Vglr puge
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•I Perpignan, le 10 Juillet iVB, l'an a de la République fraD^ie.
n Les Beprèsentants du peuple envoyés pris {armée des Pyr'eniaùrientaks au Comité de Salut public.
« Citoyens, nos Collègues,
« D'après les conférences que nous avons eues avec le général Fiers, tant en présence des officiers généraux de l'armée que tête à tête, nous nous sommes convaincu de la nullité de ses talents militaires pour commander en chef l'année des Pyrénées-Orientales; point de plan de défense d'arrêté, une versatilité continuelle dans ses projets, oui et non dans la même minute, suivant l'impulsion qu'il reçoit.
« L'armée ne le connaissait pas quand nous sommes arrivés ici. Il n'a rien fait pour bien monter la partie de l'espiiMnage, aussi ne sait-il jamais à temps les mouvements de l'ennemi; il a chargé de ce soin le citoyen Labarrière, l'un des adjudants généraux de l'armée, et le civisme de ce citoyen est suspect à plusieurs bons citoyens; on assure que le père d'un des courriers du général, qui est de Thuir, a émigré el sert d'espion aux Espagnols. Son état-major est mal oi^nisé, aussi le service ne s'y fait pas comme il convient.
Il Le général n'a ni le maintien ni le ton nécessaires ponr gagner le cœur des soldats, l'affection et la confiance de ceui qui les commandent sous lui; enfin un général de division et deux généraux de brigade se sont crus obligés de venir nous prévenir qu'ils regardaient le général Fiers comme absolument incapable de commander l'armée en chef; et la seule chose qui soit en sa faveur, c'est qu'il a prié le Comité de Salut public, à ce qu'il nous a dit, d'envoyer un général ponr le remplacer.
n Noua vous devions notre opinion sur le général en chef et nous venons de vous la dire. Nos collègues Bonnet et Fabre pensent de même à son égard. Nous espérons que le salut de la patrie vous déterminera à nommer un autre général en chef; hàtez-voua de faire un bon choix, si vous voulez sauver ce déparlement-ci et ceux du Midi. En attendant, nous conti-
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nneroDS d'entoorer le général Fiers de toute la confiance dont il a besoin pour servir utilement la République, et qui que ce soit ne s'apercevra de notre façon de penser à son égard, jusqu'après votre réponse et son remplacement. « Salut et fraternité.
Il ESPBRT, PnOIEAN. n
Quelle que fût sa capacité, de Fiers était parfaitement fondé à se refuser à une attaque téméraire après le conseil de gnerre dont nous allons rapporter la décision.
RejiseignemenU fournis au Comeil d« guerre tenu, en présence des Représentants du peuple, à Perpignan, le S août 1193, fan II de la République française.
0 Le camp de Mas-Ros et les petits camps et cantonnements jusqu'à la mer sont dans ce moment forts de 12. 000 hommes.
« (Dans ces camps, il n'y a que f|DO hommes de cavalerie en état de combattre).
« Si on voulait attaquer, il faudrait laisser dans les retranchements une force suffisante pour les garder, d'antant plus que la garnison de Perpigaan et de la citadelle est extrêmement faible ; il y a 626 hommes à la citadelle et 1000 dans la ville.
H II y a au Mont-Libre 1.600 —
u Depuis Olette en suivant la Tel jusqu'à Perpignan, il y a Il, 000 —
« ACollioure 2.37/i —
H ASalces, Leucate, sur les derrières et les côtes /i.OOO —
« Total ci . . 23.974bommes.
H L'artillerie est composée d'environ 110 pièces de canoo, et trois petits obusiers.
a Nota. U y a dans ce moment 22 voiles devant Col-
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lioare ; il parait k la vue 8 vaiBseanx de guerre et 8 frégates, le reste de brigaotins.
Armée espagnole.
<i Grand camp 21.000 boinmes
II Argelès 3.000 —
« Depuis Bouttemer jusqu'à Villefranche 5.000 —
II llle, Thuir, MiUae, etc 3.000 —
a Au MODt-Libre fi.OOO —
a Total. . 36.000 hommes dont 6.000 de cavalerie.
« Artillerie; 130 pièces de canon et 20 obusiers, saoB compter les 20 pièces de canon d'Ai^elès, dont moitié de 2/i jusqu'à 8 et un obusier.
« Je certifie que les canonuiers disponibles de l'armée des Pyrénées-Orientales se montent & 800, dont 90 seulement de ligne.
II LuuRTiuJÈitE, commandant de l'artillerie de l'armée.
o A observer que la ciudelle et la ville de Perpignan sont dénuées de souterrains à l'épreuve de la bombe, et qu'il n'y a pas sur les lieux assez de bois de blindage pour y suppléer. u Le chef de brigade directeur des forliflcatioQB,
tl VlALB.
« J'engage les officiers généraux de motiver leur avis snr les données d-jointes, à l'effet de répondre aux questions faites dans le mémoire et demandes ci-contre.
u 1" Êtes-vous d'avis d'attaquer Argelès avec le seconn de la garnison de CoUioure?
« 2' Étes-vous d'avis d'attaquer le grand camp des Espagnols?
« 3* Êtea-vous d'avis de faire des attaques paniculiëret sur Millas, ille, Vinça, Prades et Tboir, etc.?
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u li' Dans le cas d'attaque cî-deasuB, quelle est la marche qu'il faudrait suivre ?
(I Flers. »
Quatre généraux de divisioD, de Fiers, Puget de Barbeutaoe, Dauvart et Dagobert; cinq généraux de brigade, d'Aoust, Giacomoni, Frégeville, Hasaia et Boiscooteau; le commandant en chef de l'artillerie Lamartillière ; le chef de brigade Vialis, directeur des fortifications, et le capitaine Audréossy, commandant le génie, prirent part à la délibération ouverte sur ces questions. La décision, comme nous l'avons déjà dit, fut rendue à l'unanimité et, pour éviter des répétitions inutiles, nous nous bornerons â reproduire l'avis le plus catégorique et le plus complet.
Opinion du général d'Aoust.
■ Du 6 u>at 1793, M) n.
