CHAPITRE IV
Suppression du gouvernement militaire et de l'armée révolutionnaire. — Le général Brune quitte Bordeaux. — Le Décadi ou Dimanche républicain.
— Plantation d'un arbre de la liberté, place Dauphîne. — Le théâtre et les bonnes mœurs. — La Commission militaire ordonne l'arrestation des acteurs du théâtre de la Montagne. — La Commission des Trois et le Comité de surveillance. — Circulaire du Comité de Salut public aux représentants en mission. — Les pouvoirs illimités. — Fête à Toccasion de la prise de Toulon. — Un discours de Thérésia Cabarrus. — Le gouvernement est déclaré révolutionnaire jusqu'il la paix. — Les autorités constituées sont requises de rester à leur poste. — Lettre anonyme adressée à Ysabeau. — Ancian remplace Rey à la Commission militaire.
— Ysabeau et Tallien dénoncent à cette Commission les écrits anonymes qu'ils reçoivent. — Arrêtés relatifs au commerce et aux n^ociants. — lettre de Tallien à la Convention. — Secours aux indigents. — On se plaint aux représentants des agissements du Comité de surveillance et des jugements de la Commission militaire. — Intervention de Thérésit Cabarrus. — Hésitations des conventionnels. — Préoccupations dans la ville. — Destitution du Comité de surveillance. — Arrestation de ses membres. — Constatation officielle des actes arbitraires de ce Comité. -^ Le marquis l^gentil de Paroy. — Les dénonciations en 1793. — La Commission militaire suspend ses séances.— Proclamation d'Ysabeauet Tallien. — Réorganisation du Comité de surveillance et de la Commission militaire. — Nouvelle Commission des Trois. — Police des prisons.
— Satisfoction de l'opinion publique. — Installation du Comité de surveillance et de la Commission militaire. — Les agents du Comité. — Fête de l'émancipation des esclaves. — Ysabeau et Tallien sont dénoncés au Comité de Salut public. — Tallien part pour Paris avec quatre commissaires du Club national. — Une réunion décadaire au Temple de la Raison. — On y attaque le Comité de surveillance et les dernières mesures des représentants. — Lettre de Tallien à Ysabeau. — Proclamation relative à la disette. — Calomnies contre les conventionnels. — Lettre d'Ysabeau à ce sujet. — Tallien à la Convention. — Sévérités contre les prêtres détenus. — Le maire Bertrand est mis en arrestation pour dilapidations. — Martignac père et Lacombe. — Statistique de la Commission militaire jusqu'au 2 avril 1794.
On n^â pas oublié que par un décret en date du 10 décembre 1793, rendu sur la proposition de Bourdon (de l'Oise), la Convention nationale avait autorisé la
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suspension et même la suppression, soit en totalité, soit en partie, de Tétat-major de l'armée révolutionnaire commandée par le général Brune dans le département du Bec-d'Ambès.
Le 19 décembre, Ysabeau et Tallien usèrent des pouvoirs qui leur étaient conférés à cet égard; et «considérant que les circonstances qui les avaient déterminés à former une armée révolutionnaire et à établir à Bordeaqx le gouvernement militaire n'existaient plus; que les citoyens de cette ville et ceux du département étaient rentrés dans l'ordre et avaient reconnu l'autorité légitime de la Convention; que s'il était encore beaucoup de malveillants dans ces contrées, ils pouvaient être facilement contenus par les comités révolutionnaires, par les autorités constituées renouvelées, composées de républicains ayant reçu les suffrages de tous les bons citoyens, par l'active surveillance de la garnison et de -tous les braves sans-culottes réunis avec les représentants du peuple; qu'il était de la politique, de la sagesse et de la justice du législateur de ne pas laisser exister, trop longtemps au moins, des pouvoirs pouvant rivaliser entre eux et occasionner des secousses toujours dangereuses à la chose publique, et dont les ennemis de la liberté et de l'égalité sauraient tirer avantage contre les patriotes; considérant que ce n'était pas dans le luxe, dans un vain appareil, ni dans le grand nombre d'agents que se trouvait le bien du service public, mais dans leur activité, leur intelligence, et surtout dans leur modestie et leur simplicité républicaines; que la situation de Bordeaux, l'importance de son port, des côtes qui l'avoisinent, la proximité de la mer et plusieurs autres considérations majeures imposaient aux représentants du peuple le devoir de veiller à la conservation de tous ces objets si importants pour la République et sur lesquels les malveillants fondaient peut-être des espérances criminelles, » Ysabeau et Tallien,
disons-nous, mus en apparence par ces raisons diverses, décidèrent la suppression du gouvernement militaire et de Tarmée révolutionnaire; les nouvelles autorités constituées furent, par suite, autorisées à rentrer dans Texercice plein et entier de leurs fonctions, en se conformant aux décrets de la Convention et notamment à celui relatif à Torganîsation du gouvernement révolutionnaire.
