comme un emprunt et comme une avance sur les 2 millions votés, le 3o mars, par la Convention, en faveur de la ville de Bordeaux.
La somme était d'ailleurs destinée exclusivement à l'achat de grains et farines pour l'approvisionnement de la ville.
Quelques jours plus tard, cet emprunt, qualifié d'enlèvement, était signalé comme un crime et vivement reproché à ses auteurs.
Le 27 juillet, la Commission populaire, dont les jours étaient comptés, formulait une longue adresse aux armées et aux bataillons de la Gironde; elle y expliquait le rôle que les événements l'avaient appelée à jouer, et protestait de son dévouement à la République.
C'était un des derniers actes du pouvoir usurpé. Une nouvelle déception lui était réservée : la i'^® colonne de la force départementale, partie de Bordeaux le 17 juillet, avait
rencontré en général un bon accueil sur sa route, bien que le district de Cadillac, qui avait fait scission avec la Commission, eût ordonné aux citoyens de barrer le passage à ces troupes. Bernada et Bonus, qui les dirigeaient, étaient arrivés avec elles à Langon et rendaient compte de l'enthousiasme des populations. Ils avaient écrit dans une de leurs lettres qu'en apprenant la présence à Langon d'un bataillon de Bordeaux, Treilhard et Mathieu avaient précipitamment quitté Agen, où ils se trouvaient alors. Le fait était exact, mais il doit être expliqué.
Les conventionnels s'étaient rendus, en effet, à Montauban, où ils avaient provoqué une réunion de délégués des départements de Lot-et-Garonne, du Lot et de la Haute-Garonne. De concert avec ces délégués réunis en Comité, ils avaient pris, le 23 juillet, un arrêté relatif à la force départementale et portant que des commissaires de chacun des trois départements réunis partiraient sur le champ pour aller au-devant des troupes sorties de Bordeaux afin de s'instruire de l'objet de leur marche, et pour faire sentir aux citoyens qui en faisaient partie les inconvénients et même les dangers qui pouvaient en résulter. Le 26 juillet les commissaires désignés par Treilhard et Mathieu avaient à Langon une conférence avec Bernada et Bonus, et le 28 ils se présentaient devant la Commission populaire.
Après lecture de l'arrêté que nous venons de résumer, les commissaires prirent successivement la parole : ils affirmèrent d'abord leurs sympathies pour les habitants de la Gironde qui, à une époque peu éloignée, avaient, dans des circonstances critiques, volé au secours des Montalbanais opprimés par une aristocratie tyrannique; puis ils demandèrent à la Commission de leur faire connaître l'objet actuel de la marche d'une force départementale vers Paris, quand la Convention avait présenté une Constitution républicaine bientôt acceptée par les assemblées primaires, ce Au
28o HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
moment où la Convention nationale va être remplacée par une nouvelle Législative, nous pensons, dirent-ils, qu'il faut se réunir à elle, le point naturel et le plus utile du ralliement. Quel est et quel doit être le mobile des mesures les plus efficaces à prendre aujourd'hui contre les ennemis du dehors et du dedans ? C'est de porter nos forces disponibles sur les frontières, vers Bayonne, vers Perpignan. A quoi peut être utile une force départementale à Paris? Quels sont les maux auxquels elle doit apporter remède? Nous vous assurons de nos dispositions de paix et de fraternité, mais nous ne saurions dissimuler qu'indépendamment de la loi qui défend à tout corps armé d'entrer sur le territoire d'un département étranger sans son consentement, d'autres motifs peuvent apporter des obstacles au passage de la force départementale; redoutez d'augmenter les progrès de la guerre civile. » Ils terminèrent en disant qu'il leur paraîtrait convenable et sage de suspendre la marche de ces troupes jusqu'à ce que les autres départements fussent forcés de les accepter, et ils invitèrent la Commission à peser les considérations qu'ils avaient développées.
Celle-ci, par l'organe de son président, répondit que tant que le peuple de la Gironde persisterait dans les mesures adoptées, rien ne pourrait empêcher la Commission populaire de les exécuter.
