CHAPITRE V
LA RÉVOLUTION DU l8 SEPTEMBRE A BORDEAUX.
On décide le remplacement de la municipalité par des commissaires des sections. — Initiative de la section Franklin à ce sujet. — Les postes de la garde nationale sont relevés. — Les sections en permanence. — Prise de possession de la municipalité. — Les conventionnels sont priés de rentrer à Bordeaux. — Lettre à ce sujet. — Réponse des conventionnels. — Proclamation de la nouvelle municipalité. — Elle ordonne Inexécution du décret du 6 août. — Suppression du département et du district. — Visites domiciliaires. — Règlement pour la distribution du pain. — Adresse du Conseil général de la commune à la Convention.
— Arrestations. — La Société de la Jeunesse bordelaise est à son déclin.
— La section Franklin et la municipalité provisoire envoient des députés aux conventionnels. — Lettre de ceux-ci à la municipalité. — Programme révolutionnaire. — Proclamation à la Jeunesse bordelaise. — Adresse du Conseil général de la commune aux Parisiens. — Dissolution de la Société des Jeunes gens. — Anarchie à Bordeaux. — Création des cartes de sûreté. — L'avocat Marie de Saint-Georges. — Lettre que lui écrit Ysabeau. — Les tableaux de Rigaud à la Chambre de commerce. — Misère des Bordelais. — Lettre d' Ysabeau à la municipalité. — ].ettre de Tallien aux Jacobins de Paris. — Adresse des citoyennes Amies de la Liberté et de TÉgalité à la Convention nationale. — On se maratise. — Le premier Comité de surveillance. — Objurgations de Boissel à la nouvelle municipalité. — Celle-ci sort de son apathie et prescric diverses mesures révolutionnaires. — Des délégués du Club national vont républicaniser les communes du département. — Arrestations faites par le Comité de surveillance. — La Commune de Paris envoie des délégués à Bordeaux. — Ijcs prisons se remplissent de prêtres et de suspects. — Lettre d' Ysabeau au Comité de salut public. — Guadet et ses compagnons à Bordeaux. — Vitrac et Fontanes. — Troubles à la porte des boulangers. — On annonce le retour des conventionnels. — Joie publique à cette nouvelle. — On plante des arbres de la liberté. — La Convention ordonne le désarmement des hommes suspects de Bordeaux.
— Tiraillements au sein de la municipalité. — Lettre d'Ysabeau à ce sujet. — Arrestations de suspects. — Tallien et L.acombe. — On suspend la délivrance des passeports. — Lettre de Tallien à la Commune de Paris.
— Les conventionnels font acheter des grains pour approvisionner Bordeaux. — Leur lettre à ce sujet. — Réunions décadaires au Temple de rÊtre Suprême. — Les arrestations redoublent. — Mesures contre la disette des subsistances. — M»* Marandon. ~~ Adresse de la Société des
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:c£- — Les bmiits-rooges et le gEcViïCBffs à Bordemx. — XJzrmét £C trwi. — Hooneurs rendus au je À RêfaHk]iie. — Soumission
€ Opérez d£3s Tc-ts miirs isae hsnrease rév<dution, avaient écrit Ysabeia et Riodoc aux moatagoards bordelais; .... nous sommes !â poor voos soutenir ' . »
Leur conseil fiit soÎTi.
De concert avec le Oob national, la section Franklin intrigua si nvement auprès des autres qu'elle fit décider, comme mesure urgente de salut public^ le remplacement de la municipalité par deux commissaires élus dans leur sein. C'était un acte hardi ; mais la section Franklin avait fait ses preuves à cet ^ard, et rien n'était de nature à surprendre de la part des hommes qui dirigeaient ses délibérations. Composée d'une grande partie du faubourg Saint-Seurin, dont presque tous les habitants, dit Bemada, étaient alors des petits artisans ou des gens de journée ^*\ cette section formait une plèbe audacieuse et turbulente toujours prctc, sous l'influence de ses chefs, à fomenter des mouvements populaires.
Le triomphe du parti de la Montagne était assuré par la décision des sections qui lui obéissaient. Sans perdre un instant et afin de faciliter l'exécution de cette mesure révolutionnaire, le bataillon Franklin releva immédiateinciu de son autorité privée les divers postes occupés par la garde nationale et fit, jusqu'à nouvel ordre, un service do jour et do nuit ^^^
I /alarme était grande dans la ville, et les allures de la section Franklin étaient loin de calmer les appréhensions dos habitants; on craignait que la tranquillité publique ne
(i) c\\. IV, p. 34r».
(3) Histoire M* liorMwtx, ch. W (■*) Saintc-l.ucc OiuUilIc.
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fût troublée, et une espèce d'anxiété s'était emparée de tous les esprits. Mais les sectionnaires avaient fraternisé, et, il faut bien le dire, la majorité du peuple, afin d'obtenir un soulagement à ses misères, paraissait disposée à adhérer à toutes les exigences.