L'état-major de l'armée révolutionnaire fut supprimé; l'adjudant général Damaud, chef de brigade, fut nonrmié commandant de la place de Bordeaux, et toutes les troupes casernées à Bordeaux et à Blaye, ou cantonnées le long de la rivière jusqu'à son embouchure, furent placées sous son commandement immédiat. La Commission militaire fut autorisée à continuer ses fonctions, et les autres dispositions des anciens arrêtés, auxquelles il n'était pas innové, durent être exécutées dans leur étendue.
Cette décision, dont le mobile secret nous échappe, a une importance véritable, on ne saurait le nier : l'arrêté des conventionnels constate la soumission de Bordeaux, et cependant tout en supprimant le gouvernement militaire et surtout l'armée révolutionnaire, qui toujours avait effrayé les Bordelais, il la conservait comme garnison. C'était changer le mal de nom, ce n'était pas le guérir. En tout état de cause, le gouvernement militaire était supprimé, mais le gouvernement révolutionnaire restait, c'est-à-dire la terreur et l'échafaud.
Quoi qu'il en soit, nos pères virent dans les dispositions édictées un progrès favorable et un pas nouveau dans la voie d'apaisement qu'Ysabeau et Tallien semblaient vouloir adopter. Illusions trompeuses! L'homme atteint en réalité dans cette circonstance fut le général Brune : il dut quitter Bordeaux et se rendre à Paris, où le Comité de Salut public le laissa quelque temps inactif. Pendant son séjour dans notre ville, ce général fit preuve de modération, et tout en
obéissant aux ordres des proconsuls, il empêcha le mal dans la mesure où il le pouvait; chef d'une troupe de sans-culottes violents et à moralité équivoque, il sut conquérir la sympathie publique et garder de sérieuses amitiés à Bordeaux.
Nous devions cette justice et cet hommage au vaillant homme de guerre qui eut Thonneur, après Bonaparte, d'être général en chef de Tarmée dltalie.
Le jour même où cette amélioration était réalisée, la Commission militaire condamnait à mort un ancien ministre de la justice, celui que Louis XVI appelait le bonhomme Duranthon.
Le lendemain décadi, elle ne tint pas de séance.
Le décadi était le dimanche républicain. Ce jour-là, les représentants ou des sans-culottes délégués par eux se rendaient au Temple-de la Raison pour donner connaissance aux citoyens des actes publics et des nouvelles dignes d'attention et pour prononcer de chaleureuses allocutions civiques. Cette réunion était habituellement terminée par un concert à grand orchestre et par le chant de l'hymne des Marseillais.
«Hier décadi (c'était le 20 décembre 1793), dans le Temple de la Raison, a écrit un contemporain, on a chanté plusieurs hymnes en l'honneur de la liberté et de la saine philosophie. Tallien et Ysabeau prononcèrent plusieurs discours dignes de vrais Montagnards; aussi le peu de peuple qui assistait à cette cérémonie vraiment républicaine a fait retentir les voûtes du temple des cris si souvent répétés par nos braves républicains : Vive la Convention l Vive la Montagne! Vivent les bons patriotes de Paris! (*> »
Celui qui écrivait ces lignes se plaignait que les Bordelais ne fussent pas à la hauteur de la Révolution;. il se défendait
(I) Le Courrier républicairiy 1. 1«', p. 467.
toutefois de faire le procès du peuple en général, qu'il trouvait bon patriote et aimant la liberté, mais il signalait celui de Bordeaux comme trop peu éclairé pour apprécier qu'un gouvernement républicain est le seul qui convienne à des hommes vertueux.
Le 21 décembre, la Commission militaire envoyait à réchafaud Bujac, les frères Grangeneuve — un grand nom honorablement porté de nos jours — et Barthélémy Daguzan ; il est vrai qu'elle ne siégea pas les trois jours suivants.
Peut-être était-ce à cause de la solennité de la plantation d'un arbre de la liberté, place Dauphine, sur le territoire de la patriotique section Franklin. On raconte que Tallien, qui présidait à cette fête civique, prononça un discours où cette phrase se remarquait : Afin que V arbre de la liberté jette de profondes racines, il faut que le pied en soit arrosé par le sang des fédéralistes et des aristocrates! Si sur la place publique on entendait professer de pareilles théories, au théâtre on n'était pas à l'abri de manifestations de diverses natures : tantôt les royalistes sifflaient les pièces républicaines et jetaient des pierres et des chiffons sur la scène, tantôt les sans-culottes troublaient les représentations de pièces de l'ancien répertoire par leurs clameurs et leurs chants patriotiques. Des collisions dangereuses étaient souvent sur le point d'éclater et les officiers municipaux rappelaient en vain les speaateurs au calme; il n'était pas possible de rapprocher des partis qu'une divergence radicale séparait et qui avaient entre eux l'échafaud de Louis XVI : cependant les représentants du peuple se préoccupaient de cette situation; ils avaient donné des ordres sévères pour arrêter ces conflits regrettables et les réprimer au besoin : une circonstance favorable vint seconder leurs intentions, et Lacombe, qui avait déjà fait arrêter les artistes du Grand-Théâtre, n'hésita pas à appliquer la même mesure aux acteurs du théâtre de la Montagne (ci-devant Vaudeville- Variétés).