On le voit, après la lassitude des citoyens et les attaques non dissimulées de certaines sections, la défection gagnait les départements. La Gironde allait rester seule dans l'accomplissement de ses projets, hélas f trop généreux.
Mais ces démarches, connues de la population, n'étaient pas de nature à échauffer son zèle pour la Commission populaire. L'inquiétude et l'agitation étaient croissantes et des désordres ne cessaient d'éclater aux portes des boulangers. La faim dominait la situation ^^K
(i) Malesuada famés.
D'un autre côté, Panarchie se glissait dans les sections, travaillées par les partisans de la Montagne, et le nombre de celles qui retiraient leur confiance à la Commission populaire augmentait chaque jour.
La désaffection gagnait rapidement du terrain.
Cest au milieu du conflit des opinions, au milieu des divisions et des agitations de Tesprit public, et surtout en présence du refus fait par les départements voisins de fournir des grains à celui de la Gironde tant qu'il serait en état d'insurrection, que la Commission populaire prit une résolution suprême.
Elle prononça sa dissolution le 2 août 1793 :
f Considérant que les autorités constituées qui la composent s*étaient formées en Commission populaire, par la volonté expresse du peuple de ce département, qui, après s'être déclaré en état de résistance à Toppression, Tinvestit de ses pouvoirs et la chargea de prendre les mesures les plus propres à combattre les factions qui opprimaient la représentation nationale, et à la rétablir dans sa liberté et son intégralité ;
» Considérant que, pour remplir cet objet, les premières vues de la Commission populaire durent se tourner vers l'établissement d'une force départementale que la Convention nationale elle-même avait jugée nécessaire lorsqu'elle commença à craindre pour sa liberté, et à laquelle elle ne renonça que lorsque les premières entreprises des factieux qui voulaient l'asservir l'obligèrent à rapporter le décret qu'elle avait rendu pour sa formation ;
» Considérant que la Commission populaire, inviolablement attachée aux principes de l'unité et de l'indivisibilité de la République, a dû s'assurer d'abord que tous les départements qui annonçaient vouloir prendre les mêmes mesures de salut public étaient dirigés par ces mêmes principes, afin d'éviter que les intentions pures des citoyens de ce département ne pussent servir à favoriser les projets que des malintentionnés auraient pu former ailleurs, et que c'est dans cet objet qu'elle a envoyé des commissaires dans toutes les parties de la France, pour connaître l'esprit public qui y régnait, et lui en faire un fidèle rapport ;
» Considérant qu'encore que ces mesures n'eussent d'autre but que le salut de la République, la Commission populaire, toujours fidèle aux principes, ne pensa pas qu'il lui fût permis d'appliquer les deniers de la nation aux dépenses qu'elles devaient entraîner, et
28a HISTOIIŒ DE LA TERREUR A BORDEAUX.
qa^en conséqucoce eiie crut oe devoir y fournir que par le produit d'un emprunt ciTique, persuadée qu'elle trouverait dans le patriotisme des citoyens de ce département les ressources nécessaires pour y pourvoir;
» Considérant que toutes ces mesures avaient déjà reçu Fappro* bation du peuple de ce département, lorsque, sur l'annonce de l'envoi de l'acte constitutionnel, la Commission populaire s'empressa, dès le 5 du mois dernier, d'arrêter qu'une déclaration solennelle du peuple français, qui consacrerait pour la première fois la République une et indivisible, présentait un avantage si précieux à saisir, qu'aussitôt que l'administration du département aurait reçu officiellement le projet de Constitution, il en ferait l'envoi aux districts et municipalités, et convoquerait en même temps les assemblées primaires;
> Considérant qu'au moment où la Commission populaire eut l'assurance de voir le peuple réuni en assemblées primaires, elle l'invita à lui &ire connaître sa volonté, pour savoir si elle continuerait à remplir ses fonctions, ou si elle devait les cesser;