Cest ainsi que des députations d'un membre par section partirent en corps. Tune pour La Réole, l'autre pour Périgueux, et allèrent demander à Ysabeau et Tallien de venir à Bordeaux pour y accomplir l'œuvre dont ils étaient chargés par la Convention nationale ^^K
On ne discutait plus...
Le 1 8 septembre au matin, les sections réunies adoptèrent définitivement, sous la pression de Tune d'elles (Franklin), les propositions arrêtées dans l'assemblée des commissaires tenue l'avant-veille. Il fut, en outre, décidé qu'elles resteraient en permanence jour et nuit et qu'elles auraient chacune un piquet de douze hommes de garde.
Chaque section nomma sans désemparer deux commissaires devant concourir à former la nouvelle municipalité.
Dans l'après-midi, ces commissaires se réunirent dans le local Franklin et en partirent pour l'Hôtel de Ville, escortés par la section en armes.
Le Conseil général de la commune était en permanence depuis le matin ; les commissaires pénétrèrent sans difBcuhé dans la salle des délibérations, et l'un d'eux s'exprima en ces termes : « La volonté souveraine du peuple s'est manifestée dans les vingt-huit sections de cette commune, et nous sommes chargés par nos concitoyens de prendre les rênes de l'administration civile et politique de cette ville. En conséquence, nous vous intimons l'ordre du peuple souverain d'avoir à nous céder sur-le-champ un dépôt que vous ne pouvez plus garder ^^K d
(I) Lettre de Daguzan aîné, du i8 septembre.
(I) Bernadau et O'Reilly.
La municipalité ne fit aucune résistance; elle se retira, laissant ses fauteuils aux envoyés du peuple souverain.
La municipalité révolutionnaire s'installa et entra immédiatement en fonctions.
Son premier acte fut de députer quatre de ses membres pour aller annoncer aux proconsuls de La Réole la révolution accomplie à Bordeaux, et les supplier de se rendre dans cette ville. Ces députés étaient porteurs de la lettre suivante :
c Les membres composanfla municipalité provisoire de Bordeaux, aux citoyens Baudot et Ysabeau, représentant du peuple, en séance à La Réole,
• Citoyens représentants, l'union la plus par&ite règne dans. la cité de Bordeaux : les vingt-huit sections ont unanimement arrêté de remplacer la municipalité par deux commissaires de chaque section; ils se sont réunis et forment, dans ce moment, la municipalité provisoire. Ils ont juré un attachement inviolable à la République une et indivisible, un respect inviolable pour les lois, et promis de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés. Nous nous faisons un devoir de remplir ce serment; il importe au maintien de la tranquillité publique et au bonheur de nos concitoyens, qui nous ont honorés de leur confiance. Venez au milieu de nous, représentants, seconder nos eflforts et vous assurer par vous-mêmes des sentiments vraiment républicains qui animent la majorité des habitants de cette grande cité.
f En attendant que vous remplissiez notre vœu le plus cher à cet égard, nous croyons essentiel de vous inviter de la manière la plus pressante à donner les ordres les plus prompts et les plus précis pour faire relâcher les farines achetées par le Comité des subsistances et que vous savez être arrêtées tant à Aiguillon que dans d'autres lieux; nos besoins ne sauraient être plus urgents, puisque nous n'avons pas de farine pour la distribution de demain.
t Au moment de notre installation, nous sommes avertis qu'il se fait devant le port un chargement de matières d'argent, surtout de la monnaie; nous nous sommes fait représenter les ordres que vous avez donnés au citoyen Lhoste, qui continue à les exécuter. Nous présumons, citoyens représentants, que lorsque vous connaîtrez la révolution qui vient de s'opérer dans notre cité, et qui doit foire disparaître toutes vos craintes sur la sûreté de ce dépôt important, \Q\xs jugerez peut-être, dans votre sagesse, devoir changer les dispo-
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sitions que vous avez données au citoyen Lhoste pour le dépôt de ces matières, et d'éviter les risques qu'il courrait dans le transport à Cadillac, et son retour, si vous proposez que le dépôt à Cadillac ne soit que momentané, et nous vous prions instamment de vouloir nous Élire connaître, à cet égard, vos intentions, par le retour de notre courrier. En attendant, nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour que le chargement se continue sous bonne et sûre garde, que nous venons de mettre, tant à bord du bateau qu'à la Monnaie.
» Pasquibr, président provisoire, Chaussade et Saint -Amand, secrétaires provisoires i^) , »
Cette lettre, qui ne brillait ni par le style, ni par Télan du patriotisme, fut remise aux destinataires à Agen. Avec eux se trouvaient, en ce moment, dans cette ville, Chaudron-Roussau, J. Pinet aîné, Leyris, Tallien, Dartigoeyte, Paganel et Monestier (du Puy-de-Dôme). La communication de la municipalité révolutionnaire bordelaise fut examinée par cette réunion de conventionnels; peu satisfaits, dit O^Reilly (*\ de la rédaction et du manque d'énergie de cette première lettre, ils y firent, séance tenante, une réponse ainsi conçue :
tt Agen, le 19 septembre 1793, Pan II de la République une et indivisible.