« pREuiÈHE QUESTION. — Ètes-vous d'aviB d'attaquer le grand camp des Esp^nols î
u L'avis unanime du conseil de gnerre ayant été hier pour la native, je ne m'étendrai sur cette quesUon que pour prouver que les habitants de ce pays qui sont pour l'affirmative, de bonne foi, sont du même avis, sans s'en douter, que tes Espagnols et les contre-révolottonnaires. Je regarde le camp en avant de Perpignan comme l'avanlrchemiD couvert et le véritable rempart de cette place, car l'ennemi, une fois maître des hauteurs où notre camp est placé, serait bientôt en possession des ville et citadelle de Perpignan, dénuées de souterrains à l'épreuve de la bombe et sans bois de blindage pour y suppléer ; il n'est rien que les Espagnols ne tentent pour nous faire quitter notre position ; moyens extérieurs et intérieurs, tout leur est bon.
« Les moyens extérieurs consistent, sur terre, à étendre leurs troupes, et par mer, à menacer les cdtes pour nous donner de l'inquiétude sur nos communications avec l'intérieur de la République, nous forcer par là à diviser nos forces et à quitter notre position.
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oas HISTOIRE DE LA TERREUR.
(i Les moyens intérieDrs sont de faire crier par leurs partisans qu'il faut attaquer. Ces cris sont répétés par plusieurs bons citoyens qui ne connaissent ni l'art de la guerre ni la faiblesse de nos moyens, que la prudence nous force à cacher. D'antres patriotes, Ticttmes honorables de leur saint amour pour la cause sacrée de la Liberté et de l'Égalité, ont fui leur domicile souillé par la présence impure des vils satellites du despote castillan, et il est bien naturel qn'ils manifestent hautement le désir de rentrer dans leurs possessions.
u Bësuh£. — Si nous remportons la victoire, Tennemi a sa retraite assurée au Boulou et derrière le Tech, ensuite dans la suporbe position de Marcillas, et enfin sous le camp de Bellegarde.
« Si nous essuyons une défaite, nous livronsja France aux ennemis. Je crois qu'il vaut mieux garder notre position, ne rien donner au hasard, exercer et discipliner les troupes, et les pourvoir de tous leurs besoins, jusqu'à l'arrivée des renforts qui nous sont annoncés par le Comité de Saiut public de la Convention nationale et le ministre de la Guerre.
H Ainsi, mon avis est : Non.
« Deuxième Qo&snoit. — Êles-vous d'avis d'attaquer le camp d'Argelès avec les secours de la garnison de Collioure ?
u II faut pour cette attaque combinée qu'un corps de troupes, parti du camp en avant de Perpignan, passe le Hecort, leCandal, prenne EIne, passe le Tech et attaque ensuite Argelës, qui est muni d'une citadelle formidable et où l'ennemi a eu trois mois pour se fortifier.
H L'ennemi, supérieur surtout en cavalerie, et qui a la droite de son grand camp postée au Mas-d'Eu, peut facilement-nous attaquer avec avantage pendant une marche de trois lieues dans la plaine, pendant laquelle nous lui prétons toujours le Hanc, oà il faut passer trois rivières, dont deux ne peuvent se traverser qu'en très peu d'endroits, vu que nous n'avons pas une seule position, et enfin pendant l'attaque préalable d'Elne.
H Quant au retour, je le soutiens impossible par les rai-
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NOTBS. 53»
sons ci-dessus; car s'il était possible de dérober notre marche à l'ennemi, il est évident qu'on ne peut lui cacher notre retour par terre et, les ennemis étant les maîtres de la mer, il ne faut plus songer à revenir par là.
<i HIsout.' — Si nous sommes battus, le corps parti du grand camp est encore détruit et l'artillerie perdue.
« Si nous franchissons tous les obstacles et que nous soyons vainqueurs, notre camp dégarni de ses meilleures troupes, qui n'auront pu revenir, sera facile à emporter, et alors notre victoire aura les inconvénients d'une défaite.
<i CoUioure, avec une brave garnison de 237(i hommes, des munitions de guerre en abondance, des vivres pour six mois, doit tenir plus que le temps nécessaire à l'arrivée des renforts que nous attendons, et alors noua sommes sûrs d'obtenir un succès, qu'une démarche inconsidérée compromettrait sans retour, et de chasser l'ennemi non seulement d'Argeléa, mais du territoire de la République.
Il Ainsi mon avis est : Non.
Cl Troisiëue QUÏ3T105. — Êtcs-vous d'avls de faire des attaques particulières sur Millas, llle, Vinça, Prades etThuir, etc.7
n Je crois qu'il faut attendre qu'il nous soit arrivé au moins 2000 hommes de bonne troupe, car on ne peut les prendre sur notre grand camp sans l'exposer à être emporté ; il faudrait alors menacer l'ennemi sur plusieurs points, par de fausses attaques combinées, tomber brusquement sur le poste qu'il aura dégarni, l'emporter, profiter sur le champ de notre avantage pour les chasser du confluent et occuper la position du Col de Boule, d'oîi noua lui couperons les eaux; nous pourrions ensuite nous porter à Corbére, d'où nos chasseurs des mor.Iagnes l'inquiéteront sans cesse et lui couperont le» vivres.
« J'observerai que le général de division Mootredon, avec le corps de troupes sous son commandement, peut facilement empêcher les Espagnols de pénétrer dans l'intérieur ; et quant au Montr-Libre, je le crois imprenable d'ici à dix mois, c'est-àdire au mois de mai, parce qu'il doit tenir (à moins de trahî-
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son) six semaineB, ce qui mône jusqu'au delà da 15 eeptembre, époque où les neiges forceront les ennemis à lever le siège.
a Ainsi, quant à présent, mon avis est ; Non.
u QuATHâuE QDxsnoN. — Dans les cas d'attaque cHiessos, quelle est la marche qu'il faudrait suivre suivant votre avis 7 V Elle se trouve dans mes réponses aux trois questions précédentes.
a Le général de brigade, chef de l'état-major général de l'armée des Pyrénées-Orientales,
u Daoust. n
Malgré cette délibération, on plutôt k cause d'elle, de Fiers fut destitué par l'arrêté suivant.