Voici l'arrêté qu'il prit dans ce but à la date du 24 décembre :
« La Commission militaire, poursuivant satis relâche toutes les tentatives feites pour ébranler ou dépraver l'esprit public ;
«•Considérant que les mœurs forment la hase essentielle du régime républicain; qu'inutilement on éclairerait la religion du peuple, s'il existait des spectacles où Ton offrît à ses yeux des tableaux corrupteurs qui tendraient à le ramener à la servitude par le libertinage;
» Instruite que le 2 nivôse (22 décembre 1793) il a été représenté sur le théâtre dit de la Montagne une pièce ayant pour titre La Tentation de Saint-Antoine; que cette pièce, au milieu de quelques traits de patriotisme, présente des scènes scandaleuses, immorales, dignes des lieux de prostitution ;
» Considérant que ce mélange perfide des principes de la raison avec la licence du vice est un outrage à la liberté, puisqu'il ferait penser que la Révolution, en détruisant les abus et les préjugés, dissout aussi tous les éléments de la morale et de la décence;
» Considérant d'ailleurs que les acteurs de ce théâtre, lors de la lutte des républicains contre les royalistes, ont plus d'une fois prêté à ceux-ci leur influence funeste; que leur dernier attentat contre les mœurs publiques pourrait bien n'être qu'une suite du système formé d'avilir, par tous les moyens possibles, la sainte cause de la Liberté ;
» Que les magistrats de la Révolution trahiraient leurs devoirs s'ils souffraient que les théâtres, ces tribunes d'instruction nationale, devinssent des foyers de corruption; qu'ainsi ils sont tenus de déployer tous les moyens qui sont en leurs mains, pour arracher à nos ennemis la dernière ressource qu'ils espéraient trouver dans des femmes perdues, et remonter jusqu'à la source des complots d'immoralité dont l'unique but est de pervertir l'esprit public ;
n Arrête : que tous les individus composant le théâtre dit de la Montagne seront arrêtés et traduits de suite dans le secrétariat de la Commission; qu'ils y seront interrogés séparément, tant sur les motifs qui les ont portés à représenter sur leur théâtre les orgies licencieuses de la débauche, que sur leurs liaisons avec les ennemis de la chose publique.
» Invite au surplus tous les bons citoyens de communiquer à la Commission les renseignements qu'ils pourraient avoir sur la conduite et les sentiments inciviques desdits acteurs, afin d'éclairer sa religion, et la mettre à même de prendre, avec certitude, une mesure qui soit pour tous les théâtres de la République une grande et énergique leçon. » (24 décembre 1793.)
l5o HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
Tous les artistes du théâtre de la Montagne furent jetés en prison en vertu de cet arrêté, et leur procès s'instruisit. Nous en ferons connaître le résultat.
Le 25 décembre, la Commission militaire acquittait les acteurs du Grand -Théâtre, dont nous avons raconté l'arrestation ; ils étaient au nombre de vingt-deux. Lacombe prononça dans cette circonstance une allocution qui recueillit les applaudissements de Tauditoire et des artistes eux-mêmes.
Nous avons fait connaître la mission toute d'humanité confiée à Antony et à deux autres citoyens en ce qui concernait les prisons et les détenus. Le Comité de surveillance, qui s'était arrogé une omnipotence incroyable, qui ne craignait pas de tenir tête aux conventionnels et qui s'abstenait de leur rendre compte de ses actes, osa critiquer cette mission, et, se basant sur ce que les décrets de la Convention avaient réservé la police des prisons aux Comités de surveillance, il invita le 23 décembre les représentants du peuple à rapporter leur arrêté relatif à la Commission des Trois. Cette démarche audacieuse obtint un plein succès; après deux jours de réflexion et au pied même de la pétition du Comité, Tallien écrivit de sa main : « Les représentants du peuple arrêtent que la Commission des Trois est supprimée, et chargent le Comité de surveillance, sous sa responsabilité, de tous les détails des prisons, en se conformant d'ailleurs à tous les décrets de la Convention <">. »
Dès que cette suppression fut connue dans le public, elle causa une vive émotion. Le Comité de surveillance n'avait plus de frein et pouvait se livrer à tous ses appétits : il accumula l'arbitraire et la violence, jusqu'au jour où les conventionnels, cédant à la pression de l'opinion, mirent fin par une décision énergique à son existence redoutable et à SCS actes tyranniques.
(i) Archives de la Gironde, série L.