» Qtoyens, il est bien douloureux pour les représentants du peuple de retrouver, dans la première lettre des municipaux provisoires de la cité de Bordeaux, les mêmes principes, le même style et la même marche qu'ont employés jusqu'à ce jour les anciens officiers municipaux. Il n'y a pas, dans votre lettre, un mot pour la Convention ; il n'y a pas un mot sur le décret du 6 août.
> Nous vous déclarons, citoyens, sous quelque titre que vous existiez, que nous ne croirons au respect des Bordelais pour les lois que lorsque ce décret sera exécuté en son
(i) Archives municipales de Bordeaux.
(3) Histoire de Bordeaux, 20 partie, 1. 1*^, p. 36i.
entier; nous ne croirons à la sollicitude des municipaux sur les subsistances, que lorsque les visites domiciliaires auront été faites scrupuleusement en présence des commissaires du peuple, bons sans-<ulottes, choisis par la section Franklin ; nous ne croirons à la tranquillité de votre cité que lorsque vos grenadiers, vos chasseurs, votre jeunesse, se seront transportés sur vos frontières; lorsque nos canons ne seront plus à la disposition de vos administrateurs rebelles; lorsque vous aurez restitué le numéraire volé à la République; lorsque vous aurez livré au glaive de la loi tous les ci-devant nobles, tous les prêtres réfractaires, tous les émigrés qui couvrent le pavé de Bordeaux; lorsque vous aurez chassé de vos murs tous les Anglais, les Espagnols et Hollandais que la nation a cru devoir expulser; enfin, lorsque vous aurez remis à la Convention ceux de ses anciens membres qu'elle a mis en arrestation et les nouveaux traîtres qui se sont réfugiés auprès de vous. Nous vous prévenons, citoj'^ens, que nous écrirons aujourd'hui au citoyen Lhoste, pour le louer de sa légitime résistance. Nous arrêtons, de plus fort, que Tarrêté de nos chers collègues Ysabeau et Baudot, sur le transport du numéraire et matières d'or et d'argent de Bordeaux à Cadillac, sera mis à pleine exécution. Au surplus, citoyens, assurez le bon peuple de Bordeaux que son sort nous est cher; que nous nous occuperons sérieusement de l'améliorer, — surtout lorsque nous aurons brisé les nouvjslles chaînes que les fédéralistes lui ont forcées.
<r Les représentants du peuple : Dartigoeyte, Leyris, Tallien, Baudot, Chaudron-Roussau, J. Pinet aîné, Paganel, C.-Alex. Ysabeau et MoNESTiER (du Puy-de-Dôme) ^*^. »
Les ordres des représentants étaient catégoriques. Comme
(«) Archives municipales de Bordeaux.
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on peut le voir, d'ailleurs, par leur lettre, le mouvement révolutionnaire accompli à Bordeaux le i8 septembre fut mal apprécié par eux dans les premiers moments. Nous ne pouvons en trouver les motifs que dans la communication, dépourvue du lyrisme révolutionnaire alors en usage pour les moindres événements politiques, faite aux conventionnels par la municipalité provisoire.
La section Franklin n'avait pas encore parlé sans doute, et les représentants, mal informés, attribuaient au seul besoin des subsistances les causes de la révolution du 1 8 Sjpptembre ; ils ne croyaient pas à la sincérité du changement opéré et qu'on leur notifiait en termes si modérés et si peu d'accord avec l'événement lui-même. Peut-être ne se trompaient-ils pas d'une manière absolue. Il est certain, en effet, que ce n'est pas le seul amour de la Montagne qui avait tout à coup converti le peuple bordelais : on avait spéculé sur sa misère, on lui avait dit que sa soumission à la Convention ramènerait l'abondance; il l'avait cru : les malheureux sont crédules et se laissent facilement aller à l'espérance. «.Bordeaux manquant de vivres n'a pas cï-u devoir faire une plus longue résistance, écrivait un contemporain ; c'est pourquoi il s'est décidé à subir la loi qu'on voudra lui imposer ^'^ »
Le 19 septembre, ayant choisi un maire, un procureur de la commune et un secrétaire greffier, le Conseil général provisoire ainsi formé adressait à ses concitoyens une proclamation qu'il faisait parvenir en même temps à la Convention nationale, aux communes du département de la Gironde, à tous les départements et aux armées de la République.
Après y avoir rappelé les circonstances qui avaient compromis la réputation de la ville de Bordeaux et de ses
(I) Lettre de Pébernad à son frère.
rr> Hi>:o:i! £ rc ul TEWtEr» a bordeaux.
