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d'Or, avaient été arrêtés à Bayeux et transférés à Caen.
A ces nouvelles la gauche éclate en imprécations. Lacroix demande que tous les députés du Calvados soient mis en arrestation pour répondre de la sûreté des deux commissaires.
Dans cette circonstance Savary, de l'Eure, a le courage de se lever pour défendre ses compatriotes.
« Dans mon département, dit-il d'un ton ferme, on aime la liberté, mais l'amour de la liberté ne marche jamais sans l'inquiétude de la perdre. Ce n'est pas par la violence et par la tyrannie, c'est par des lois douces qu'on peut l'établir.
— Oui, s'écrie un Montagnard, par des lois modérées qui laissent dominer l'aristocratie.
— Mes concitoyens, reprend Savary, sont, il est vrai, modérés dans leurs discours, mais fermes et vigoureux dans leurs actes. Dans ce pays, on ne dénonce pas sans preuves, on n'opprime pas le patriote faible, mais on combat l'aristocratie, on la terrasse, et on fait exécuter les lois. S'il existe à Paris une faction, mes concitoyens l'écraseront en se réunissant aux bons citoyens de Paris; s'il n'en existe pas, ils embrasseront leurs frères de Paris. Voilà ma réponse aux dénonciateurs, u
Doulcet n'est pas moios courageux.
« Savez-vous, dit-il, comment mes compatriotes ont été instruits des événements du 2 juin? Voici le fait. Inquiets de l'orage qui se préparait depuis longtemps et qui s'avançait en grondant, les citoyens des sections de ta ville de Caen vous envoyèrent une députalion pour vous faire part de leurs alarmes. Vainement ces délégués
se présentèrent-ils à vob% barre ; Tainement je vous sollicitai de les eoteadre : je ne pus rien obtenir. Ceux-ci étaient encore à Paris le jour de ces éTénements désastreux qu'on veut qualifier du nom pompeux d'insurreclion, mais que la postérité qualifiera et que d'avance l'universalité des citoyens français qualifie autrement. Ils virent que l'Assemblée, qui n'était pas assez libre pour les entendre, n'était plus libre pour les rassurer. Ils s'en retournèrent vers leurs commettants... »
De violents murmures partis de la Montagne et des tribunes interrompent l'orateur. Celui-ci réplique avec une nouvelle énergie :
« J'ai fait depuis longtemps le sacrifice de ma vie. On peut faire de moi ce qu'on voudra, mais on n'asservira pas mon opinion.
— Je vais vous répondre ! s'écrie Danton en s'élançant à la tribune. Nous touchons au moment de fonder véritablement la liberté française, en donnant à la France une constitution républicaine. C'est au moment d'une grande production que les corps politiques, comme les corps physiques, paraissent toujours menacés d'une destruction prochaine. Nous sommes entourés d^orages. La foudre gronde. Eh bien! c'est du milieu de ces éclats que sortira l'ouvrage qui doit immortaliser la nation française. On dit que l'insurrection de Paris cause de l'agitation dans les départements. Je le déclare à la face de l'univers : ces événements feront ta gloire de cette superbe cité. Je le proclame a la face de la France : sans les canons du 31 mai, sans l'insurrection, les conspirateurs triomphaient. Ils nous donnaient la loi. Que le
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crime de cette iosuirection retombe sur nous. Je l'ai appelée, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dît que, s'il y avait cent hommes dans la CoûvcdUod qui me ressemblassent, nous résisterions à l'oppression, nous fonderions la liberté sur des bases inébranlables.
« Les ennemis du peuple se sont trahis eux-mêmes; ils ont Tui, ils ont changé de nom, de qualités, ils ont pris de faux passeports. Ce Brissot, ce coryphée de la secte impie qui va être étouffée, cet homme qui vantait son courage et son indigence, en m' accusant d'être couvert d'or, n'est plus qu'un misérable qui ne peut échapper au glaive des lois, et dont le peuple a déjà fait justice en l'arrêtant comme un conspirateur *.
« Que les adresses envoyées des départements pour calomnier Paris ne vous alarment pas. Paris sera le verre convexe qui recevra tous les rayons du patriotisme français et en brûlera tous ses ennemis. Gtoyens, point de faiblesse ! Déclarez solennellement au peuple français que, sans l'insurrection du 31 mai, il n'y avait plus de liberté. Dites-lui que la horde scélérate vient de prouver qu'elle ne voulait pas de constitution. Dites-lui de prononcer entre la Montagne et cette faction. Présentez promplement à son acceptation la constitution que vous allez voter. Cette constitution est une batterie qui fera feu à mitraille contre les ennemis de la liberté et les écrasai tous, d
La droite réclame l'ordre du Jour; mais Duroi, un
1. Brissot venait d'Être arrêté, le 10 juin, à Moulins, par les «dmiDistrateura de l'Allier.
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député de l'Eure, s'y oppose. Il demande que Buzot, le chef des conspirateurs normands, soit décrété d'accusation, et que, pour punir la ville d'Évreux d'avoir adhéré aus arrêtés liberticides des partisans de la Gironde, on transfère le chef-lieu du département à Bernay, ville coDDue pour son patriotisme.