» Considérant que quoique la majorité des sections de la ville de Bordeaux, la totalité de celles de Liboume, Bazas, Bourg, Blaye, Sauveterre, Saint-Émilion, Langon, Saint-Macaire, deux de celles de La Réole, et plusieurs assemblées primaires du canton, aient de nouveau confirmé les pouvoirs de la Commission populaire, et qu'elle n*ait reçu que deux délibérations contraires, néanmoins il lui suffit que ce vœu n'ait pas été généralement exprimé pour craindre de devenir l'objet d'une division entre les citoyens;
> Considérant que le peuple a cru voir dans l'acceptation de la Constitution, et dans le renouvellement du Corps législatif qui doit en être immédiatement la suite, le retour de la paix et de Tordre, l'anéantissement de toutes les factions, et le règne absolu de la loi ;
» Considérant que cette espérance paraît partagée par la grande majorité des départements; que presque tous ont pensé qu'il fallait attendre l'effet que produirait Facceptation de l'acte constitutionnel, et que la Commission populaire y a été particulièrement Invitée, dans une de ses séances publiques, par des membres des administrations des départements de la Haute-Garonne, du Lot, du Lot-et-Garonne, liés avec celui de la Gironde par tant de rapports d'amitié, d'estime et de fraternité;
• Considérant qu'au moment où se forma la force départementale, le succès de nos armes donnait la plus grande espérance de voir bientôt tous les ennemis de la France abattus ou forcés de respecter sa constitation et sa liberté; mais que des revers survenus depuis obligent tous les vrais républicains à tourner tous leurs efforts contre les ennemis qui en veulent à l'existence même de la République ;
» Considérant, enfin, que la plupart des assemblées primaires de ce département se sont déclarées permanentes et qu'elles veillent par elles-mêmes à la conservation de la liberté ;
1 Considérant que, malgré l'état de détresse où se trouve réduite la ville de Bordeaux, elle doit se hâter, pour ôter toute espèce de prétexte à la malveillance, de rétablir au dépôt national les piastres qu'elle avait été contrainte d'y puiser pour prévenir les horreurs de la &mine dont elle se trouve menacée, sauf à prendre les mesures les plus fortes pour y suppléer par d'autres moyens ;
• Par ces considérations, la Commission populaire de salut public déclare au peuple de ce département que le silence de plusieurs assemblées primaires sur la continuation de son existence lui fait im devoir de se séparer ; et en conséquence, elle lui remet les pouvoirs extraordinaires dont il l'avait investie ;
9 Que les calomnies aussi atroces qu'absurdes que les malveillants ont cherché à répandre contre le peuple du département de la Gironde, afin de le rendre suspect aux autres départements et de rompre les liens de la fraternité qui l'unissent à eux, lui font un devoir d'arrêter la force armée vers Paris et de rappeler dans leurs foyers les citoyens qui la composent ;
» Que les engagements contractés par la Commission pour fournir aux dépenses relatives soit à l'envoi de commissaires dans les départements, soit à l'organisation de la force départementale, soit pour les subsistances, l'ayant été au nom du peuple de la Gironde, seront sacrés pour lui ; et que tous les efforts de l'égoïsme ou de la malveillance pour leur ôter la foi qui leur est due, seront surmontés par le patriotisme et la probité des citoyens de ce département;
• Que malgré l'espérance que les bons citoyens peuvent avoir conçue de voir accomplir incessamment le vœu du peuple pour l'affermissement de la liberté et le renouvellement de la représentation nationale, elle croit de son devoir d'inviter les assemblées primaires, et chaque citoyen en particulier, de se tenir toujours prêts à résister à toutes les tyrannies par lesquelles on essaierait encore d'attenter à la liberté publique ou individuelle ;
> En conséquence, la Commission populaire arrête ce qui suit : 1 i<>Les autorités constituées cesseront de se réunir en Commission populaire ou sous toute autre dénomination ; elles mettront, chacune dans les termes de leurs pouvoirs, la plus grande activité dans l'administration qui leur est particulièrement confiée, et concourront de tous leurs efforts au maintien de la tranquillité publique;