>\p Vi ' vn ? v , Ci I2 Ddcessâté où s*€taient trouvés les bons ôx^Tsiis SexpMUer da corps comstiiués qui avaient perdu ZcKr- ccm£jm:x £■ immimt la ligne qui leur était tracée, k CrQsc£ gèxnl prorisoirc de la commune disait : c CTec d^ijràs œ vœa bien i»t>noncé et d'après le mode mt r>£r ies rq^césestnits du peuple firançais Baudot et YsxbeK: cpe les seztioïis ont nommé chacune deux commisj^d-^c? P^^^ fornxr une municipalité provisoire. Ces CvxrrijsEÎrcs « soct T>endus en corps à la maison commune, ,KCwXnz\Êi:3£s dPaDc foroe imposante; là ils ont invité la r:::r6c£raHté i se «£ssoodrc« et à remettre, entre les mains de? rj.xireiax Sas du peuf^, les pouvoirs qu'elle avait rRTJs^ One of^Jtkxi faite^ la nouvelle municipalité proviîotne 5*e5î ooosdmée; die a pris en main les rênes de rjKi:nf:ùscrit>xu et k senice public n'a pas été suspendu un Jicci insîjait .. >
En îertir^nxnt* le Conseil général disait :
* C:^>yens Bordelais, les magistrats que vous venez d'invesdr de votre confiance sont à la hauteur de la rcvoludvxi; leur zèle est sans bornes... ^^K >
lis ne tirdèrent pas à le prouver. Dès le 20 septembre, en effets stimulés sans doute par la lettre des conventionnels du 1 9* et iaîoux de donner des gages de leur républicanisme, ils ordonnèrent Fexécution immédiate du décret du 6 août, rarrestation de tous les individus atteints par ce décret, l'enlèvement des canons existant au Département et 'leur mise en dépôt dans la maison commune, Tappositîon des scellés sur les papiers du Département et du Distria, et prescrivirent des \âsites domiciliaires pour découvrir les gens suspeas et parvenir à connaître les accapareurs de subsistances. Ils décidèrent, en outre, qu'un courrier extraordinaire serait expédié sur-le-champ aux représentants
(1) Proclamation du 19 septembre.
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du peuple pour les prévenir de toutes ces mesures et les inviter instamment à se rendre à Bordeaux pour être les témoins du patriotisme brûlant des citoyens (»).
S'occupant ensuite de la question si grave de la disette, la municipalité provisoire adopta un projet de règlement pour une nouvelle distribution du pain, proposé par le bureau des subsistances et accueilli par les sections. Ce projet devait avoir pour résultat une égale répartition du pain entre tous les citoyens. Dans une proclamation aux habitants, le Conseil général de la commune disait avoir « pensé que toujours c'était faire un pas vers le bien, que de remédier en partie aux maux du peuple; il ne s'est pas dissimulé, ajoutait-il, que le projet proposé n'offrirait pas l'abondance, que par son moyen une plus grande quantité de matières seraient mises en travail; non, citoyens, nous nous plaisons à le croire, vous ne serez pas exigeants au point de penser que votre municipalité provisoire ait pu, dans les deux fois vingt-quatre heures de son installation, pourvoir aux moyens de vous rendre tellement satisfaits que vous n'ayez plus rien à désirer; vous le savez, cela n'est pas possible... ^^\ d Un règlement en vingt-cinq articles accompagnait la proclamation du Conseil général.
Il faut lire ces documents pour se rendre compte de la misère publique au mois de septembre 1793.
Ayant ainsi donné satisfaction aux conventionnels et au peuple de Bordeaux, le Conseil général de la commune songea à réparer l'oubli des premiers jours, si amèrement signalé dans la lettre écrite d'Agen par Ysabeau et ses collègues. Il ne crut pouvoir mieux le faire qu'en s'adressant à la Convention elle-même.
« Citoyens législateurs, Bordeaux vient de reconquérir la liberté ; il est digne de la République. Le peuple bordelais, qui n'a
(1) Délibération du 20 septembre.
(3) Id, Subsistances.
cessé de la chérir, est maintenant rendu à ses droits et à sa patrie; usant du droit sacré de l'insurrection, il a recomposé sa municipalité, et parmi les nombreux devoirs qu*il vient d'imposer à ses nouveaux magistrats vraiment populaires, le plus doux, sans doute, est celui que nous remplissons dans cet instant, en vous annonçant l'heureuse révolution qui s'est opérée dans nos murs ; il est doux de vous annoncer qu'enfin les lois sont exécutées parmi nous : les vrais républicains triomphent, et les conspirateurs qui nous ont si longtemps asservis, les corps administratifs qui ont comprimé jusqu'ici les élans des bons sans-culottes de notre cité, dont le cœur n'a cessé de vous bénir et de se rallier à vous, sont mis en état d'arrestation : le décret du 6 août est exécuté, et nous laissons à votre prudence et à votre justice, à distinguer d'avec les vrais coupables que la loi seule veut frapper, ceux qui ne sont coupables que d'un événement (0 momentané, et qui sont dignes de votre indulgence : notre jeunesse, requise par votre décret, s'organise, et deux bataillons vont partir sur-le-champ : notre cavalerie est aux ordres du ministre ; tous nos cœurs sont à vous, tous nos bras sont à la patrie; et ce qui met le comble à notre joie, c'est que tous ces mouvements ont lieu au milieu des acclamations d'un peuple immense, qui se voit enfin délivré des auteurs de tous ses maux, et qui pourra désormais exprimer sans crainte à ses législateurs, à cette Convention tant calomniée et toujours si digne de notre amour et de notre admiration, ses sentiments d'estime et de dévouement sans réserve à la République, une et indivisible.
