‹ Histoire de la Terreur á Bordeaux, Volume 2Chapitre 39 sur 42 · EN MISSION DANS LE DÉPARTEMENT DU BEC-D*AMBBS · texte numérisé non relu

EN MISSION DANS LE DÉPARTEMENT DU BEC-D*AMBBS

Citoyens, il suffit de vouloir la liberté pour la conquérir; mais la volonté n'est pas suffisante pour la conserver : c'est à l'union soutenue, aux efforts combinés, à la surveillance infatigable des vrais patriotes qu'il convient d'en assurer le règne.

Dans un pays où toutes les vertus doivent se mettre à la place .de tous les vices, il &ut de grands combats comme de grands sacrifices. Les républicains doivent marcher en masse ; mais avant de s'unir, ils doivent se connaître. Cette connaissance d'eux*mêmes, ils ne l'acquerront qu'en se jugeant avec sévérité, qu'en mettant en évidence aux yeux du peuple leurs opinions, leurs mœurs, leurs liaisons et jusqu'à leur silence.

Mais pour que son jugement soit sain, il ne faut aucune influence astucieuse qui l'entraîne vers Terreur, et longtemps elle a dominé dans la Société populaire de Bordeaux.

Frappé de sa mauvaise composition, JuUien avait dirigé ses mesures vers une meilleure organisation : son plan était bon, le travail était bien commencé; mais ce que l'énergie avait entamé, le modérantisme se proposait de le finir.

Après en avoir conféré ensemble, nous sommes convenus qu'un système d'épuration plus sévère amènerait une fin plus satis&isnte, et nous l'avons concerté.

Déjà l'intrigue a préparé la censure, et celui qui a échappé plusieurs fois à l'œil Êicile du peuple, craint l'œil trop sévère du patriote observateur.

La malveillance, de son côté, lance ses traits : on tente de désunir dans l'opinion, des hommes qui se sont concertés dans le travail ; on se persuade d'égarer sur leur compte la confiance du peuple par la calomnie; mais ce que l'intrigue croit avoir gagné de terrain par l'astuce, la vertu le reprend au double par sa fi'anchise.

Ehl que nous importent au surplus les croassements d'une minorité turbulente qui improuve, quand la voix dominante du peuple les étouffe.

Écrasons l'intrigant qui rampe, notre conscience est là qui nous soutient.

Les bons principes d'une commune tiennent à la bonne composition de sa Société populaire.

APPENDICE. 5oi

Mais il faudra, dit-on, six mois pour bien réorganiser le club de Bordeaux! Eh ! quel est donc le patriote pur qui regrettera un pareil sacrifice, s'il le mène à un résultat où les épurations passées n'ont pu le conduire? Celui qui s'afflige de la mesure prise, craint la mesure, et sa crainte en justifie la bonté.

En conséquence, après en avoir délibéré avec JuUien, commissaire du Comité de Salut public, nous avons arrêté ce qui suit :

Art. i*'.— La cité de Bordeaux ne pouvant exister, même momentanément, sans société populaire, le Club national, dont Jullien, de l'assentiment du peuple, avait commencé la réorganisation, continuera ses séances publiques, comme par le passé.

Art. 2. — Pour assurer la perfection de l'épuration de la Société, il sera &it choix par le peuple, et en notre présence, de 1 5 épurateurs sur le patriotisme, la probité et l'énergie desquels il n'y aura aucun reproche à former.

Art. 3. — Ces i5 individus seront pris parmi les 3o candidats

qui, dans un scrutin de la Société populaire, auront obtenu le plus de

suffrages. Chaque membre sera tenu de signer la liste qu'il fournira.

Art. 4. — Les 3o noms sortis seront successivement appelés

suivant la pluralité des voix qu'ils auront obtenues.

Art. 5. — A mesure qu'on les appellera, nous leur ferons les interpellations convenables, pour connaître leur conduite depuis 1789; la manière dont ils se sont prononcés dans les grands événements de la Révolution; s'ils ont pris quelque part active dans le fédéralisme ; s'ils ont été membres de l'exécrable Commission populaire, ou s'ils en ont prêché les principes.