• 2* Aussitôt après la réception du présent arrêté, la force départementale se rendra dans la ville de Bordeaux, où elle a été formée. Les citoyens qui la composent seront licenciés. Ils seront
remerciés, au nom du peuple de ce département, du dévouement qu'ils ont témoigné et de la bonne conduite qu'ils ont tenue depuis leur formation ;
1 3« L'emprunt de deux millions, ouvert en conséquence des arrêtés de la Commission populaire des 25 juin et 16 juillet derniers, . continuera à être rempli d'après les états déjà arrêtés et sous la surveillance des autorités constituées pour être employé en achats de grains et farines pour l'approvisionnement de la ville de Bordeaux, après que les sommes nécessaires à l'acquittement des dépenses faites en exécution des arrêtés de la Commission en auront été prélevées. Le remboursement en sera Êiit conformément auxdits arrêtés ;
• 4* Ledit emprunt devant suppléer à l'emploi des piastres retirées de l'hôtel de la Monnaie, en exécution des arrêtés de la Commission populaire des 26 et 29 du mois dernier, lesdites piastres seront incessamment rétablies au dépôt national par la municipalité de Bordeaux ;
• 5® Ladite municipalité demeure chargée, sous la surveillance des corps administratifs, de continuer la levée dudit emprunt, de prendre toutes les mesures convenables pour que l'emploi en soit fait, le plus promptement qu'il sera possible, en achats de subsistances, en réservant les sommes nécessaires pour payer les dépenses faites en exécution des arrêtés de la Commission. Ces dépenses seront acquittées sur des mandats du Directoire du département, d'après les comptes visés par le Directoire du district de Bordeaux;
» 6° Le présent arrêté sera imprimé, publié et affiché; l'envoi en sera fait par le Directoire du département à ceux de district, et par eux à toutes les communes et municipalités de leur arrondissement. L'envoi en sera fait également à tous les départements de la République. »
La Commission populaire de salut public de la Gironde
avait vécu.
Son dernier acte était Tapologie que Ton vient de lire. Elle cherchait à y dissimuler, sous Thabileté de la forme, la criminalité politique de son autorité insurrectionnelle et des mesures qu'elle avait cru pouvoir édicter pendant son
existence.
Le rôle de la Commission et Tinfluence qu'elle a pu ex^ercer sur les événements sont assez difficiles à définir -, sa création fut un produit de l'enthousiasme bordelais : elle
ne pouvait survivre aux circonstances qui l'avaient créée, et son œuvre était fatalement condamnée à l'impuissance.
Pendant deux mois, elle forma un État dans l'État. Elle constituait une véritable insurrection, et ce fut son tort. Elle refusa de reconnaître et de publier ceux des décrets de la Convention qui lui paraissaient être en opposition avec les principes qu^elle avait la prétention de défendre; elle créa une force armée, décréta des emprunts, régna et gouverna en maîtresse dans le département de la Gironde et chercha à se créer des adhérents sur tous les points de la France.
Elle construisait un édifice qui péchait par la base et dont Texistence ne pouvait être qu'éphémère; ce fut, répétons-le, un entraînement irréfléchi de la part de nos pères, un acte de générosité courageux peut-être, mais qui devait être fatal aux populations de la Gironde et aggraver leur position, loin de l'atténuer.
La résolution de la Commission populaire ne fut pas sans causer de Pémotion à Bordeaux; beaucoup de citoyens honorables la regrettèrent. Quelques sections même, redoutant pour les membres des autorités constituées qui l'avaient composée les vengeances de la Convention et des partisans de la Montagne, provoquèrent des réunions à V effet d'aviser aux moyens de préserver les membres de la ci-devant Commission populaire des démarches qu'ils n avaient faites que pour céder aux vœux de leurs concitoyens.
Le 6 août 1793, la Convention, qui était restée jusque-là
à peu près indifférente devant les tentatives insurrectionnelles
du département de la Gironde, se décida enfin à frapper
un coup dont les conséquences devaient être terribles.
Barère, dit un journal du temps <»), signala d'une manière
(1) Journal du Soir du 7 août 1793.
