‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 23 sur 165 · I. Hahomet, acte U, scène y · texte numérisé non relu

I. Hahomet, acte U, scène y

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et Iradnits, soit au Tribunal réTolutiounaire de Paris, soit devant quelqu'une de ces sanglantes assises qui s'ouyrirent eu province, à l'instar de la capitale; presque tous payèrent de leur tête les velléités de résistance que le souci même de leur sûreté les avait empêchés de pousser jusqu'au bout. Ils périrent lentement, un h un, 5i(DS éclat pour la gloire de leur nom, et sans profit poar les intérêts de leur parti.

Au milieu de la défaillance générale, quatre villes mériteot surtout d'être signalées pour l'énergie de leur attitude, et nous devons retracer rapidement les érénemeals dont Lyon, Marseille, Bordeaux et Caen furent le théâtre jusqu'au 15 juillet 1793.

pour bien comprendre l'histoire du soulèvement de Lyon, il est essentiel de remodler un peu en arrière. Nous avons laissé la seconde ville de France aux mains du parti démagogique *, plus ou moins secrètement favorisé par les trois commissaires de la Convention Bovère, Basire et Legendre. A ceux-ci avaient bientôt succédé quatre autres représentants animés du même esprit; c'étaient Dubois-Crancé, Gauthier, Nioche et Albitte. Officiellement , ils étaient envoyés près de l'arntée des Alpes; mais leur action s'étendait eu Tait sur tous les départements compris dans le cercle de ravitaillement de cette armée. Ils arrivèrent à Lyon le 12 mai, et ils convoquèrent pour le lendemain, à la maison commune, tous les corps adminisiratirg. Le procès-verbal de cette réuniou constate c[ue les Jacobins

t. ToaMTI.p. Si9.

<0i HISTOIRE DE LA TERREUR.

lyonnais s'y trouvèrent en Torce, et que, sans aucun mandat, ils délibérèrent pêle-mâle avec les autorités constituées du département, du district et de la commune.

Celle assemblée arrêta :

i' Qu'il serait levé à Lyon une armée révolutionoaire de six mille quatre cents hommes, divisée en huit bataillons, dont les deux premiers seraient dirigés sur la Vendée, et les six autres resteraient attachés au service de ta ville;

2° Qu'il serait pourvu aux dépenses de cette armée par un emprunt forcé de six millioDsà prélever sur les capitalistes, les propriétaires et les négociants, par mandats impératifs dont le terme falal était de vingt-quatre heures;

&" Qu'il serait institué un Comité de salul public pour veiller à la formation dç l'armée, à la levée et à l'emploi de l'emprunt.

Il fut décidé en outre :

1° Que la société populaire, autrement dit le club des Jacobins, en récompense des services importants qu'elle avait rendus et qu'elle rendait chaque jour à la cause de la liberté, serait gratitiée d'un nouveau local, (l'église des missionnaires), dont les réparations seraient mises h. la charge du dépeirtement ;

S" Que ta distribution des feuilles modérées, notamment des journaux de Gorsas et de Brissot, serait interdite ;

3° Que les numéros saisis seraient immédiatement brOlés;

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A* Qu'eDân la CooTention serait suppliée de ne pas retarder p]u5 loDglemps l'établissemeat, à LyOD, d'un Tribunal rérolutionuaire.

Les quatre représeutaots du peuple approuvèreat par leur signature cette diarte de la démagogie lyon- Daise '.

 l'occasion de cet arrêté, Ghalier et ses amis rédigèrent la formule d'un nouveau serment qui devait être prêté par tous les citoyens admis à (aire partie de l'armée révolutioDuaire. Celte pièce donne la mesure des garanties que présentait son organisation. Elle est ainsi conçue :

a Je jure de maintenir la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de la République, la sûreté des personnes et des propriétés; mais aussi d'exterminer tous les tyrans du monde et leurs suppôts qui sont désignés sous le nom d'aristocrates, de feuillantins, de modérés, d'égoïstes, d'accapareurs, d'usuriers, d'agioteurs, et tous les inutiles citoyens de la caste sacerdotale, ennemie irascible de la liberté et protectrice du despotisme et de la tyrannie. »

Avec de pareilles armes le triomphe de la Montagne semblait assuré et les quatre commissaires de la Convention s'éloignent ensemble de Lyon*. Aussitôt

1. Voir dans l'JIittoire parlementaire de MU. Bûchez et Roux, tome XXVII, p. 4U, le teile même de cet arrêté qni n'a pas moins de viagt-Denf articles.