DESTITUTION DU COMITÉ DE SURVEILLANCE. ibl
Il faut bien le dire, Tarbitraîre n'était pas un fait isolé et imputable aux seuls Comités de surveillance; Texemple était venu de plus haut; depuis le jour où la Convention avait envoyé des proconsuls en mission dans les départements pour assurer l'exécution de ses décrets et pour remonter l'esprit public, les abus les plus incroyables et les empiétements les plus étranges s'étaient produits. Le Comité de Salut public dut s'en émouvoir, et afin de ramener ses missi dominici à une règle uniforme et à une application plus sage du régime révolutionnaire, il crut devoir leur adresser les instructions suivantes qui offrent, au point de vue politique, un intérêt de premier ordre :
« La Convention nationale, citoyens collègues, en traçant dans son décret du 14 frimaire, aux diverses autorités, la ligne qu'elles doivent parcourir, a marqué la vôtre.
» Ces articles sont le complément nécessaire du décret en date du 6. Ils se lient d'ailleurs aux principes qui ont déterminé les bases d'un gouvernement provisoire et révolutionnaire.
» Son action jusqu'ici était arrêtée, pour ainsi dire, au point de départ. Les autorités intermédiaires, qui recevaient le mouvement, le brisaient. Les lois révolutionnaires, dont la rapidité est l'élément, se traînaient incomplètes ou mutilées.
« Cet état de choses a nécessité votre mission. Vous avez été envoyés pour déblayer l'aire de la liberté, pour ouvrir un large passage à la Révolution qui trouvait partout épars les tronçons de la monarchie et les débris du fédéralisme : des mains sacrilèges essayaient de recomposer l'une ou l'autre.
^ Votre présence a remonté lés ressorts de la machine politique; elle est ranimée; la république doit beaucoup à plusieurs de vous.
» Mais ce n'est pas assez d'avoir retrouvé le mouvement ; il faut qu'il soit uniforme, et qu'il ne soit ni dépassé, ni laissé en arrière.
» Il était bien difficile qu'un excès de zèle, respectable d'ailleurs, n'élançât pas quelques-uns d'entre vous au delà des principes.
» Ainsi la religion des uns fut surprise lorsqu'ils permirent rétablissement des Comités centraux, des Associations centrales et des Commissions départementales. Le fédéralisme guettait ces établissements liberticides, prêt à se remonter par eux.
» Ainsi les armées révolutionnaires, créées dans les départements, reproduisaient le système de la force départementale ; c'était un glaive dans les mains de la Liberté, mais qui pouvait la blesser un jour.
l52 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
» Ainsi il n'appartenait à aucun de prononcer^ dans les cas imprévus par la loi, la peine de mort ; c'est exercer un acte législatif qui appartient, non à un membre mais au corps entier de la représentation nationale.
» Le bien que vous avez fait, citoyens collègues, et que vous ferez encore, couvre ces ombres de son éclat ; vos motifs furent purs, et nous tenons compte de vos succès.
» Si nous avons dû faire ces observations, citoyens collègues, par respect pour les principes, nous devons plus souvent encore, par justice, remercier votre infatigable zèle et votre énergie courageuse-
» Que cette énergie se ranime en voyant le terme. La Convention vous charge de finir Tépurement et la réorganisation des autorités constituées, sous un délai très court, et de lui rendre compte de ces deux opérations avant la fin du mois prochain. Une mesure simple peut opérer cette épuration. Convoquez le peuple en sociétés populaires; que les fonctionnaires publics y comparaissent. Interrogez le peuple sur leur compte; que son jugement dicte le vôtre.
» Nous vous invitons, citoyens collègues, à correspondre avec le Comité tous les dix jours, aux termes du décret. C'est de ce concert, de ce rapprochement de nos vues simultanément combinées, que sortira le succès.
n N'oubliez point les véritables limites de votre mission; tout ce qui serait au delà comme en deçà romprait les plans, neutraliserait le développement de l'ordre déterminé.
» Ouvriers de la République, faisons chacun la pièce qui nous est confiée dans ce grand ouvrage. Si nous voulons obtenir un ensemble, n'enjambons point le travail d'un autre.
» Nous vous invitons, citoyens collègues, à ne point sortir du cercle qui est déterminé quant à l'objet de votre mission et quant aux lieux où elle doit s'exercer.
» Précision, célérité et mouvement révolutionnaire, c'est à cela que doivent se mesurer toutes vos opérations.
» Nous ne rappelons à plusieurs d'entre vous que les principes qu'ils ont coutume de suivre, et ce sont eux que nous proposons pour modèles à eux-mêmes et aux autres.
» Salut et fraternité.
» Signé : Billaud-Varennes, Carnot, B. Barère, C.-A. Prieur^ Robespierre, R. Lindet et Couthon (0. n
Ainsi s'exprimait le Comité de Salut public, stimulant les uns, blâmant les excès de zèle des autres, approuvant tout
(I) Moniteur universel du 5 nivôse an II (25 décembre lyçB).