28'> HfSTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
toute spéciale à la sévérité de la Convention lenlèvenient des piastres de Thôtel de la Monnaie, et il proposa, au nom du Comité de salut public, de déclarer anéantis, comme attentatoires à la souveraineté et à la liberté du peuple français, tous les aaes faits par la Commission populaire; de mettre hors la loi tous les membres composant ce rassemblement, ainsi que tous ceux ayant provoqué, concouru ou adhéré à ses actes, et d'ordonner la réint^ation des 357,320 piastres enlevées.
Ces mesures furent adoptées par un décret ainsi conçu :
La Convention nationale, Après avoir entendu le rapport de son Comité de salut public,
Décrète ce qui suit :
Article premier. — Tous les actes faits par le rassemblement qui a pris à Bordeaux le titre de Commission populaire de salut public sont anéantis, comme attentatoires à la souveraineté du peuple français.
Art. 2. — Tous les membres qui composent ce rassemblement ainsi que tous ceux qui ont provoqué, concouru ou adhéré à ses actes, sont déclarés traîtres à la patrie et mis hors la loi: leurs biens sont confisqués au profit de la République.
Lavaugayon, ci-devant chef d'administration civile de la marine à Bordeaux, est également mis hors la loi, et ses biens sont confisqués.
Art. 3. — La commune de Bordeaux réintégrera, dans Fheure de la notification du présent décret, les 337,320 piastres enlevées à main armée de Thôtel de la Monnaie, et qui étaient destinées au service de la marine.
Art. 4. — Tous les dépositaires actuels de Tautorité publique dans la ville de Bordeaux répondent individuellement, sur leur tête, de la somme de 357,32o piastres et des atteintes qui pourraient être portées à la sûreté des fonds et des caisses de la République.
Art. 5. — La Trésorerie nationale fera parvenir dans le plus court délai, aux commissaires qui seront nommés par les citoyens de Bordeaux, la somme de 2 millions, dont le prêt a été décrété le 3o mars dernier, pour pourvoir aux subsistances de cette ville; lesquels commissaires ne pourront être choisis parmi les membres
des autorités constituées, ni parmi les citoyens qui ont coopéré ou adhéré aux actes Jiberticides et contre-révolutionnaires des individus composant le rassemblement connu sous le nom de Commission populaire de salut public.
Art. 6. — Le présent sera porté sur-le-champ, par un courrier extraordinaire, aux représentants du peuple actuellement à Toulouse et à Montauban, qui demeurent chargés de prendre tous les moyens d'instruction et de force qu'ils jugeront convenables pour assurer sa prompte exécution, faire respecter les lois et garantir les citoyens de l'oppression.
Mallarmé, président ;
DupuY Jils et P.-J. AuDOuiN, secrétaires.
Tout le département, on peut Taffirmer, se trouvait mis hors la loi par ce décret de la Convention.
Les représentants du peuple en mission à Toulouse et à Montauban furent, on vient de le voir, chargés d'assurer la prompte exécution de ce décret, de faire respecter les lois et de garantir les citoyens de l'oppression.
Ces représentants étaient Chaudron- Roussau et Baudot, auxquels on ne tarda pas à adjoindre Ysabeau et Tallien.
Nous les verrons bientôt à l'œuvre.
Le 7 août, le Conseil général du département adressait à la Convention l'arrêté de dissolution de la Commission populaire. « La France n'y verra, disait Sers, ni faiblesse ni crainte de la part du peuple de la Gironde... Il veut voir Teffet des promesses faites au peuple français ; il se courbe avec respect, non devant les hommes, mais devant la loi... il veut qu'il n'y ait plus ni d'ordres arbitraires, ni de confusion de pouvoirs, ni d'autorité illimitée confiée à des individus; il veut que le crime soit puni et l'innocence justifiée. :»
Ce langage hardi, après la défaite, peint Sers tout entier.
Il garda ses convictions, et l'adversité ne put abattre son courage.
Bien qu'il eût partagé avec Desmirail et RouUet le
périlleux honneur, qui coûta la vie à ce dernier, de présider la Commission populaire, il fut seul excepté de l'amnistie quand, plus tard, le décret du 6 août fut rapporté.
Le moment approchait où on allait mettre les Bordelais au pas.
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