» Bertrand, maire, Basseterre, secrétaire-greffier. »
Afin de mettre ses actes d'accord avec ses paroles, la municipalité provisoire procéda immédiatement aux arrestations et aux visites domiciliaires. Des escouades de la garde nationale, précédées d'officiers municipaux, parcouraient la ville pendant la nuit, et toutes les maisons suspectes étaient investies et fouillées rigoureusement.
Les hommes les plus compromis dans les événements qui avaient suivi la chute des Girondins avaient pris la fuite ou s'étaient cachés. Ils avaient compris qu'ils seraient les premières victimes du mouvement révolutionnaire oi^anisé
(i) Je pense quMl faut lire égarement.
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par la section Franklin et qui avait réussi au delà de toute espérance. Aussi Sers, Roullet, Bemada et les autres furent infructueusement recherchés. Cette proie échappait aux municipaux provisoires; ils arrêtèrent toutefois un grand nombre d'hommes suspects à des titres divers, et notamment Lemoine fils, Tavocat Albespy, Dudon père, de Brezets, Von-Dôhren, Louis-Guillaume Du Roy, Ducoumeau, Wormeselle , Lacombe - Puyguereau , de Libourne, et beaucoup d'autres personnes parmi lesquelles figuraient des Anglais et des Espagnols.
Pendant que la municipalité révolutionnaire se mettait en relation^ avec la Convention, les représentants du peuple écrivaient d'Agen, le même jour, à leurs collègues, et en leur annonçant les changements survenus à Bordeaux, ils disaient : o Cette mesure serait un grand acheminement au retour de Tordre, si nous n'avions tout lieu de croire que ce mouvement est une nouvelle tournure de la faction qui n'a pas encore perdu l'espérance d'exciter la guerre civile <«). »
Nous verrons bientôt les conventionnels revenir sur ces appréciations défavorables à la révolution du i8 septembre.
Au milieu de ces événements divers, la Société de la Jeunesse bordelaise n'avait pas cessé de se réunir; mais supposant bien que les dangers n'étaient pas passés pour elle, qu'ils étaient au contraire devenus plus graves et plus imminents, elle chargea trois commissaires, Bulliod- Lacorée, Gary et La Roche, de faire des démarches auprès de la nouvelle municipalité et d'obtenir d'elle le retrait des ordres donnés par l'administration précédente.
Les trois commissaires remirent le 20 septembre une adresse aux officiers municipaux. Après avoir sommairement rappelé les calomnies auxquelles la Société avait été
O'Reilly, a« partie, 1. 1»', p. 363,
en base & les mesores arlntraires prises à son égard par des nuurisîrjas ptm dignes de ce titre, ils ajoutaient : c Ncius TDQs pnoQs de Caire parvenir nos réclamations aux rqTrsestsiits dn pcqde et de les inviter à manifester leur inicaiînn pasâîre sur notre existence, car ils ne Tont point encore £ùi : ils ont seulement témoigné des inquiétudes qui dcùverc eue kvces par notre profesâon de foi et nos actes pcbbcs. I] csa peui'-êîie <figne de votre sagesse et de votre proience de signaler les premiers moments de votre iidmhi:53ran:m par votre respect pour les lois, en rrv&ÎDTcnRDi a la Jeunesse bordelaise le droit de s'assembler pxi5êb)er:ïsni et sans armes, jusqu^à ce que les représentants du rcupJe aîeni cru dev<Mr la priver du bénéfice d'une loi d.^r^ die n^a poinx abuse, >
N.X2S devoins «£pe que malgré la démarche de BuUiod-
l .i3C.v«* Gan' et La Roche, la Société de la Jeunesse
KvrdeUî» était bien déchue : la révolution du 1 8 septembre
>u: Jtvjd: xvcré un coup fatal: Brochon, Ravez, Degranges,
C.VTiu ^u: cîTî avaient été Tâme, se cachaient pour éviter des
pc^s^v^uîi.Xïs ; il ne restait plus que des comparses à qui
n^j^iN^oi:: runîîé de vues « de direction propres à la faire
v:\rc. El^e avaîx d^ailleurs soulevé contre elle des haines
jNr,:^^^^^::^; sï^s ennemis étaient au pouvoir, et tout per-
UK^.i:t de supfv>ser que sa dernière heure était venue.
V^os^'^^que:^ kxirs phis tard* en eflTet, elle cessait d'exister.
Ktnuc^ À r>:^,^ titre des doutes exprimés par les représen-
uu>ts da peuple dans leur lettre du 19 septembre, la
u>ani>:ilMÎitc prv>\is<\re et la section Franklin leur envoyèrem
\K^>^ d\|HUcs charjfès de fournir des explications sur la
vv\N\lunvM\ aovvmpîîe le 18 et sur sa portée véritable. On
>UvO^ iv\n|\H Uhk^ dcsirs. leurs volontés; la section Franklin
vU sût UHU C\M>duit^ tout mené. Pourquoi hésitaient-ils ? Qui
l^vvusUl leur fsùrc cn>ire que le mouvement du 18 septembre
sHsUt HHs' H\m^vlU tournât^ de la /action qui n'avait pas
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encore perdu Fespérance d* exciter à la guerre civile ^^^} Ils se trompaient ou on les trompait; il leur fallait soutenir les nouveaux venus. Ne Tavaient-ils pas promis ?...