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d'ailleurs, le bien accàmpli devant couvrir certaines ombres de son éclat.
Ces instructions sont extrêmement curieuses : il en résulte que, sauf de rares exceptions, les conventionnels en mission avaient le droit et le pouvoir de tout faire pour déblayer l'aire de la liberté et ouvrir un large passage à la Révolution. Ils en usèrent hardiment, et nous devrons désormais n'éprouver qu'une surprise relative en présence des monuments de toute nature légués à l'Histoire par les proconsuls de la Convention.
Et Lacombe aussi ouvrait le passage à la Révolution I Le 26 décembre, la Commission militaire condamnait à mort un vieux parlementaire, M. de Pelet d'Anglade; un avocat distingué, Bernada, qui avait été administrateur du dépar* tement, et Chevalier, ancien enseigne de vaisseau.
C'est sans doute après avoir assisté à la séance où ces condamnations furent prononcées, qu'un citoyen, à coup sûr optimiste, écrivait au Moniteur: «Les égoïstes, les agitateurs et les intrigants ont disparu de cette commune. Le peuple et les négociants sont rendus aux bons principes et au plus pur patriotisme. Toute crainte pour les subsistances a cessé; elles ont été assurées par le zèle et la capacité des administrateurs. »
Nous aurons bientôt à constater l'inexactitude de quelques-unes de ces appréciations; mais nous pouvons dès à présent dire que les 27, 28 et 29 décembre, la Commission prononça quelques condamnations à mort, et notamment celle du général Gestas et celle de Basseterre, secrétaire-greffier de la municipalité bordelaise, et qu'elle continua son œuvre de sang, justifiant ainsi cette page des Mémoires du comte Beugnot : « Un essaim d'hommes barbares avait jailli on ne sait d'où, on ne sait comment, et couvrait la surface de la République d'espions, de délateurs, d'administrateurs, de juges et de bourreaux. Il n'existait
l54 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
plus d'endroit écarté où la vertu pût respirer tranquille. Les courages étaient abattus, les âmes flétries, les visages défaits. On tremblait de parler, de jeter un r^ard, de s'arrêter, d'entendre; et dans ces Jours d'opprobre, les femmes eussent perdu la mémoire, s'il était aussi facile d'oublier que de se taire... ('). >
C'est dans la journée du 29 décembre que parvint à Bordeaux l'heureuse nouvelle de la prise de Toulon, de cette ville qui fut la première étape d'un soldat de fortune que la Providence, dans ses secrets desseins, réservait pour les plus hautes destinées. L'entourage des représentants du peuple et la population elle-même témoignèrent une joie bruyante de cet événement; Ysabeau et Tallien, afin de réchauffer l'esprit public et d'entretenir le patriotisme, jugèrent à propos de célébrer cette victoire, conformément à un décret de la Convention nationale^ par une fête civique. Ils en ordonnèrent les préparatifs immédiats : c Toulon est réduit; l'Anglais est partout vaincu, et les armes de la République sont partout triomphantes. Les tyrans tremblent, les patriotes doivent se réjouir '*>. » C'est en ces termes qu'ils annoncèrent la fête triomphale du lendemain.
Dès dix heures du matin, le 3o décembre, des salves d'artillerie se firent entendre, les navires de la rade furent pavoises, et la garnison se réunit en armes au Champ de Mars.
A onze heures, Ysabeau et Tallien, escortés de toutes les autorités et des corps administratifs, se rendirent au lieu de la cérémonie; un grand concours de peuple remplissait le Champs de Mars. Après la lecture de la proclamation et du décret de la Convention relatifs à la victoire remportée par r armée française sur les féroces Anglais et les perfides ToulonnaiSy l'hymne de la liberté fut solennellement chanté, et le peuple y mêla sa voix puissante.
(0 Mémoires du comte Beugttot, t. !•', p. 1 5i . (2) Archives municipales de Bordeaux.
DESTITUTION DU COMITE DE SURVEILLANCE. l55
A midi précis, le cortège se dirigea vers le Temple de la Raison.
Une affluence considérable se pressait dans son enceinte; les femmes surtout y étaient en grand nombre. C'est que le bruit s'était répandu que Thérésia Cabarrus, qui ne craignait plus d'afficher publiquement son intimité avec Tallien et que Ton voyait presque chaque jour, en compagnie du proconsul et nonchalamment étendue dans sa calèche, parcourir la ville dans des atours plems de coquetterie et gracieusement coiffée du bonnet rouge, devait prononcer un discours dans cette circonstance.