(I Les Représentants du peuple près l'armée des PjTéoée»- Orientales arrêtent :
« Abt. 1. — Le général Fiers, ayant perdu la confiance des citoyens soldats qui composent l'armée, est suspendu de ses fonctions et se retirera à vingt lieues des côtes el frootiéres, pour y attendre les ordres du ministre de la guerre.
CI Art. 2. — Le général de brigade Nucé est pareillemenl suspendu de ses fonctions, et se retirera à Cahors, iusiju'i nouvel ordre.
(1 Aht. 3. — Le général de division Puget Barbentane prendra le commandement de l'année des Pyrénées-Orientales.
« Art. !(■ — Le général de division Dagobert aura sous son commandement les troupes cantonnées depuis Oletie ioclusivement jusqu'à la Garonne. Il pourra requérir les gardes nationales des départements de la Haute-Garonne et de l'Ariège, des districts de Quillan et Prades.
a Art. 5. — Nul ne pourra faire partie, ni être adjoint i l'état-major de l'armée, s'il n'a au moins trois ans de service.
a A Perpignan, le septième août, l'an II de la République française.
Il Jean Espert, Fabse, Bonnet, Brousses, secrétaire. »
La mauvaise fortune du général de Fiers ne s'arrêta p»
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là. 11 fut incarcéré à son arrivée à Paris, et impliqué pluB tard dans la coBspîratioQ des priBoas da Luxembourg. Le Tribunal révolutionoaire le condamna à mort le A thermidor an II.
LETTBBS DU CÊNÉHAL BARBEHTAIfE.
Le général m chef de rarmée des Pyrénies-Orientales au représentant du peuple Fabre.
■ Sigean, le 10 aeptembre 1793, Vui II de la République.
Il Citoyen représentant,
n Au moment de mon départ de Perpignan, lorsque je tous faisais mes adieux, je vous ai demandé : Ai-je votre estime ? Oui. Ai-je votre confiance 7 Vous m'avez répondu : Vous avez l'une et l'autre. Je voua ai déclaré que j'avais besoin de cette assurance de votre part ; que, comme individu, je la prisais infiniment; que, comme représentant du peuple, je la regardais comme absolument nécessaire et que je renoncerais, sans cette certitude, à occuper le poste républicain auquel les circonstances m'avaient élevé, avec un dévouement bien rare, vu la position de cette armée de la République.
« Actuellement, je vous réitère les mêmes questions et je vous prie d'y répondre.
a 11 me revient de Perpignan toutes sortes de propos; tantAt on y parle de mon arrestation, de ma destitution, que j'ai perdu la cooCance. Ces bruits sont-ils l'effet des faux calculs, des fausses combinaisons de quelques individus de Perpignan? Sont-ils excités par des désoi^nisateurs, des faux patriotes dont je découvre tous les jours le masque? Est-ce enfin seulement les aristocrates sortant de Perpignan qui cherchent à les répandre? C'est à vous à qui je le demande. Représentant du peuple, si vous le saviez, vous auriez pris un parti dicté par votre devoir, puisque c'est moi qui vous indique les bourdonnements qui sont venus à mes oreilles ; vous examinerez Bans doute, et je saurai à quoi m'en tenir par vous.
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« VouB devez vous rappeler toutes les propoaitlODS que je vous ai faites à Perpignan. Je vous ai dit : comme général en chef, je ne puis rester daos cette ville du moment où je crus militairement que le quartier général doit être porté ailleun, opinion qui n'a pas été seulement la mienne, mais bieo celle des généraux La&tte, Daouat, Pré^ville, Giacomoni. Je vous ai ajouté : ne croyez-vous pas ma personne plus utile à Perpignan? l'y resterai avec la plus grande satisfaction. Et je disais vrai, comme je le dis encore, en vous répétant que j'aimerais mieux, pour mon propre compte, occuper ce poste que celui où je suis. le vous ai ofTert d'aller prendre la place de l'intrépide Dagobert, si, dans les circonstances pressées -oîi nous sommes, vous le jugiez plus utile au commandement en cbef de l'armée. Vous m'avez laissé à ce poste et je ne dirai pas que j'tP remplis tous les devoirs, car je le dëfieraii à aucun individu queictmque ; mais je dirai avec vérité que j'y passe les nuits et les jours de la manière la plus pénible par le peu de moyens secondaires, par l'insouciaoce, par b trahison qui nous entourent, et par l'extrême peine et seaùbiltté que j'éprouve à voir mes braves frères d'armes supporter avec un courage héroïquement républicain un bivouac prolongé depuis un mois, marchant nu-pieds et enûn manquant de tous les objets nécessaires
d Je ne vous cache pas que, comme on sait que vous avet donné des ordres pour ne rien laisser sortir de Perpignan, on se plaignait hier au camp de ce que les tentes n'arrivaient pas. Vous devez sentir quelle a été ma réponse. On a bien mis de la négligence à ce départ, malgré les demandes et les ordres réitérés; si elles ne le sont, portez-y votre vigilance active et fraternelle ; faites joindre à cet envoi des outils de toute espèce dont Perpignan doit avoir un superflu
K J'avais bien envie d'aller hier à Perpignan; je laisse i votre sagesse de dédder si ma présence y serait utile. Poor peu que vous pensiez à le croire, je trouverai persODoellemeot de la satisfaction à m'y rendre.
u Salut, fraternité, dévouement sans bOTues.
(I PdCET BARBDiTANE. »
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Le général en chef de l'armie des Pyrinies-Orientales aux représentants du peuple pris la dite armée.
