‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 28 sur 165 · LIVRE XLllI. tS · texte numérisé non relu

LIVRE XLllI. tS

liste; il s'était engagé à le Taire en trois jours, it y mit sii semaÏDes. Celait Saint-Just, l'ennemi le plus iiréœDciiiabie de la Gironde, qui s'était chargé de prouTer d'une manière irréfutable le' crime des vaincus, Viogt fois recommeDCé et remanié, son réquisitoire oe fut prononcé que le jour où le Comité * se crut en mesure d'agir de vive force contre 1^ révoltés de l'Eure et du Calvados. Les mérites de l'œuvre ne trahissent guère le labeur qu'elle avait coûté; c'est une amplificatioD pauvre, iocdiéreate et déclamatoire ; les faits n'y sont

< Le comniandaiit géoéral est chargé de la lerée; les danls LeTàvre et Boulanger commanderoat l'expédition.

• T Juillet 1703.

< Citoyens, ( J'apprends que l'on exagère le nombre des rebelles des déparlemeots de l'Eure et du Calvados ; c'est une perlîdie.

• Le danger n'est pas dans le nombre des révoliés actuellement BiisUnt, mais dans la possibilité que leur rassemblement ne devienne, comme celui de la Vendée, plus considérable par votre inaction.

( Citoyens, la raison et l'expérience, l'bamanité et le patriotisme doivent également nous Taire accélérer ce secours.

I Partons donc sang tant délibérer ni sur les formes, ni sur les ■Qtcts circonstances; partons, Je vous en conjure, au nom de la Patrie.

« Le maire de Pari»,

• Pacue. ■ ^ Va examen attentif des registres du Comité de salut public nous t permis de constater : 1* que Saiot-Just fut nommé rapporieur le 16jnin; S" que la première édition de son rapport fut lue au Comité dBS4 juin; 3° que le rapport fut discuté pendant plusieurs séances consécutives; 4* qu'il ne fut déGnitivement adopté que le Sjuillet m matin, le jour même oA son auteur l'apporte à la tribune de la Convention!

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tî6 HISTOIRE DE LÀ TERRBDR.

pas même exposés avec ordre el logique; le taleot n'en est pas moins absent que la vérité '.

Saint-Just demandait en somme à la GooTeDlion :

)' De déclarer traîtres à la patrie Buzot, Barbaroux, Gorsas, Lanjuioais, Salles, Louvet, Bergoing, Birotteau, Pétion, coupables de s'être soustraits par la fuite au décret d'arrestation rendu contre eux et d'avoir fomenté la rébellion dans les départements de l'Eure, du Calvados et de Rhdne-ei-Loire ;

2" De décréter d'accusation Gensonoé, Guadet, Vergniaud, Mollevaut et Gardien, prévenus de complicité . dans les mêmes complots;

3° De.rappeler dans son sein Bertrand et les autrœ députés plus trompés que coupables.

L'Assemblée n'osa pas adopter immédiatement ces ' conclusions. Elle vote l'impression du rapport, et en ajourne la discussion à une époque indéterminée.

La séance du lendemain, 9 juillet, fut maïquée i^ar un incident qui montre combien la tyrannie de la Montagne, après six semaines d'oppression, tmuvait encoro de résistance dans la droite, et quel courage les Girondins, même les plus obscurs, savaient déployer au l>esoi:i pour affirmer leurs opinions et protester contre ta piosci'ipiion de leurs amis.

Jean-Bon-Saint-André venait de rendre compte du lucuvemenl fédéraliste de Montpellier. Il s'était cri'« dans celle ville un Comité de salut public qui pactisait

i. Noua renoDCons i dooner l'analyse de ce pitoyable morceau. Le lecteur carieus le irouvera auK a" 199 et 100 du Honiteur.

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avec tes autorités rebelles de l'Eure, du Calvados et de la Gironde; soo premier acte avait été d'inllmerà tous tes membres de la Couveutiou l'ordre de se constituer . prisonniers au chef-lieu de leiu^ départeaients respectifs pour être jugés par un grand jury Daliona).

A la lecture de celte pièce, des applaudissements partent de la droite. Les Montagnards indignés couvrent aussitôt de leurs murmures ces bravos audacieux. Chabot s'élance à la tribune, et, déiiignant du doigt les bancs où siègent les téméraires approbateurs : «. Voilà, s'écrte-t^il, les conspirateurs qui ont dicté ces mesures ' tibertictdes. La ConvealiOD va sévir rigoureusement contre les perBdes qui les ont a'doptées; mais le pourrat-elle avec justi(.'e, si elle ne commence pas par punir ceux qui applaudissent aux complots ? C'est par ces iodigues collègues qu'il faut commencer la puriRcation... Je demande que le citoyen qui vient d'applaudir, et dont . je m'honore de ne pas savoir le nom, soit envoyé à l'Abbaye. »

Le membre accusé monte à la tribune; c'est Couhey, député des Vosges. Jusqu'à ce jour il n'avait pas pris la parole dans le smn de l'Assemblée, et il était fort peu connu, a Tout homme, dit-il, a droit de manifester son opinion par la parole ou par des signes d'approbation ou de désapprobation. Gomme représentant du peuple, j'ai plus que loutauire le droit de manifester la mienne avec la plus grande liberté. Eh bien, je le déclare, mon vœu est conforme à celui de l'arrêté qu'on vient de lire, et, au nom de la souveraineté du peuple, je trouve juste que les députés, à leur retour dans les départements,