L'attente des curieux ne fut pas trompée : lorsque le cortège des autorités, les représentants en tête, eut été mstallé dans le temple de la Raison, Thérésia se leva et d'une vobc émue au début, mais bientôt accentuée et sympathique, elle prononça un discours où elle essaya, comme elle le dit elle-même, de tracer l'esquisse rapide d'un plan d'éducation pour la jeunesse (»). Nous ne ferons ni lanalyse, ni la critique de cette amplification politicolittéraire*, sans doute revue et corrigée par Tallien. Elle fut bruyamment applaudie, et l'auditoire en demanda l'impression. C'était tout au moins une politesse faite à la femme aimable qui, quel que soit le jugement qu'elle ait donné à l'histoire le droit de porter sur sa conduite morale, ne fit qu'une courte apparition au milieu des saturnales bordelaises. Thérésia Cabarrus, dont la générosité de cœur égalait la grâce et la beauté, a laissé, en effet, dans notre ville comme une trace lumineuse, car elle employa son influence à empêcher Fexcès du mal, et plus d'un Bordelais
(i) Disct^trs sur l'éducation par la citoyenne ThérésiaCabarrus-Fontenay, lu dans la séance tenue au temple de la Raison à Bordeaux le ler décadi du mois de nivôse, jour de la fête nationale, célébrée à l'occasion de la reprise de Toulon par les armes de la République. Imprimé d'après la demande des citoyens réunis dans ce temple. Brochure de 8 pages. (Bordeaux J.-Baptiste Cazzava, ixnp. 1794)-
l56 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
lui a dû dans ces jours d'épreuve et de douleurs la conservation de la vie et de la liberté.
Le consul des États-Unis assistait à cette fête, entouré de deux cents capitaines de navires de sa nation. Il était placé entre les représentants du peuple, et les pavillons français et américains flottaient sur la Montagne, couverte pour la circonstance d'une forêt de lauriers. Le consul, dans une improvisation chaleureuse et religieusement écoutée, fit réloge de la France et déclara qu'une amitié étemelle existerait désormais entre deux peuples unis de principes et d'intérêts. Ces paroles furent accueillies par les bravos de la foule.
Ysabeau parla ensuite; il prit occasion de nos victoires pour exhorter le peuple à ne plus quitter les armes que les ennemis du dedans et du dehors ne fussent tous anéantis. Tallien, plus modéré en apparence, s'occupa de la Raison et s'étendit en louanges sur cette divinité du sage, amie des peuples et source du vrai bonheur.
Ces discours furent entremêlés de musique et de chant, et la fête se termina par des danses dans le Temple splendidement illuminé le soir.
Pendant que la ville se livrait ainsi par ordre à la joie, les détenus jeûnaient dans les prisons. cLors de l'heureuse nouvelle de la prise de Toulon, a écrit un des frères Peraire, nous restâmes trente-six heures au pain et à l'eau; le concierge n'étant pas préparé pour nous nourrir, on trouva plus commode de faire jeûner les prisonniers que de permettre qu'ils reçussent rien de chez eux. »
Mais qu'importaient les prisonniers 1 D'autres soucis préoccupaient les conventionnels. Le 14 frimaire (4 décembre 1793), la Convention avait décrété que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu'à la paix et réglé le mode de ce gouvernement, dont le caractère était à ses yeux essentiellement provisoire. Les dispositions du décret avaient
soulevé des scrupules et donné lieu à des commentaires sur la légalité des pouvoirs conférés aux autorités créées à Bordeaux par l'omnipotence des proconsuls en mission. Ysabeau et Tallien, à qui ces scrupules furent soumis, parurent d'autant moins disposés à les accueillir, qu'ils cra^nirent, non sans raison, un affaiblissement pour leur autorité dans les hésitations qui se produisaient et dont les malveillants pourraient tirer profit. En conséquence^ ils prirent le 3i décembre un arrêté ainsi conçu :
€ Les Représentants du peuple en séance à Bordeaux,
» Après avoir lu avec attention le décret du 14 frimaire, n'y ont rien trouvé qui pût intervertir l'ordre de choses actuellement établi à Bordeaux;
» Considérant d'ailleurs que toutes les mesures prises par eux ont été solennellement approuvées, non seulement par le décret du 6 frimaire, mais encore par divers arrêtés du Comité de Salut public;
9 Considérant combien il est important de conserver aux autorités renouvelées de Bordeaux un degré d'énergie révolutionnaire assez fort pour en imposer à tous les malveillants encore très nombreux dans cette cité, naguère livrée à des administrations rebelles et fédéralistes;
1 Voulant en même temps détruire les incertitudes qui auraient pu s'élever dans l'esprit de quelques fonctionnaires publics, par un excès même de zèle et de respect pour la loi,
1 Arrêtent, que les Comités de surveillance, des subsis* tances^ et la Commission militaire, établis à Bordeaux, ainsi que toutes les autres autorités constituées renouvelées, continueront à remplir leurs fonctions respectives comme ils l'ont fait jusqu'à présent, en se conformant aux dispositions des arrêtés des Représentants du peuple, approuvés par le décret du ... frimaire, et ce jusqu'au moment où il en aura été autrement décidé par la Convention nationale, à laquelle
l58 HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
les Représentants du peuple ont soumis les difficultés qui se sont élevées sur l'interprétation et application de quelques articles du décret du 14 frimaire;
1 Requièrent, au nom de la patrie et de la loi, tous les citoyens composant ces diverses autorités, de rester à leur poste jusqu'à la décision de la Convention nationale, et de redoubler encore, s'il est possible, de zèle et d'énergie pour surveiller les malveillants et déjouer les complots sans cesse renaissants des contre-révolutionnaires, les rendant responsables des événements qui pourraient résulter de leur négligence, retard ou insouciance, »
En présence des termes formels de cet arrêté et de la réquisition comminatoire qui le terminait, les hésitations et les scrupules cessèrent, et chacun reprit l'exercice de ses fonctions <").