■ Ai]qu4riier général de Slgean, le 12 ieptembre 1793, l'an H de U République trmçaise.
a Appelé à servir dans l'armée des Pyrénées, j'y suis arrivé au moment oii la division des deux armées s'opérait ; je suis revenu à celle des Pyrénées-Orientales, parce que l'ennemi «e trouvait le plus près de la route que je tenais ; j'y ai contribué, comme général de division, à l'organisation du corps d'armée qui est actuellement au camp devant Perpignan ; j'ai combattu plusieurs fois à la tête de mes frères d'armes, et notamment à la journée du 17, Appelé par vBus à prendre le commandement en chef, malgré la position critique, j'ai eu le ■courage républicain de prendre les rênes de ce pénible fardeau ; j*ai rempli mon devoir, i' espérais que les événements intérieurs permettraient à l'armée de Carteaux de venir renforcer cette armée. Le travail immense que j'ai été dans le cas de faire pour l'orgaDisation, en même temps qu'il fallait s'occuper d'une défensive active, ont épuisé mes forces .physiques. Cette armée n'ayant pas encore reçu de renforts conséquents, je sens qu'il est au delà de mon intelligence morale de la diriger, le vous prie donc, citoyens représentants, d'en confier le commandement à un autre.
s Je serai bien aise d'avoir un ordre de votre part pour me rendre au Comité de Salut publici j'y rendrai compte de mes opérations militaires et de ma conduite, et si je suis reçu avec la conGance que je crois mériter, je pourrai peut-être y être de quelque utilité par les renseignements que je serai dans le cas de donner. Si vous voulez me donner une autorisation pour prendre connaissance des moyens que les départements peuvent avoir à vous fournir, je mettrai un grand zèle et un grand intérêt à vous les faire parvenir ; sans cette autorisation, je ferai néanmoins tout ce que je pourrai
a J'avais véritablement espéré de contribuer à chasser l'Espagnol du territoire de la République ; il m'est péniUe de
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su HISTOIRE DE LA TERREDR.
partir sans aroir rempli ce vœu ardent; Je cède à ta nêceraicé des drcoostaûces.
a Salut, fraternité et dévouement absolu.
« PUCET BaRBENTANE. D
LE CfiHtiRiL D&COBKRT.
Dagobeit de Fontenilles (Lac-Siméon-AugiiBte) a laissé une réputation militaire sans tache. Né dans la Manche le S mars 1736, il avait débuté en qualité de lieutenant au rèpment de Tournaisis infanterie, à 20 ans, et fait de 1757 à 1761 la campagne d'Allemagne, où il reçut quatre blessures graves. Major le 17 mai 1787, lieutenant-colonel le 1" janvier 1791, colonel le 27 mai 1792, Dagobert fut nommé, le 12 octobre de la même année, maréchal de camp provisoire à l'armée d«s Alpes, où il servait avec honneur sous Biron. La confirmatioD du ministre se fit attendre jusqu'au 8 mars 1793, et le nouveao général passa presque aussitôt après à l'armée des Pyrénées- Orientales et y reçut, le 15 mai, le grade de divisionnaire. Cette page de son histoire est la plus brillante, bien que ses services n'aient pas toujours éloigné de lui le soupçon et la diigrdce. Indépendamment de sa lutte avec les représenlaols Bonnet, Fabre et Gaston, lutte qui motiva son retour au ModI- Llbre, Dagobert fut suspendu de ses fonctions, le 17 novembre 1793, et ne les reprit que le 2 février 179^. H moamtde fatigues à Puycerda, le 18 avril 1791^, au milieu de la conquête de la Cerdagne, opérée par ses soins. Son nom, après avoir été gravé au Panthéon, brille aujourd'hui sur l'arc de triomphe de la place de l'Étoile.
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U général m chef de larmée des Pyrénèet-Orientates aux eitoymi reprismtanU du pe^le composant te Comité de Saiut piAlic de la Convention nationale.
■ Perpignan, le 24 leptembre i 193, l'an II de la République Iraaçute (3 Teadémiaire).
a Citoyens représentanla,
« le suis arrivé à Perpignan le 19 an soir; je me rendis aussilAt chez les représentants du peuple Fabre et Cassanyés. Vous aurez peine à concevoir mon étonoement, quand je les eDleodis me dire que tout était arrangé pour attaquer l'ennemi pendant la nuit, sans attendre la petite armée que j'amenais de Mont-Libre, qui était encore à cinq lieues et qui ne devait arriver que le lendemain. C'est d'après ces sollicitations d'attaquer que je m'y déterminai le 22 au matin.
H ïe ne dois pas vous dissimuler, citoyens représentants, que je n'ai point été secondé, et que c'est le bruit général de la ville et du camp qu'on a voulu me sacrifier. La cavalerie et l'élite de l'année sont restées cachées derrière un bois, sans faire le moindre mouvement, ce qui aurait déconcerté l'en- DBUii, car pour peu que la cavalerie se fût montrée, elle aurait rassuré notre infanterie et en aurait imposé à celle de l'ennemi.
■ 11 était loin de mon idée de vouloir inculper personne; mais j'entends dire que celui-là même qui commandait l'élite de l'armée, qui avait toute la cavalerie avec lui, qui, loin de se rendre au lieu indiqué, est resté près d'une lieue en arrière, caché dans des oliviers, le général Goguel enfin, croit pouvoir se disculper en criant plus fort que moi. U lui éuit désigné de se rendre devant Saiote-Colo;nbe, ce qu'il n'a pas fait, puisqu'il est resté bien loin en arrière, de l'autre côté de Thuir. S'il a eu le bonhear de devenir, en un an, de médecin général de division; si le représentant du peuple Fabre, par sa f^ande liaison avec lui, a dessein de le faire commander l'armée, il était pour le moins inutile de me faire les instances qu'on m'a faites, pour me faire accepter un poste où
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Si6 HISTOIRE DE LA TBRBEUB.
je ne suis arrivé que malgré moi, et où je serais bien aise qu'on me fit remplacer par quelqu'un qui ait plus de talents que moi, mats qui, à coup sur, n'aura jamais plus de zèle pour le service de la République.
a Salut et fraternité.
Le général Dagobert aux reprisentantt du peuple prèi Famie des Pyrénées-Orientale*.
• Perpignui, le S Teodiiniaire u D.
(10 «epumbra 1703.)
<i Citoyens représentants, « L'arrivée Traisemblablement prochaine du général nommé par le Pouvoir exécutif pour commander cette armée y rend ma présence peu nécessaire; au lieu que, le corps de 8000 hommes partis des borde de la Bidassoa paraissaat menacer les deux Cerdagnes, il serait nécessaire que je m'y rendisse. Je voua demande donc d'autoriser mon retour au lieux ou ma responsabilité m'appelle.