S. ■ Ild partent, ils crèvent va des plus beaux chevaux d'artillerie, et laissent au Comité de saFut public le win d'entretenir avrc 601 une correspondance joarnaiiëre. • {Journal de Lyon, n" du 4 juin 1793.)

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m . HISTOIRE DE LA TERREUR.

après leur départ, les Jacobins se mettent à l'œnTre. Le Comité dit de salut public, nommé et dirigé par eux, était revêtu du pouvoir exorbitant de désigner, par voie de réquisition directe, les citoyens appelés à former la nouvelle force armée. Il eut soin de placer dans les deux premiers bataillons, destinés pour la Vendée, tous les jeunes gens suspects de tiédeur et de modérantisme ; il réunit, au contraire, dans ceux qui devaient être affectés k la police de la ville tous les vrais sansculottes, c'est-à-dire tous les hommes sans aveu et saos moyens d'existence. De même dans la perception de l'emprunt forcé, il usa des mesures les plus vexaloires et ne recula devant aucune exaction.

Ces faits furent portés à la tribune de la Codvention par Chasset, qui, dans la députation de Rhôneet-Loire, était le chef du parti modéré. Le résultat de cette dénonciation fut un décret, en date du 15 mai, qui déclarait nulle et non avenue toute érection de tribunal révolutionnaire à Lyon et autorisait chaque dtoyen à opposer,' au besoin, la force à la force.

Cette décision ne diminua en rien l'audace des Jacobins, mais elle rendit quelque énergie aux opprimés. La majorité des sections professait des idées d'ordre et de légalité. On en avait eu la preuve dans la nomination de Gilibert, alors qu'il était retenu en prison par Chalier et ses amis '. Pour opposer une digue au flot montant de la démagogie, les sections se constituent en per^ manence et établissent leur centre d'action h l'Arsenal.

<. Tome VI, p. U*.

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De sOB cdté la munidpalité s'entoure de gardes à l'hôtel de ville.

Un conflit était inévitable; le 29 mai, le retour de deux des commissaires de la CoDyeDtioD en donoa le signal. Pour célébrer dignement l'arrivée des représentants Gauthier et Mioche, la muaicipalilé avait ordonDé l'arrestation du président et du secrétaire de deux des sections et enjoint à toutes de se dissoudre immédiatemmt. L'assemblée des sections répond à cet arrêté par une déclaration portant que le Conseil général de la Commune a perdu la confiance publique.

 celte nouvelle la garde nationale, qui tenait en très-grande partie pour les sections, se rassemble autour de l'Arsenal; au contraire, les compagnies d'ariilterie dévouées à la municipalité bivouaquent avec leurs pièces sur la place des Terreaux, prêtes à défendre la maison commune contre les sectionnaires. Pendant que chacun s'observe, un peloton de gardes nationaux qui se rendait à l'Arsenal est accueilli au passage par des coups de fusil partis de l'hôtel de ville. Les sections crient au guet-apens et donnent l'ordre d'attaquer la place des Terreaux de trois côtés différents. De ces trois colonnes, deux sont repoussées avec des pertes considérables; mais la troisième, sous les ordres d'un apprêteur d'étoffes, nommé Madinier, qui vient d'être improvisé commandant général, pénètre^ en dépit d'un feu très-vif, jusqu'au milieu de la place, s'empare des canons de la municipalité, les tourne contre l'hôtel de ^le et envoie deux volées à mitraille dans la façade. Il n'en fallait pas tant pour amener à merci la Com-

mune et ses adhérents. C'est le représentant Gauthier qui se charge de pariementer en leur nom. On s'empresse de le conduire à l'Arsenal, où sod collègue Nioche l'avait déjà précédé. Tous les deux désavouent la signature qu'ils ont apposée au bas du fameux arrêté du ik mai; tous les deux couseoteot à la suspension du Conseil général de la Commune et reconnaissent l'autorité des sections.

Le lendemain, au point du jour, Hadinier prraiait possession de l'hôtel de ville évacué durant la nuit par , sfô dérenseurs. Son premier soin est de faire arrêter le maire Bertrand et son ami Châtier. Puis les vainqueurs constituent une municipalité provisoire sous la présidence de l'ancien maire Gilibert, et des députés extraordinaires sont envoyés à la Convention pour lui demander: l' la con&rmatioD des arrêtés pris par le Conseil général du département d'accord avec les sections; 2° le rappel des deux représentants du peuple qui, dans le conflit, ont fait preuve d'une partialité révoltante en faveur des démagogues, et sont responsahles du sang versé.