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soient soumis au jugement légal de leurs coocitoyeng. Je convertis en motion la demande des habitants de HoDtpellier, et j'insiste d'une manière expresse pour que la Convention adopte ma proposition, a

« C'est par un mensonge, répond Lacroix, que Couhey entreprend de se justifier : il a tronqué la disposition contre-révolutionnaire à laquelle 11 a applaudi ; il n'a pas dit que cet arrêté émanait d'un Comité se disant de salut public qui, dans le département de THérauU, prétend Taire à lui seul des lois pour toute la République. Cet arrêté, fût-il bon en lui-même, est coupable parce que les gens qui l'ont pris n'avaient pas le droit de le prendre. Je fais 'observer que, lorsque le Comité de salut public présenta le projet de constitution, on proposa en effet de laisser aux assemblées primaires le droit de juger leurs députés après la session ; mais cette proposition, appuyée par le côté droit, fut vigoureusement combattue par la gauche parce que les assemblées primaires, n'étant qu'une portion du Souverain, n'ont pas le droit déjuger des représentants de la nation entière. Le mépris du décret par lequel vous avez rejeté cette proposition est un délit de plus de la part du député qui a applaudi, au moment où l'on vous dénonçait un Comité composé de contre-révolutionnaires, comme ceux qui siègent là, — l'orateur montre le côté droit, — qui prétendent faire des lois au nom de quelques séditieux, et ne pas obéir à celles qui sont faites au nom du peuple entier. Vous ne devez pas faiblir devant ceux qui s'annoncent leurs complices. Je demande que, pour eo donner UD grand exemple, le membre qui a applaudi soit

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eoToyé pour trois jours à l'Abbaye, et que le décret lui soit immédiatement signifié par ud huissier, n

Cette proposition est adoptée, et un instant après elle est notiQée à Gouhey. Celui-ci veut faire observer que le décret n'est pas motivé ; sa voix est étouffée par le bruit. Il insiste; la gauche demande que, s'il refuse de se soumettre, il soit décrété d'accusation.

u Encore une fois, président, dit Gouhey, donnezmoi la parole!

— Point de parole, hurle la Montagne; l'exécution du décret !

— C'est la tyrannie la plus atroce,» s'écrie Guycmard.

Des murmures accueillent celte courageuse exclamation. Pendant cette scène, Gouhey a quitté son siège. Avant de sortir, il essaye encore de parler, mais de nouvelles vociférations l'interrompent. Le député des Vosges se relire enfin, aux trépignements des tribunes, lîères

, de leur intolérance et de leur pouvoir souverain '.

1. Couhey se reodit lout de suite en prison, ainsi que l'atleete le certiScBt qu'il se fit délivrer par le gedlier en cher de l'Abbaye. ■ PrlMD de rAbtwye , 10 JuiUet 1703, sD II de la Bdpubltque.

■ Le citoyen Couhey, députa ï la Convention nationale, s'est rendu hier 9, à quatre beures-et demie, es dites prisons, pour y être dét«nu pendant trois jours, suivant l'ordre da décret dont lui-même était porteur.

■ DuLkvnQiiEtiiE, gregier-coTtcierge. »

Coabey etGayomard, qui, dans la sésncedu 9 juillet, protestèrent d hardiment contre la tyrannie de la Montagne, avaient déjï donné tntériflurement une preuve de courage en votant, lors du procès de Louis XVI, pour l'appel au peuple et U détention. Ils survécurent l'oD et l'antre à la tempête révolutionnaire. Après le 18 brumaîi«,

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HISTOIRE DE LA TERREtJIt,

Que devenait pendant ce temps l'insurrection de la Normandie ? Malgré les efforls des commissaires envoyés par l'Eure et le Calvados dans les départements voisins, elle s'était fort peu étendue. La Seine-Inférieure, t'Orne, n'avaient fait aucune démoDSIration ; les autorités de la Manche avaient paru d'abord disposées à se joindre au mouvement; mais, miîies en demeure d'arrêter deiu représentants en mission à Cherbourg, Prieur (de la Marne) et Lecointre (de Versailles), elles reculèrent devant cet acte audacieux. La ville de Caen elle-même, où était établi le quartier général des révoltés, ne lémoigoait pas d'un grand zèle; son contingent, augmenté des recrues de Vire et de Bayeux, n'excédait pas six cents hommes. Cette tiédeur tenait en partie à l'attitude plus que singulière des chefs naturels de l'insurrection, c'tôt-à-dîre des députés réfugiés à Caen.

Dans les premiers jours de juin, ces députés étaient au nombre de neuf; k la fin du mois on en comptait dix-sept *. Les autorités du Calvados leur avaient fourni

Cottbey fut nommé conseiller 6 la Conr d'appel de Nancy. Gufomard rentra dans la vie privée et so relira à Guîngamp, sa ville natale.

4. Les premiers arrivés étaient Buzot, Barbarouz, Cussy, Henri ta Biviére, Lesage (d'Eure-et-Loir), Salles, Bergoing, Delahaye e> Duval.

Les nouveaux venus étaient Guadet, Louvet, Pétion, Kervélégan, Hottevant, Giroust, Valady et Ueillan.

Les mémoires de Louvet, de Meillan et de Pétion nous font connaître les épisodes de la fuite de plusieurs de ces proscrits. Celte

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