Les commissaires de la municipalité et de la section Franklin entrèrent à cet égard dans des détails aussi complets et aussi satisfaisants que possible. On avait eu soin, d'ailleurs, de choisir des hommes connus des représentants et pouvant leur inspirer toute confiance.
L'effet des démarches faites par eux fut excellent; les représentants revinrent sur leurs premières appréciations et, dès le 21 septembre, ils écrivaient à la municipalité provisoire :
« Qtoyens, d'après le rapport de vos députés, il paraît que vous avez fait une démarche éclatante et telle que nous devions l'attendre de vrais républicains comme vous. Elle a dû vous donner le sentiment de vos forces et vous prouver que le peuple n'a qu'à vouloir pour faire rentrer dans la poussière ses ennemis les plus insolents. Il vous reste encore quelques pas à faire pour atteindre le but; hâtez- vous de parcourir cette honorable carrière; profitez de vos avantages, et songez que le joug qui pèse encore sur vos têtes serait rendu mille fois plus pesant si vous n'aviez pas le courage de le briser sans retour.
> Nous vous avons indiqué, dans notre première lettre, des mesures propres à assurer votre indépendance et le règne des lois. Nous entrerons ici dans quelques détails qui rendront votre marche plus assurée, si, fermant l'oreille aux intrigues et aux considérations personnelles, vous n^écoutez que la voix de la patrie et l'intérêt de vos concitoyens :
j> I® Vous vous êtes plaints avec raison que jamais les visites domiciliaires, pour la recherche des grains et farines,
(1) Lettre des Représentants du peuple à la Convention, du 20 septembre.
n'avaient été faites avec exactitude et sans distinction dans votre cité. Que les premiers jours de votre administration populaire soient signalés par cette visite, qui s'étendra jusqu'aux vaisseaux. Il en résultera, ou la conviction intime d'une disette réelle, ou la découverte d'un amas précieux de subsistances ; et dans ces deux cas le peuple de Bordeaux sera soulagé, ou par les secours qu'il trouvera dans l'enceinte de ses murs, ou par ceux que les représentants du peuple et les départements voisins s'empresseront de lui faire parvenir. Si vos découvertes sont heureuses, vous en profiterez en faisant distribuer le pain aux pauvres à trois sous la livre.
) 2^ L'audace de vos ennemis n'était appuyée que sur les forces dont ils avaient eu l'art de s'entourer. Pendant que toute la France s'ébranle pour voler aux frontières, n'est-il pas scandaleux de voir dans les rues de votre cité une cavalerie, composée de gens suspects, faire éclater son luxe, son arrogance et la résistance aux réquisitions légales qui lui ont été faites? Ce corps ne peut laver que dans le sang des Espagnols la tache imprimée sur lui; qu'il parte sur-le-champ ou qu'il cède à des patriotes les moyens et l'honneur de combattre les tyrans. Il est du devoir des vrais républicains d'ôter à de pareils hommes les moyens de nuire à la patrie. Il n'est que trop démontré que plusieurs compagnies de vos grenadiers ont souillé l'honneur de ce nom glorieux en servant de satellites à la faction. Vous les connaissez, citoyens; vous ferez punir les coupables; et en faisant rentrer les autres dans le sein de la garde nationale, vous conserverez les principes de régalité, et vous vous [serez acquis des camarades qui partageront vos travaux.
» Lorsque les citoyens paisibles exercent, à l'abri de la confiance du peuple, les fonctions administratives, ils n'ont pas besoin de s'entourer de l'appareil des armes : ôtez ces
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canons braqués sur le peuple par ses ennemis et placez-les sous la garde des sans-culottes au Château-Trompette, à la mabon commune et à Tatelier du Grand-Séminaire.
) 3*^ Vous n'ignorez pas que les corps administratifs, par leur funeste ambition, par leurs intrigues multipliées, ont allumé le flambeau de la guerre civile dans le midi de la France et provoqué le fédéralisme. Un crime si horrible et si avéré ne peut pas rester impuni. Que votre respea pour la loi et pour la Convention nationale se manifeste en mettant en état d^arrestation tous les membres de la municipalité, du Conseil général de la commune^ du département de la Gironde et du district de Bordeaux.
1^ 4° La garde importante de votre cité ne peut pas être confiée avec sûreté seulement aux riches; mais, d'un autre côté, il n'est pas juste que les sans-culottes sacrifient à cet aae de patriotisme la subsistance de leur famille. Nous déclarons que les citoyens qui n'ont d'autre fortune que leurs bras recevront une indemnité de quarante sous par jour, chaque fois qu^ils seront commandés pour la garde. Les membres de la municipalité ou du Conseil général de la commune recevront aussi une indemnité de trois livres par jour, lorsque leur présence aux délibérations sera constatée et qu'ils ne pourront pas faire le sacrifice de leur temps aux affaires publiques.