» Salut et fraternité.
« Dagobert, »
Arrilé des Beprésentants du peuple.
« Les représentants du peuple prés l'armée desPyrénëe»- Orienlales :
« Vu la lettre du général Dagobert, qui demande de se rendre au Hont-Libre, où sa présence est abaolament sëcessaîre et où sa responsabilité l'appelle ;
« Considérant que la CoiiventioD nationale a confirmé U nomination du général Turreau, choisi par le Conseil exécattf pour remplacer le général Barbentane; que, d'après œtte nomination, il parait que la Convention nationale veut que le générai Dagobert conservt le commandement de l'année da Centre, où déjà son courage et ses connaissances locales lui ont assuré des succès ; que ce serait compromettre l'iotétél
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de la République, contrarier le vœu de la Convention nationale de Be refuser aux vœux du général D^obert, et de ne pas l'autoriser à reprendre un poste où sa présence et ses lumières deviennent tons les joarg plus nécessaires; que les Espagnols paraissent menacer cette partie du territoire de ta République et qu'il est important que le général, qui déjà plusieurs fois les a fait repentir de leurs projets, aille s'opposer à leurs desseins, arrêtent :
K Art. 1.— Le général Dagobert est antorisé de se rendre à l'armée do Centre, ob il reprendra le commandement en chef qui lui avait été conféré par nos précédents arrêtés.
u AiiT. 2. — Jusqu'à l'arrivée du général Turreau, le plus ancien général divisionnaire prendra le commandement de l'armée..
u Art. 3. — Il se concertera pour ses opérations militaîres avec les autres généraux diviBionaaires.
« A Perpignan, le 29 septembre 1793, l'an II de la République française.
a Bonnet, Fabri, Giston. n
■ ParpigiuD, le 1" octobre 1193, l'u Q de ta République française.
Les reprètentants du peuple pris l'ormie des Pyrinées-Oriettiales au citoyen ministre de la Guarre.
K Nous vous adressons une copie de la lettre que le général Dagobert nous a écrite, après la nomination du citoyen Turreau à la place de général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales. Nous y joignons copie de l'arrêté que nous avons pris à cet effet. Les intérêts de la République exigeraient peut-être que le général Turreau, qui connaît l'esprit du soldat, lesposi* tiens et les localités, de l'armée de La Rochelle, restât à son poste, où il est de la plus importante nécessité. Ici, il sera obligé de faire une étude particulière de la troupe, une étude des postes, des localités, qui lui enlèveront un temps qu'un général instruit de tous ces points tournerait an profit de la chose publique.
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<( La victoire que nous avons remportée iPeyres-Tonesest due au général Daoust, à qui nous avons donné le commaudement proviaoire de l'armée, qui lui était dû comme plus ancjen général divisionnaire, à la charge de consulter dans ses opérations les autres généraux. Nous ne pouvons trop vous faire l'éloge de ce général j son sang-froid, ses connaissances mili-taires et son habileté dans les manœuvres sont des garanls presque certains du succès. Nos observations n'ont d'autre but que le salut de la patrie et le désir ardent que nous avons, après avoir chassé l'Espagnol de nos foyers, d'aller passer l'hiver chez lui.
H Salut et fraternité.
u Fabhe, Bonnef, Gaston, n
LE GËNinlL TORRBAU.
Turreau, giniral en dief de t armée des Pyrinèes-Orietaaks, im* citoyens représentants du peuple composant U ComiU de saM piblic.
■ « Citoyens représentants,
« Je dois à la place que j'occupe, je dois k la confiance dont vous m'honorez de vous rendre un compte exact de ce qui se passe k l'année des Pyréuées-ûrienUles.
a Je savais, avant que d'y arriver, qu'il régnait de la mésintelligence entre les officiers généraux de cette armée. le me suis appliqué k en connaître la cause; j'ai cru l'avoir trouvée dans tes prétentions de quelques individus k la place de général en chef; j'ai jugé que mon arrivée, devant les faire cesser, il me serait facile de rétablir l'harmonie entre des hommes qui ne doivent être animés que du bien public.
« Avant que de commencer aucune opéraUon militaire, il
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NOTES. Si9
était iadispeosable d'acquérir des connaissance locales, d'étudier le caractère des principaux agents militaires, de m'inatniire de tout ce qui s'était passé avant mon arrivée, des causes de DOS succès et de nos revers ; j'ai voulu connaître quel était l'esprit, la force, la discipline de notre armée ; j'ai particulièrement porté mes regards sur toutes les parties de l'administration. En conséquence, jusqu'à ce que j'eusse acquis toutes ces connaissances, j'ai cru devoir laisser le commandement provisoire de la principale armée au général Daoust, eo me faisant rendre compte de son plan et de ses projets ; j'ai fait part de cette disposition au citoyen Gaston, l'un des représentants du peuple près de cette année, qui l'a approuvée et j'en ai rendu compte au ministre.
u Pour connaître tout le théâtre de la guerre dans cette partie de la République, je me suis transporté à Villefranche et au Mont-Libre ; j'y ai trouvé le général Dagobert, dont la division avait été séparée de la grande armée, et qui, avec peu de moyens, avait eu de grands succès et conquis la Cerdagne espagnole. Cette conquête importante garantissant le district de Prades de l'invasion de l'ennemi, j'ai cru devoir rappeler près de moi le général Dagobert, dont les talents militaires, la parfaite connaissance du pays et la conûance qu'il a su inspirer aus troupes rendaient la présence nécessaire à la grande armée, où d'ailleurs il y a peu d'officiers généraux instruits.
« Revenu au quartier général à Bagnots, je me suis fait rendre compte par le général Daoust, devant les représentants du peuple, de ses projets et de ses moyens pour opérer une entreprise dont la réussite pût hâter la retraite des Espagnols, campés au Boulon, deux lieues en deçà d^ Bellegarde- J'ai annoncé que, cette opération concertée entre les représentants du peuple et le général Daoust et que j'ai approuvée étant finie, je me mettrais à la tête de la grande armée et que j'agirais entièrement par moi-même.