« Je demande aussi, ajoute Tburiot, qu'on décrète d'arrestatioD les autres membres de cette assemblée qui se sont retirés à Evreux pour conspirer avec Buzot, les Lasource, les Gorsas, les Salles, les Lartvière.
— Aux voix le décret d'accusation contre Buzot ! crie-t-on à gauche.
— Eh bien! moi, s'exclama un hardi député dont nous reg:rettons de ne pouvoir donner le nom ', je demande le décret d'accusation contre Heoriot, commandant provisoire de la force armée de Paris. »
Les membres de la droite appuient énergiquement cette proposition ; mais des murmures s'élèvent des autres parties de l'Assemblée. La majorité n'a pas le courage de s'associer à de semblables hardiesses. La Montagne l'emporte. Buzot est décrété d'accusation ; sont également décrétés d'accusation les administrateurs du Calvados qui ont fait arrêter Romme et Prieur, et les membres du département de l'Eure qui ont signé les arrêtés fédéralistes. Le Comité de salut public est chargé de présenter un rapport sur les députés, autr^ que Buzot, qui peuvent se trouver à Caen ou à Évreux. Enfin te
1 . Nous ne t'avons trouvé, ni dansle Moniteur, ni dans le JoufwU dtê Débats et Décrets.
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chef-lieu de l'Eure est transféré provisoirement è. Bernay, où auront à se réunir sans délai les membres du Conseil général restés Tidèies à leurs devoirs.
Couthon veut pousser à fond la victoire de ses amis. 11 invite la Convention à décréter » que, dans les journées des 31 mai, 1" et 2 juin, la Commune et le peuple de Paris ont puissamment concouru à sauver la liberté, l'unilé et l'indivisibilité de la République. »
Robespierre appuie la proposition de son ami.
« Oui, dil-il, confirmez ainsi vos précédentes délibérations, sanctionnez de nouveau les événements; adoptez à l'instant même, et sans balancer, la motion de CouthoD. Toute discussion sur ce sujet ne servirait qu'aux conspirateurs, aux calomniateurs de Paris, u
L'Assemblée, docile à la voix du fiilur dictateur, vote h. une forte majorité ce décret, qui couronne dignement la série de ses laibiesses et de ses hont^.
Le lendemain, sur la proposition de Berller, Du Chastel, qui s'était rendu, disait-on, à Nantes pour y fomenter l'insurrection, était décrété d'accusation', et les
i. Choudieu, alors en mission dans les départements de l'ouest, avait dénoncé Du Cbastel au Comité de salut public comme ayant des relations avec les insurgea de la Vendée; il en donnait pour preuve < sa conduite plus que suspecte dans l'affaire du ci-devant roi. « Dès qu'il connut le décret d'arrestation lancé contre lui. Du Chastel écrivit au Comité do salut public une lettre bien faite, il faut on convenir, pour attirer sur la tète de ce courageux jeune homme les vengeances des démagogues. Aussi lorsque, quelques mois plus tard, à Bordeaux, il tomba entre les mains des sbires du Comilé de salut public, ses ennemis s'empressérent-ils de le faire transférer immédiuement à Paris. Biouffe, son compagnon d'infortune, a racoulé dans ses mémoires les traitements indignes que Du Cbastel eut à subir VIII 4
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membres du Directoire de la Somme avaient le même sort pomr avoir publié la protestation de la majonté des députés de leur déparlement *.
Après une telle consécration de la victoire du 2 juin, il n'y avait plus d'espoir pour les représentants arrêtés. Aussi certains d'entre eux, qui jusqu'alors avaient résisté aux sollicitations de leurs collègues réfugiés à Caeo, se décidèrent-ils à les aller rejoindre. Dans la séance du
des agents subsllemes du Comité. ToJci la lettre de rinfortuné représentant, que nous avons eu le bonheur de retrouver.
> NmU*. la 18 Juin de l'an !■ da la Képnbliqu»,
« G. S. Du ChfUtel, député à la Convention nationale^ à cinq ou nx honnêtes gens qui dirigent le Comité de saltU public.
I Messieurs,
I Votre dessein est de me faire couper le col; je suis loin de le trouver mauvais, il est très-commode de se défaire au nom de la patrie des hommes qui traversent nos projets ambitieux. Pour vous faciliter dans les moyens de me conduire à l'échafaud, je vous bis passer un imprimé que j'ai répandu avec profusion dans les départements de la ci-devant Bretagne.
■ Je vous déclare qu'au lieu de me cacher, je me montrerai k découvert, et que fidèle au serment de vivre libre ou de mourir, je ne cesserai de sonner le tocsin contre les hommes qui ont usurpé la souveraineté nationale, que quand je leur aurai ôté la possibilité de nuire.
i Le républicain,
a G.-S. DuCbastel.
« Vous voudrez bien joindre cette lettre et cet imprimé aux pièces de mon procès. ■
Du Chastel, traduit au Tribunal révolutionnaire, fut exécuté le 9 brumaire an ii.