> Qtoyens, les mesures que nous vous diaons sont conformes aux lois et doivent assurer votre bonheur et votre tranquillité. Ne craignez pas de développer toute votre énei^e. Nous sommes là pour vous soutenir avec tout le poids de l'autorité nationale. Des bataillons, braves et exercés, marchent à votre secours. Nous nous unirons tous pour briser vos chaînes et pour soulager votre misère. Notre premier soin sera, non seulement de vous procurer des grains, mais de faire en sorte que le pauvre ne paie pas son pain au delà de trois sous la livre. L'impôt progressif
sur les riches sera établi avec une juste sévérité et servira à payer l'indemnité aux boulangers.
» Signé : Tallien, C.-Alex. Ysabeau, Dartigoeyte, J.-B.-B. Monestier (du Puy-de-Dôme), Paganel, m. -A. Baudot, Chaudron- RoussAu, Leyris, J. Pinet aîné. >
Tel était le programme des conventionnels : visites domiciliaires, envoi de la cavalerie aux frontières, arrestation de tous les membres des anciennes autorités constituées, indemnité aux sans-culottes pauvres de la garde nationale et de la municipalité, et enfin, comme couronnement de leur système démocratique, impôt progressif sur les riches afin de donner au peuple le pain à trois sous la livre.
De pareils projets annonçaient de mauvais jours pour la ville de Bordeaux. Armée de cette lettre, la municipalité, en effet, redoubla d'activité, et la masse de la population, émue par des perquisitions incessantes et des arrestations qui frappaient indistinctement toutes les classes de la société, fut effrayée à bon droit. Les meneurs de la section Franklin, du Club national et de la municipalité provisoire, qu'elle s'était donnés pour maîtres, s'inspiraient servilement des idées des conventionnels et préparaient le terrain des prochaines immolations révolutionnaires.
La ville prit alors une nouvelle physionomie; la démagogie en bonnet rouge s'empara de toutes les places, de tous les emplois et régna despotiquement sur les citoyens.
En même temps que les conventionnels écrivaient à la municipalité la lettre qu'on vient de lire, celle-ci adressait une proclamation à la jeunesse bordelaise pour l'appeler aux armes et la convoquer au Champ d;: Mars : a: Accourez à la voix de vos pères, disait-elle, jeunes citoyens; venez
LA RÉVOLUTION DU l8 SEPTEMBRE. ZGj
puiser dans leurs bras cet enthousiasme sacré qui doit faire de vous autant de héros, et volez aux frontières montrer à la patrie satisfaite que vous êtes dignes d^elle et que vos pères sont dignes de pareils enfants... Vos magistrats vous attendent demain au Champ de Mars, jeunesse intéressante : vous êtes Bordelais, et ils comptent sur vous. »
Bordeaux, qui avait déjà fourni dix bataillons de volontaires à la République, en envoya de nouveaux aux frontières et paya ainsi sa dette à la patrie.
Puis, afin de se concilier les Jacobins de Paris, le Conseil général de la commune faisait une adresse aux Parisiens pour leur annoncer que les lois et la liberté venaient cC obtenir à Bordeaux le triomphe le plus éclatant^ et pour resserrer les liens de fraternité qu'un instant d'erreur avait malheureusement relâchés. « Croyez-en nos cœurs, disait le Conseil général, cette faute sera réparée de manière à faire douter si cette erreur, que nous nous reprochons amèrement, ne fut pas une faute heureuse. »
S'étant ainsi mis en règle avec les lois sur la réquisition et avec les Parisiens, le Conseil général s'occupa de la Société de la Jeunesse bordelaise. Sur un foudroyant réquisitoire du procureur de la commune Boissel, cette Société reçut l'ordre de se dissoudre sans retard, et il fut arrêté en outre que les personnes suspectes faisant partie de cette Société seraient mises sur-le-champ en état d'arrestation.
Ravez, Brochon, Degranges, Cornu, Dupont, Paris et quelques autres étaient les principales victimes désignées par le Conseil général aux recherches des sans-culottes de la municipalité et des sections dévouées.
La municipalité, d'ailleurs, ne cessait de donner des gages à la Révolution : elle cherchait à mériter la confiance des représentants du peuple et à satisfaire les rancunes de la section Franklin.
Tout allait au gré des démagogues : la Société de la
368 HISTOfltE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
Jeunesse bordelaise n'existait plus, une municipalité révolutionnaire fonctionnait avec ardeur, les sections étaient en permanence et des députations voyageaient sans cesse sur la route de La Réole, conjurant les conventionnels de revenir à Bordeaux, où ils étdent attendus. Leurs réponses verbales étaient conformes à leurs lettres : c Nous n'irons point à Bordeaux, disaient-ils, avant qu'on ait arrêté les principaux chefs de la Commission popi^ire, de la force départementale et en général tous ceux qui ont troublé r ordre <>>. •
Un bruit effrayant s^accrédita alors : Bordeaux allait être bombardé, et on assurait qu'une armée arrivait sous les ordres du général Brune. Le moyen de prévenir les derniers malheurs, disait-on, était d'exécuter le décret du 6 août. Hélas! ceux qui en étaient l'objet avaient pris la fuite déjà et mendiaient, sous la livrée de la misère, un pain trempé de larmes ^^K
Bordeaux était dans l'anarchie la plus complète; il n'y existait plus d'autre autorité que la municipalité provisoire, qui remplissait les fonctions attribuées aux divers corps administratifs supprimés ou disparus.