Il Je ne puis vous cacher, citoyens représentants, que l'indiscipline et le désordre régnent dans cette armée; que plusieurs parties de l'administration en sont viciées; que les moyens de subsistance ne sont pas assurés et que, faute de
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fourrages, je serai peut-être obligé de reporter sur mes derrières le peu de cavalerie qui me reste.
D'après cette incertitude sur les subsistances, celle que l'on doit avoir sur les dispositions de nos troupes, les difficultés que présente la localité, la position de l'ennemi encore sur le territoire de la République, je n'ai pas été peu surpm d'entendre le citoyen Fabre, représentant du peuple, proposer pour cet hiver des conquêtes en Espagne. En vain j'ai voulu combattre ce projet dont l'exécution, du moins cet hiver, me parait impossible, et dont l'entreprise pourrait compromettre le sort de nos armes et nous faire perdre tout le fruildes succès que nous avons obtenus jusqu'à ce jour. Le citoyea Fabre, aidé de ses collègues, paraît tenir à son plan, et je vous avouerai, citoyens représentants, que je m'opposerai de toutes mes forces à cette entreprise dangereuse sous tous les rapports. Je rends justice au civisme, au zèle et à l'activité des représentants près de cette armée ; mais je crois qu'ils se laissent circonvenir par des hommes adroits et ambitieux et qui ne cherchent qu'à surprendre leur bonne foi ; je crois encore qu'ils ne doivent pas se mêler des opérations militaires et chercher à substituer leurs idées et leurs plans à ceux des généraux; autrement ceux-ci sont inutiles à l'année.
« Après avoir recueilli tous les renseignemenu possibles sur le compte du général Dagobert, je crois pouvoir assurer qu'il, mérite l'estime générale dont il jouit ; il réunit les suffrages des citoyens et de l'armée.
» Depuis l'affaire du 22 du mois dernier, il ne s'est rien passé d'intéressant à cette armée que l'attaque d'une redoute ennemie qui n'a pas réussi. Le général Daoust m'en avait ' communiqué le projet et je l'avais approuvé ; peut-être je m")' serais opposé si j'avais mieux connu le terrain, que je n'avais pas encore eu le temps d'examiner; au surplus, la position des Espagnols, les mouvements de leur troupe, tout paraît indiquer le projet qu'ils ont de se retirer, et peut-être ils l'auraient déjà fait, s'ils ne voulaient pas se conserver les honneurs d'une retraite volontaire. Du moment qu'ils auront quitté le district de Géret, le seul point qu'ils occupent sur le territoire de la République, mon projet, citoyens représentants, est de
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fermer la campagne, sans même entreprendre le siège de Bellegarde, à moins que des circonstances favorables et imprévues ne présentent des facilités pour s'en emparer. Eo laissant reposer nos troupes pendant trois mois el profitant de ce temps de repos pour les instruire, les discipliner, formerles officiers, établir des magasins, porter la réforme dans toutes les parties de l'administration, je crois qu'on pourra se promettre de grands succès pour la campagne prochaine.
u J'aurai l'honneur, citoyens représentants, de vous faire passer mon plan et un aperçu de mes moyens d'exécution ; mais si les représentants prés de cette armée s'obstinent à me faire exécuter leurs projets ; si, quoique nommé général en chef de cette année, je n'y suis qu'un être absolument passif et si je n'y puis agir que d'après les idées des autres, je vous prie en grâce, citoyens représentants, de disposer de moi pour une autre place. Étranger à l'intrigue. D'ayant d'autre ambition que celle de coopérer de tous mes moyens au succès de nos armes, je serai toujours satisfait du grade que j'occuperai et du poste qui me sera conQé, pourvu que je puisse être utile.
(1 Le ministre de la Guerre peut vous dire que je ne loi ai jamais rien demandé, que je n'ai jamais sollicité d'autre place que celle d'adjudant général, dans la seule vue d'apprendre mon métier; j'étais alors chef de bataillon.
o l'ai cru cette lettre assez importante pour vous l'adresser par un courrier extraordinaire. En attendant vos ordres, je m'opposerai de toutes mes forces à l'exécution de tous projets qui pourraient compromettre le salut de l'armée.
« Le général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales, (i Tuhruu. »
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HISTOIEE DE LA TBRREDR.
ARRÊTÉS DES REPRÉSCKTiNTS SUSFBNDANT LES IfONIKA- TtONS DE GÉNÉRAtX FAITES PAR LB CONSEIL BXËCDTIF A l'armée DBS PYRÉNÉES-OCCIDENTALES.
« Les représentants du peuple près l'armée desPyréDée^ Occidentales et les départements voisins :
Il Instruits que te ministre de la Guerre vient d'élever au grade de général de division, dans l'année des Pyrénées-Occidentales, des citoyens qui n'ont pas la confiance des républicains; que cette nomination a excité la sollicitude de la société populaire de Bayonne, qui a craint d'abord, de voir enlever à leurs postes les officiers sans-culottes placés par des représentants Montagnards, en second lieu, de voir de nouveau des intrigants et des militaires suspects travailler à égarer le soldat ; ce qui les a engagés de faire part de ces craintes à leur collègue Garrau, qui a déjà pris à cet égard des mesures provisoires;
« Qu'en même temps, le citoyen Dumas, nommé par le Conseil exécutif général de l'armée des Pyrénées- Occidentales, est prés d'arriver à Bayonne, et qu'il a été annoncé par son aide de camp, déjà arrivé dans ladite ville ;
u Considérant qu'au moment où le ministre de la Guerre a fait les nominations dont it est question ci-dessus, il ne pouvait encore être instruit des opérations commandées par la voix impérieuse du salut de la chose publique, et auxquelles le ministre et le Conseil exécutif s'empresseront d'applaudir, lorsqu'ils en auront connaissance;
(I Considérant que l'intérêt de l'année exige que la nomination faite par les représentants du peuple des généraux et officiers qui ont mérité, par leur courage, leurs talents et leurs sentiments républicains, la conBance du soldat, soit maintenue, an-étent :
« Art. 1*'. — Les nominations faites jusqu'à ce jour par les représentants du peuple dans l'armée des Pyrénées-Occiden-
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taies, soit du général en chef, soit de tout autre officier, sont maintenueB.