Mais cette difficulté réglée, d'autres naissaient à chaque pas, et les critiques n'épargnaient aucun des actes des conventionnels.
Pendant qu'ils décidaient, fort sagement d'ailleurs, que la Commission militaire ne recevrait plus directement le montant des sommes résultant des condamnations qu'elle prononçait, attendu que les fonctions de juge, d'administrateur et de receveur ne devaient pas être confondues, et qu'il importait d'éloigner même jusqu'aux soupçons de l'aristocratie, afin que les opérations du tribunal révolutionnaire obtinssent la sanction de l'opinion publique <*), Ysabeau recevait une lettre anonyme qui mérite d'être conservée; elle est remplie de détails intéressants et curieux, et formule des reproches et des accusations dont les démagogues, partisans de Desfieux et de Courtois, ne cessaient de se faire les échos, soit à Bordeaux, soit auprès des Jacobins de Paris, soit au sein de la Convention
(1) Appendice^ note XI.
(2) Appendice, note XII.
DESTITUTION DU COMITÉ DE SURVEILLANCE. iSg
elle-même. Nous avons vu déjà Baudot défendre ses collègues; nous verrons bientôt Tallien, après sa rentrée à la Convention, remplir plus d'une fois le même office en faveur d'Ysabeau, resté seul dans notre ville. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'écrivait l'anonyme :
« Ysabeau, te voilà puni d'avoir enfreint la Constitution, en plaçant sans le consentement unanime du souverain tes créatures dans les autorités constituées. Si tu ne t'étais pas hit entourer d'intrigants, de lâches flagorneurs, de patriotes de quatre jours, au total de gens sans mœurs et sans aveu, tu n'éprouverais pas le désagrément de voir aujourd'hui ton ami Valette en arrestation; je n'en connais pas les motifs, mais il y a quatre ou cinq mois qu'il vint ici avec de grandes moustaches, se disant adjudant des bataillons de la Vendée. D'après les propos qu'il tenait sur nos frères d'armes, j'ai toujours pensé, ainsi que plusieurs bons républicains qui l'ont entendu, qu'il avait plutôt servi la cause de l'armée catholique que celle de la Liberté. Il en sera de même de ton ami Brisson : bientôt tu reconnaîtras que ce n'est qu'un traître. Tu as auprès de toi un petit muscadin qui n'a jamais été connu que par son aristocratie, ainsi que son frère. Le pauvre diable n'est pas dangereux; mais enfin ne vaudrait-il pas mieux que sa place soit remplie par un pauvre père de &mille, et qu'il aille remplir la sienne sur les frontières? Alors, tu n'aurais pas enfreint la loi de la première réquisition ; car sois bien persuadé qu'il n'a cherché à être ton secrétaire que pour s'y soustraire. Dans sa compagnie, il esquiva par une émigration lors du recrutement des 3oo,ooo hommes; lors de la création de divers bataillons et lors de la levée des bataillons de la Vendée, il ne s'est jamais trouvé à sa compagnie quand elle a fourni son contingent, pas même pour la force départementale, quoique son frère en fût un fameux partisan.
» J'espère que le masque tombera bientôt aux créatures que toi et ton collègue avez placées dans les autorités constituées, et que tu ne reconnaîtras dans la plupart que des intriga^its, des hommes qui ne cherchent que des places et de lâches flagorneurs qui te trompent. Suis le mode que t'a indiqué le Comité de Salut public pour l'épurement des autorités constituées, mais éloigne pour cette réunion en sociétés populaires tous ces citoyens de la cité, ces aboyeurs du Club national, ces bavards impitoyables qui n'ont agi que par passion ; alors tu auras de vrais amis de la patrie, tu auras des hommes capables de remplir les places où leurs concitoyens les auront appelés; alors tu auras suivi la Constitution et le gouvernement révolutionnaire. Dis-moi, quelle confiance ve\ix-tu que l'on ait en toi et ton collègue, quand on te voit entouré de
l6o HISTOIRE DE LA TERREUR A BORDEAUX.
pareils êtres, qui, dans tous les temps, ont été sans mœurs, sans aveu, et que Ton ne connaît dans la Révolution que depuis que tu es à Bordeaux? Quelle confiance veux-tu que Ton ait en de chétifs comédiens, des hommes qui, sous Tancien gouvernement, auraient péri sur Téchafaud et qui mériteraient sous celui-ci, sHls n'étaient pas épaulés par toi, la guillotine?