Art. 6. — Les i5 épurateurs pris dans la liste, ou sur l'indication du peuple, seront soumis à la censure de tous les citoyens présents ou qui feraient parvenir des reproches écrits et signés.

Art. 7. — L'admission feiite, les i5 épurateurs formeront un jury populaire.

Art. 8. — Les citoyens de la commune qui voudront eiîtrer dans

la Société populaire,. iront donner leur nom, le lieu de leur demeure

et de leur section, dans un bureau qui sera indiqué par les épurateurs.

Art. 9. — Il sera fait un tableau décadaire de 25o candidats

inscrits, divisé en 10 colonnes de 25 noms par jour.

Le tableau sera imprimé et affiché; et les candidats inscrits ne pourront passer à l'épuration qu'à la décade suivante, et suivant le tour et le jour de leur inscription sur le tableau.

Art. 10. — a mesure que chaque individu sera appelé, il montera à la tribune ; le président du jury lui fera les interpellations suivantes : Depuis quelle époque es-tu patriote?

Quels ont été tes principes sur la Révolution? Comment t'es-tu conduit comme citoyen privé?

502 HISTOIRE DE Lx\ TERREUR A BORDEAUX.

Comment, comme fonctionnaire public?

Quelle a été ton opinion sur rétablissement de la République?

Sur la mort du tyran?

Sur la révolution du 3i mai?

As-tu pris quelque part active dans la faction scélérate du fédéralisme?

As-tu été membre de la Commission populaire?

Ou en as-tu publiquement appuyé le système par tes opinions ou tes écrits?

Ne f es-tu pas fait remarquer par un langage et une conduite suivie de modérantisme?

Art. II. — Ceux des candidats qui seront convaincus par le jury d'être coupables de quelques-uns des £aits ci-dessus détaillés, seront rejetés de la Société populaire. L'ajournement pourra avoir lieu si le jury ne trouve pas des reproches assez graves pour déterminer la rejection. L'ajournement ne pourra être moindre de 6 mois.

Art. 12. — La rejection ou Tadmission sera prononcée par le président du jury, après avoir recueilli à haute voix l'opinion de tous les épurateurs et donné lui-même la sienne.

Art. i3. — Les citoyens de l'assemblée auront tous le droit de proposer des reproches. L'individu à épurer fournira seul ses moyens de justification.

Art. 14. — Les reproches écrits seront adressés au président du jury ou à nous, et il en sera donné lecture, pourvu qu'ils soient signés ^t que la demeure du signataire soit indiquée.

Art. i5. — L'épuration de la Société finie, le jour de la décade qui la suivra, tous les membres de la nouvelle société seront tenus de se trouver à la séance et de promettre solennellement au peuple et à leur conscience, de soutenir avec un courage inébranlable la République une et indivisible; de faire une guerre continuelle à tous les conspirateurs, les intrigants et les hommes sans mœurs; de diriger tous leurs efforts vers l'instruction et les vertus publiques.

Art. 16. — Pendant tout le cours des épurations, la séance populaire s'ouvrira toujours par la lecture des papiers publics, et le travail de l'épuration commencera ensuite. Les comités continueront leurs travaux et sont invités à les suivre avec activité.

Art. 17. — La liste des membres de la Société r'égénérée sera envoyée à celle des Jacobins de Paris.

Art. 18. — Sera notre présent arrêté imprimé, publié, affiché et distribué aux citoyens de la commune de Bordeaux.

Bordeaux, le 28 messidor l'an II, etc.

Signé : Garnier (de Xantes).

Signé : Tristan, secrétaire de la Commission . [Journal du Club national du 2 thermidor an II, n« 7.)

APPENDICE. 5o3

NOTE XXIV, p. 298.

ARRÊTÉ

du REPRÉSENTANT DU PEUPLE GARNIER (DE XANTES)

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