Le 22 septembre, et afin de faciliter la recherche et Tarrestation des hommes les plus compromis, le Conseil général de la commune ordonnait la création de cartes de sûreté. Tous ceux qui n'en seraient pas porteurs devaient être considérés comme suspects et immédiatement incarcérés.
Le peuple, en général, ne voyait pas sans inquiétude ce s\\\\ se pass;\it; il attendait encore les bons résultats promis à sa vsoumission, mais rien n'arrivait : le pain était toujours rare, et les agitations étaient fréquentes. Des intrigues secrètes travaillaient les esprits, et la ville était signalée
(i-«^ Suinte-Luce Oudaille.
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comme étant remplie de prêtres, d'émigrés et de nobles qui poussaient à la contre-révolution ^^\
D'un autre côté, des figures nouvelles apparaissaient à Bordeaux; on y voyait arriver journellement, dans d'élégantes berlines, des hommes coiflés du bonnet rouge, a moustachus », fumant la pipe et armés de longs sabres. On disait que c'étaient des émissaires envoyés de La Réole pour juger la situation de Bordeaux et en rendre compte aux représenta™» (*).
Le système des dénonciations, si largement appliqué plus tard durant la Terreur, commençait dès lors. Au G)nseil général de la commune, dans les sections, dans les sociétés populaires, partout enfin, on dénonçait!... On s'essayait, non sans succès, à manier cette arme terrible des lâches, et qui devint comme une sorte d'institution d'ordre public.
Un homme qui a joué un rôle à Bordeaux sous la Terreur et qui a péri sur l'cchafaud révolutionnaire ^^^, Marie de Saint-Georges, esprit indépendant, ne cessa, au milieu des événements qui transformaient la cité, de mettre son dévouement et son ministère d'avocat à la disposition des victimes que frappait le régime nouveau; il avait écrit à diverses reprises au représentant du peuple Ysabeau pour lui exposer ses vues relativement à la ville de Bordeaux.
Ysabeau lui répondit le 26 septembre : a Vous ne devez attribuer notre silence, citoyen, qu'à des occupations si multipliées, qu'il nous est impossible de pouvoir suffire à tout. Je ne vous tairai pas même que vous ne jouissez pas
(i) Lettre de Baudot du 23 septembre.
(2) Sainte-Luce Oudaille.
(3) Marie de Saint-Georges, auteur d^un travail intitulé : Recherches historiques sur Voffice de maire de Bordeaux, était avocat au Parlement, où il avait éprouvé des persécutions de la part de ses confrères. (V. la remarquable Introduction du Livre des Douiilons, p. xviii.)
d'une grande réputation de civisme parmi les patriotes connus de Bordeaux.
:ù Cependant) il faut rendre justice aux vues que vous détaillez dans vos différentes lettres. Elles sont excellentes, pures et conformes en tout à ce que je me propose de faire avec mçs collègues. Bordeaux est revenu de trop loin pour opérer tout à coup et sans gradation une révolution complète. Elle aura lieu, n'en doutez pas. Je suis bien résolu, en mon particulier, de ne laisser aucune trace de rdft^ux fédéralisme qui a pensé perdre tout le midi de la France et dont le foyer était dans vos murs. Le temps des considérations et des ménagements est passé. De perfides anmisties n'ont servi qu'à aigrir davantage ceux que la clémence nationale avait épargnés. Tout ce qui était corrompu sera renouvelé. Du reste, nous savons par quatre années d'une cruelle expérience quelle foi nous devons ajouter à des protestations et à des serments mille fois prêtés, mille fois trahis.
» Votre nom m'est connu, citoyen, j'ai été élevé au collège d'Auxerre, et je suis bien trompé si vous n'êtes pas un de mes contemporains, neveu, je crois, d'un citoyen Marie, dont la maison touche à celle de mon père, à Gien. J'aurai d'autant plus de plaisir à vous voir et à causer avec vous sur le temps passé. »
Cette lettre curieuse, et entièrement inédite, contient la pensée intime du conventionnel sur la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre à Tégard de Bordeaux. Elle offre, sous ce rapport, un véritable intérêt historique, et nous devions la placer sous les yeux de nos lecteurs. € Le temps des ménagements est passé. > disait le conventionnel ; puis il ajoutait : a Tout ce qui était corrompu sera renouvelé, i
Ainsi s'annonçait l'avenir, et un avenir prochain.
Dès cène époque, la peur et la misère exerçaient une grande influence sur les citoyens et amollissaient les courages