Il Art. 2. — Il cet défendu au ciloyeo MuUer, général en chef de l'armée des Pyrénéea-Occidentales, de délivrer des lettres de service aux officiers qui viennent d'être ou qui seraient promus, a quelque grade que ce soit, par le Conseil exécutif dans ladite armée, et de les Faire reconnaître dans le grade que le ministre vient de leur conférer ou pourrait leur conférer.
u Art. 3. — 11 est ordonné, tant au citoyen Dumas, nommé général en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales par le Conseil exécutif, qu'à tous autres oSiciers qui pourraient être ou avoir été promus à quelque grade par ledit Conseil exécutif, dans ladite armée, de sortir des murs de fiayonne et du Saint- Esprit, dés qu'ils y seront arrivés, jusqu'à l'arrivée des représentants du peuple dans cette ville. Le général Laroche, commandant de ta ville de Bayonne et de la citadelle du Saint-Esprit, tiendra la main à l'exécutioa rigoureuse de cette disposition; sont exceptés pourtant de ladite disposition les officiers qui étaient déjà dans l'armée, lorsqu'ils ont été nommés par le ministre ; ceux-là resteront à leur poste, dans le grade qu'ils avaient précédemment.
« Art. fi. — Les représentants du peuple se rendront incessamment à Bayonne ; ils y conféreront ensemble sur le parti à prendre sur les nouvelles nominations du Conseil exécutif; en attendant, ils invitent le citoyen Garrau, leur colique, actuellement à fiayonne, de vouloir bien adhérer au présent arrêté et de tenir la main à son exécution.
« Fait à Mont-de-Marsan, le premier jour du deuxième mois de l'an 11 de la République française une et indivisible. « J.-B.-B. MoNESTiER (du Puy-de-DAme), J. PracT aîné, DABncoTix. »
« Le représentant du peuple soussigné, adhérant à l'arrêté ci-dessus, déclare qu'il n'a et ne peut avoir aucune application au citoyen Frégeville, général de division, attaché depuis longtemps à cette armée et que les représentants du peuple ont appelé auprès d'eux, tant h Toulouse qu'à Bordeaux. U
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SGi HISTOIRE DE LA TERREUR.
estime en conséquence que le général Frégeville doit esercer les fonctionB de général divisionDaire soit à Bayonne, soit à l'armée, dès le moment de son arrivée.
« A Bayonne, le 3 du second mois de l'an 11 de la République française une et indivisible.
H GUUIAD. I)
Second arrêté des Représentants.
« Les représentants du peuple près l'armée des Pyrénées- Occidentales et les départements voisins :
« Considérant que le Comité de salut public et la Convention nationale ne connaissaient pas les réformes devenues ^ nécessaires opérées dans cette armée, non plus que les remplacements qui y ont eu lieu, à l'époque où la promotion dn général Dumas par le ministre de la Guerre ou par le Conseil exécutif a été approuvée par la Convention nationale;
« Considérant que le général Muller a reçu de ces représentants le soin de commander provisoirement en chef cette armée; à raison des preuves qu'il avait déjà données de son talent, de son activité, de son courage et de son républicanisme prononcé ; â raison de l'expérience qu'il avait acquise, depuis quatre mois d'un travail assidu, de la manière de faire la guerre en ces contrées, où les localités ne permettent pas d'exercer cet art et cette profession comme dans les autres armées de la République, et où il faut un temps très considérable et un coup d'œil très observateur, pour réduire toutes les portions de forces employées sur une multitude de points en un ensemble et un corps d'armée ; enfin encore à raison de ce que ses services près cette armée et sa manière morale d'exister lui avaient concilié l'amitié, l'estime et la confiance des chefs et des soldats;
« Considérant que le général Muller est encore aujourd'hui en pleine jouissance de cette estime, de cette amitié et de cette confiance; que seul il peut conduire et terminer uue campagne dont seul il a les clefs et les dispositions ; enfin que cette campagne et la guerre ne peuvent durer en\iron que trois semaines ou un mois;
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« Gonaidérant que le général Dumas, contre lequel d'ailleurs les représentants du peuple n'ont aucun reproche à former, ne pourrait obtenir les connaissances de localités, de plans, de positions que dans six semaines au moins, ainsi qu'il s'en est expliqué lui-même dans la conférence amicale que les . représentants du peuple ont eue avec lui ;
« Considérant que, depuis la réforme opérée dans l'armée et l'élection provisoire du général Muller, l'ordre et la discipline, la concorde et la bonne union régnent plus rigoareusement et promettent des succès plus marqués ;
« Arrêtent, pour le meilleur service de la République, que provisoirement et jusques à un décret définitif de la Convention nationale, le général Muller retiendra le commandement en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales.
« Arrêtent aussi qu'il demeurera libre au général Dumas d'être employé dans cette même armée, en qualité de chef divisionnaire, jusqu'à ce décret définitif.
« A Bayonne, le 8 du second mois de l'an II de la République une et indivisible.
H MONESTIER, PiNGT atué, DARTIGOTTE, GaRRAU, CaVAICNAC. 1)
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CDSTINK ET SON CONFESSEOB.
(voit PM« tau
Pendant toute Tannée 1793, et tant que le culte de la Raison ne fut pas venu remplacer oEQciellement le culte constitationnel, od daigna laisser an confessear aux condamnés. Cétait l'Évêque de Paris qui le désignait, et il chargeait habituellement de cette triste mission un prêtre allemand nommé Lothringer. Nous avons retrouvé la lettre écrite parle greffier du Tribunal révolutionnaire à l'occasion de la mort de Custîne. Elle est ainsi conçue ;
Au citoyen Êvique de Parts.
u Citoyen, vous êtes prié d'envoyer au citoyen CusUne, qui vient d'être condamné à mort et doit être exécuté demain à 9 heures du matin, un ministre du coite. Il désire l'avoir tout de suite ; c'est ce qu'il vient de faire dire. ■ La 37 août 1793.