En même temps , des services solennels sont célébrés dans toutes les églises de Lyon, « en l'honneur des citoyens morts pour la défense de l'ordre et de la liberté ». A l'un d'eux l'évêque constitutionnel Lamoui«tte prononce, dans la métropole de Saint-Jean, l'éloge funèbre des victimes *.

1. Les démagogues ne pardonnèrent pas à LamonraUe de 1*61» déclara conlre eux d'une manière aussi éclatante. A^h^ le siigB de Lyon il tut arrêté, conduit à Paris, traduit au Tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté. Il figure sur la liste générale des guillotinés sons le ii> 189 etEiladateduSt nivteeaail (U janvier 17M).

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Sur ces entrefaites arrive à Lyon la DOUTelle des événements du 2 juiu. Il est aisé d'en concevoir l'effet. Les . autorités récemment établies déclarent ne plus reconnaître comme l'expression de la volonté nationale uue assemblée mutilée par ta proscription de trente-deux de ses membres. Robert Lindet, envoyé à Lyon par le Gomité de salut public, pour aviser à détruire dans leur germe ces velléités de résistance, se voit éconduit par les vainqueurs du 29 mai. De retour à Paris, il se contente de faire rendre par ta Convention ud décret qui met sous la sauvegarde de la loi et des autorités constituées les citoyens arrêtés à Lyon dans les derniers troubles.

Malheureusement les passions étaient déchaînées de part et d'autre. Il ne dépendait plus des nouvelles administrations locales d'arrêter le cours de la réaction, et celle-ci devait être d'autant plus violente qu'on venait de subir trois mois de brutale oppression. Le royalisme travaillait d'ailleurs à se pousser sous te manteau de la Gironde. Il n'y a pas à s'ea étooner. La résistance appelle la coalition, et eu présence des excès de la Montagne, qui pourrait faire un crime aux Girondins d'avoir accepté l'appui des royalistes, pour mieux combattre la démagogie?

Un membre de l'ancienne municipalité, Santemoucbe, fut la première victime de ces fureurs aveugles qui, dans nos troubles civils, ont tour à tour souillé le triomphe de tous les partis. Arrêté le 29 mai, il venait d'obtenir son élargissement sous caution, lorsqu'il est reconuu

Nous doanoDB, à la fin de ce volume, l'inlerrogatoire que Bubit I^monrqLLe quelques joura avant de comparallre au Tribunal révclotigODiire.

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dans UD café et assailli par des seclionnaires. Pour échapper à leurs atteintes, il se précipite, déjà blessé, dans le Bhdne; ses enneinis l'y adièvent à coups de pierres. Cela se passai! le 27 juin. Aucune poursuite ne fut dirigée contre les auteurs de ce meurtre. Quelques jours après, l'assemblée départementale se constituait sous le titre de Commission populaire et républicaine de lalut publie du département de Rhône-et-Loire^ et s'installait à l'hôtel de ville.

Deux membres de la GonTenlion, Birotteau et Cbasset, qui étaient parvenus à s'échapper de Paris et à gagner Lyon, se mirent à la tète du mouvement. Birotteau était arrivé le premier, et, sur sa proposition, la Commission départementale rend, le k juillet, l'arrêté suivant qui est en même temps son manifeste : « Le peuple de Rhône-et-Loire déclare qu'il mourra pour le maintien d'une représentation nationale républicaine, libre et entière, mais que, jusqu'au rétablissement de l'intégrité et de la liberté de la Convention, il considère comme non avenus tous les décrets postérieurs au 31 mai, et qu'il va prendre des mesures pour la sûreté générale, n

De ces mesures, la première est une expédition sur Saint-Étienoe, où se trouvaient dix mille fUsils entièrement neufs. Deux représentants du peuple surveillaient dans cette ville la fabrication des armes à feu. L'un, Lesterp-Beauvais , appartenait à l'opinion modérée; l'autre, Noël Pointe, faisait partie de la Montagne. A l'arrivée des Lyonnais, Noël Pointe s'esquive; Lesterp- Beauvais demeure à son poste, et semble approuver par

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