» Réfléchis sur l'injustice de toi et de ton collègue au sujet du grand spectacle. Tu enlèves, sous prétexte d'incivisme, la propriété des actionnaires, des fournisseurs ; tu frustres la plupart des sujets de ce qui leur est dû de leur état, et les mets par là hors d*état de payer leurs aubergistes, tailleurs, cordonniers, etc. Tu enlèves aux abonnés leur propriété. Par leur abonnement, ils ont le droit d'entrer toutes les fois que la salle s*ouvre, non pas pour voir Pierre ou Paul, mais pour voir le spectacle. Tu fais, pour plaire à quelques intrigants, au moins deux mille injustices dans cette affaire, pour plaire à un Brochard et un Chevalier -Granger. Mais enfin le connais-tu cet homme insolent et aristocrate? Si les flagorneurs qui t'entourent eussent osé te dépeindre cet homme, tu te verrais obligé de l'envoyer et son ami(i)... à la guillotine; mais les loups ne se mangent pas. Punis les coupables du grand spectacle, punis les traîtres, tous les bons citoyens y applaudiront ; mais sois juste et impartial. Quand puniras-tu les agioteurs, les accapareurs? Pourquoi les Kunckel, les Jean Tarteiron, les Ogier, les Louvet, les Etienne Cardoze, les Julian, Rodrigues et toute la secte juive qui, depuis que la Révolution les mit au rang d'hommes, n'ont cessé d'être nuisibles à la cause de la liberté (ce sont des feits que je défie à tout homme de bonne foi de nier), pourquoi, dis-je, aucun de ces vampires n^a-t-il porté sa tête sur l'échafaud? Pourquoi? parce qu'ils ont des assignats et que tes alentours ont soif; parce que, parce que, etc., etc.
» En général, vous n'avez pas assez distingué les meneurs des menés; vous avez trompé la Convention nationale sur le compte du peuple bordelais, parce que vous vous êtes mal entourés. Depuis quatre mois que, vous lui promettez l'abondance, depuis quatre mois il n'a que demi** livre de mauvais pain sans légume 1 Avezvous entendu un murmure? — Une foule d'arrestations injustes, illégales! Avez- vous entendu un murmure? — Un désarmement déshonorant pour de bons citoyens, qu'un despote n^aurait jamais osé entreprendre 1 Avez-vous entendu un murmure ? Quelle preuve plus évidente de patriotisme! Et cependant vous calomniez sans cesse les Bordelais. Il a vu tomber les têtes des premiers qui parlèrent de révolution à Bordeaux, les têtes de ceux qui l'ont
(i) Le nom est illisible.
DESTITUTION DU COMITE DE SURVEILLANCE. l6l
entretenu et qui ont fait jadis de si grands sacrifices pour la liberté, les têtes de la plupart de ceux qui ont empêché les agioteurs et les accapareurs d'étouffer dès le principe la Liberté; ils n'ont pas murmuré! Le peuple bordelais te bénira si tu es juste; mais pour cela, ne t'en rapporte pas, crois-moi, à tes alentours ; popularise-toi un peu plus et tu auras son secret.
n Punis sans différer les agioteurs, les accapareurs ; ils sont plus à craindre que les aristocrates.
» Salut et fraternité. Je ne signe pas à cause de ta séquelle. »
Nous avons vainement cherché à savoir, par la comparaison des écritures, quel* pouvait être Tauteur de cette lettre anonyme; elle est toutefois fort intéressante au point de vue historique en ce qu^elle contient comme une sorte d^indication du sentiment public à sa date. Si le ton général de cet écrit accuse une certaine modération, quelques passages font suffisamment connaître que son auteur était un sans-culotte qui sMlevait moins contre le châtiment que contre la direction qu'on lui donnait, et qui accusait l'entourage des représentants de les tenir dans l'ignorance des vrais intérêts de la cité et de la République elle-même. Mais tout cela était anonyme, car le donneur de conseils aurait risqué sa tête à la montrer.
Après deux jours d'interruption, la Commission militaire reprit ses séances le i^ janvier 1794. Ce jour-là un nouveau juge siégea aux côtés de Lacombe : c'était un nommé Ancian, qui avait été, dit-on, domestique à La Réole. Il remplaçait Rey, capitaine de l'armée révolutionnaire que les conventionnels venaient de supprimer '^ '). Ancian n'occupa que fort peu de temps la fonction redoutable qu'il avait acceptée malgré lui, et sollicita son déplacement pour servir dans le militaire. Il était brigadier de gendarmerie à Pauillac lorsqu'il fut arrêté au mois de juin 1796 par ses camarades, qui demandaient sa destitution comme ayant été
(1) Appendice, note XIII.