■ Wom, « Commis-greffler du Tribunal révolutionnaire, n
Une heure après que la tête de Custine eut roulé but l'êchataud, Lothringer était dénoncé comme ayant montré quelque sympathie au condamné. Les dénonciateurs étaient nn gendarme et le bourreau, dont voici les déclarations:
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Commune de Paris.
■ Le 28 Mût im.
« S'est présenté par devant nous, les administrateurs da département de police, le citoyen Martin Henry, gendarme de la l" division près les tribunaux, lequel nous a déclaré que le citoyen Dellaitre, son confrère, lui a dit avoir entendu, hier le soir, étant en faction auprès de Custine condamné ï mort, que lers de l'arrivée du confesseur auprès de Custine, il dit à ce dernier : u J'ai lu vos neuf intem^atoires et vous mourrez très innocent ii ; et que Custine lui dît : « je meun pur 3i; à quoi le déclarant a cru être de son patriotisme de déclarer ce qui est contenu ci-deasus et a Mgné.
u H&RTIN HCHRY. n
Commune de Paris.
■ Le mercredi 28 aodt 1703.
i( Gejourd'huî, nous administrateurs au département de police, nous sommes transportés à la maison de justice de la Conciergerie à l'effet de nous assurer de l'ordre et de la tranquillité de celte maison, et ce relativement à l'exécution du jugement rendu contre Custine; et comme nous étions dans un des guichets de ladite maison, le citoyen Samson père, exécuteur des jugements criminels, nous a observé que le citoyen Lothringer, confesseur dudit Custine, avait affecté de vouloir rester seul avec le condamné, et que Custine même avait recommandé à la gendarmerie de s'éloigner de lui et de ne laisser approcher personne; que ledit citoyen Samson, en sa qualité d'exécuteur des jugements criminels, étant entré ma^ré la recommandation de Custine, il a remarqué que le confesseur et le condamné se parlaient mystérieusement et en langue allemande ; que cette conversation a d'autant plus paru suspecte audit citoyen Samson, que le confesseur et le condamné étaient tous deux séparés, tant de la gendarmerie que des autres citoyens présents, et ce par une cloison vitrée
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servant de séparation au greffe et à une pièce qui conduit aux cachots.
n Ajoute le citoyen Samaon que Custine tenait une plume et paraissait vouloir s'en servir, sur une feuille de papier, qui était devant lui. Déclare en outre ledit citoyen Samson que, lors de l'exécution et mort de Miaczinski, le Als de lui déposant, son frère et son cousin ont entendu le même prêtre Lothringer, qui était aussi confesseur de ce dernier condamné, lui dire : u II est bien glorieux pour vous de mourir à la même place que celle od votre roi est mort ». Et c'est tout ce qu'il a dit savoir.
K Sauson. b
u Sur quoi, nous administrateurs au département de police, après avoir pris connaissance des déclarations ci-dessus et des autres parts, disous que le citoyen Lothringer sera à l'instant conduit à la maison d'arrêt de l'Abbaye, et le présent et pièces y jointes envoyés au Tribunal révolutionnaire, pour être statué ce qu'il appartiendra.
« Fait aadit département de police le 29 août 1793.
« N. FnOlDDItC, FiGUBT. »
Les administrateurs de police Baudrais, Marino et Michel a^ravërent encore la mesure, et firent mettre Lothringer au secret. 11 n'était cependant inculpé, d'après son écrou, que de propos inciviques, mais suivant la terrible législation do cette époque, les propos de cette nature pouvaient entraîner une condamnation à mort.
Le 3 septembre, il fut interrogé par le célèbre CofiBnhal, alors simple juge au Tribunal révolutionnaire '. L'impitoyable inquisiteur s'informe tout d'abord si Lothringer a prêté le
1. Nous d'&todb pis cm deroir danner en ealier l'iaterrogstoire de Lothringer, qui est trèi long, et noui nrons mîi, à U première penonoe, le» demanderet les répootei qui sont i I& troigième. On troarers, du» l'intéreuute hiitoira du Tribunal réTolutiaauùre de H. C«mpardi», twDe I", page 93, tonte la partie de cet interrogatoire qui est relative k CiutiDe.
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serment constituiioanel ; puis il lui demande si, dans a cod- TessioD, MiaczioBki ne lui a rien révélé, et si lui-même n'a pas dit au condamné, au pied de l'échafaud, qu'il était glorieux de mourir pour son roi et à la même place où celui-ci avait été sacrifié.
a Je ne puis avoir tenu un pareil langage, répond Lolhringer; car suivant les principes de la religion, on ne peut point dire à un homme qu'il meurt pour un homme. Ouand un condamné se prétend innocent, on lui dit pour le consoler qu'il meurt pour le salut de son àme, pour la gloire de Dieu, pour la religion; mais on ne lui dit jamais qu'il est glorieux de mourir pour un homme. »
Cofflnhal passe alors aux faits relatif â la seconde exécution.
D. H Pendant la confession de Custine, n'avez-vous pas affecté de demeurer seul avec le condamné; et Cuatine même n'a-t-il pas recommandé k la gendarmerie de s'éloigner de lui et de ne laisser entrer personne?
R. u Je me suis rendu près de Custine h neuf heures du soir; il avait auprès de lui deux gendarmes. Lorsqu'il m'aperçut, il me dit qu'il était un grand pécheur qui venait demander consolation.
« Je lui fis le discours que tiennent tous les confesseurs ; je lui dis que puisqu'il était jugé et coudanmé, puisqu'il n'était plus possible de sauver son corps, il devait songer i sauver son àme. Le premier devoir du confesseur étant de gagner la confiance du condamné, je l'embrassai et je lui dis que j'allais lui rendre sa confession facile, en lui retraçant les commandements de Dieu et ceux de l'Église. Alors Custine se confessa et sa confession dura jusqu'à onze heures.
D. « Custine s'est-il confessé en allemand ou en français I fl. « En français.
D H Pendant la confession n'avez-vous pas fait retirer les gendarmes 7
A. « Pendant la confession, les gendarmes éui«nt auprès des grilles des fenêtres. Personne ne leur avait dit de se retirer.