LIVRE XLl
mioer. On vient, par exemple, d'intercepter une lettre adressée de Marseille à Barbaroux, laquelle déroule les projets les plus afTreux. Dans cette ville ronctionne un tribunal de sang qui incarcère arbitrairement les amm de la Révolution, qui ne juge pas, mais qui assassine les patriotes. Les événements de Lyon présentent le même caractère que ceux de Marseille. Je demande donc qu'on s'en rapporte à la sagesse du Comité de salul public. Il faut lui laisser le temps de rassembler toutes les correspondances liberticides des représentants dénoncés avec leurs départements. D'ailleurs, si vous lisiez chaque jour à cette tribune les lettres des trente-deux députés détenus, vous perdriez toutes vos séances, et ceux-ci, après vous avoir amusés pendant sept mois de disputes et de déclamations, viendraient encore vous assiéger de plaintes continuelles pour vous détourner de vos travaux. »
Si bas qu'elle fût tombée, la Convention ne pouvait cependant applaudir à tant de cynisme. Après une première épreuve déclarée douteuse, il est décidé qu'on achèvera de lire la lettre de Vergniaud.
n Si je suis coupable, disait en terminant le député de la Gironde, j'offre ma tête en expiation des trahisons dont je serai convaincu ; mais si mes dénonciateurs ne produisent aucune preuve de leur accusation, je demande à mon tour qu'ils aillent à l'écfaafaud :
a l' Pour avoir fait assiéger la Convention par une Force armée qui, ignorant les causes de ce mouvement, a failli, par excès de zèle, opérer la contre-révolution ;
« 2" Pour avoir mis à la tête de cette force armée
un commandant qui a Tiolé par ses consignes lo liberté de l'Assemblée;
« 3' Pour avoir provoqué par violence l'arrestation ou la dispersion d'un grand nombre de représentants du peuple;
fl ft" Pour avoir, par l'impulsion terrible donnée au peuple de Paris, jeté dans les départements les germes des discordes les plus funestes et les brandons de la guerre civile ;
n 5° Enfin pour avoir retenu îi Paris les bataillons qui devaient aller en Vendée. »
A ce vigoureux réquisitoire, la Montagne laisse éclater de nouveau ses colères. La droite, qui, pour la première fois depuis le 2 juin, voit ses bancs un peu plus garnis, demande timidement qu'on imprime la lettre et qu'on l'insère au Bullelin. Les invectives de la gauche accueillent celte proposition :
n C'est donc, dit Legendre, pour que ces lettres soient mises dans les journaux qu'on les envoie ici !
. — C'est pour allumer la guerre civile, n ajoute Thuriot.
L'ordre du jour est mis aux voix et voté. Aussitôt un grand nombre de membres de la droite se lèvent et quittent la salle. Bourdon (de l'Oise) les désigne du doigt, en s'écriant : « Ces messieurs, vous le voyez, ne sont venus ici que pour jeter le trouble dans l'Assemblée ; ils se retirent au moment même oii vous allez entamer la discussion de lois utiles. Je demande que leur conduite soit constatée au procès-verbal. »
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Doulcet avait dit vrai : le Comité de salut public n'avait pu obtenir, soit de la GomDnuue, soit du Comité central révolutionnaire, aucane pièce de couTiclioD contre les membres inculpés < ; bien plus, à ses demandes il n'avait reçu que des réponses dérisoires*. Dépita de
1. Voir an Moniteur, n" 60, la lettre de Harquet, président du Comité central révolutionnaire.
i. Toici notamment la eorrespondance échangée entre le Comité de nlut public et la municipalité, kTocCBaion de> bataillons de voloi^ laires casernes k Bueil et à Courbevoie, qui avaient joué un grand râle dans l'émeute du 3 juin.
COMITÉ DB 8ALUT pnBblG.
SteBce du 4 Jnia.
/VrfMMU.-Cambon, Gayton, Bartra, Liodet, Lacroix, Treilbard, Danton.
t Le Comité a arrêté de demander an ministre de la j^Arre par quel ordre les rolontaires casernes i Rneli et b Courbevoie w unt rendus à Paris, dimanche dernier 1 juin, et pourquoi ils ne partent pas pour leur destination à la frontière ou à la Vendée; il a élé arrêté en outre que ces troupes seront envoyées sur-le-cliamp à Brest, s
COKHtlfB DK PAB18.
Le 5 Juin 1793, l'an 3' de la République rronçaise. Colonbeeu , lecrétairc-greffier de la Commune de Paris, f Au Ciloyen Deforgues, adjoint au ministre de la guerre.
« Citoyen, ■ Le citoyen Hiire me remet â l'inUant votre lettre de ce joar relative an volontaires cazeméa fa Courbevoye et ft Ruelle qui te aont
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It HISTOIRE DE LA TERREUR.
tant d'arrogance, il conçut un instaot la pensée de secouer la t^xannie de la Commune et de rendre la Convention à elle-mênoe en lui faisant entrevoir le triste abaissement de son rôle. La lentalive était délicate. Le Comité conQa la rédaction de son rapport à la plume du souple Barère. Celui-ci composa, pour la circonstance, an morceau qui peut être considéré comme le chefd'œuvre du genre inauguré par ce caméléon politique. Chaque phrase y est il double entente, chaque proposition a sa contre-partie. Le rapporteur du Comité décerne des éloges aux hommes qui ont préparé les événements du 2 juin, et il propose en même temps de briser tes pouvoirs dont ils se sont emparés ; il exalte le courage montré par la Convention dans cette journée, et il reconnatl un iostant après qu'elle s'est laissé dominer par des individus sans autorité et sans mandat; il lance également ses anathèmes sur les violents et sur les modérés, sur les démagc^es et sur les fédéralistes; il a des tristesses patriotiques; il déplore les outrages faits à la représentation nationale, mais il les déplore en les excusant ;
rendus dimanche dernier ï Paris. Déjà le clloyen Maire a rendu compte au Comité d*: salut public des molifs qui ont occasionné ce déplacement : ia Commune de Paris remet un dra[<eau h chacun des bataillons parisiens qui partent pour la Vendée. Le hatjiillon cazerné à Courbevoye et è Ruelle s'est, comme les autres ont fait précédemroent, rendu à la maison commune de Paris dimanche dernier, et a reçu son drapeau du Conseil général de la Commune. Il ne lui a été remis qu'à trois heures après midi, ce qui a pu relarder sa rentrée à la cazerne. Ces motifs sont les seuls qui aient pu occasionner la marche du bataillon en question, et la Municipalité ne pourra vous donner à cet égard aucun autre renseignement. ■
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il vante le règne des lois, puis il justifie leur violation ; eufiD, après avoir, sous le voile de mille rcticeuces, exposé toutes les misères dans lesquelles la Convention s'est traînée depuis le début de l'iasurreclion , il termine ■ par un appel à la postérité, qui n'hésitera pas à décerner ses belles couronnes aux vertus civiques déployées eu cette occasion par les représentants du peuple. » n Qui oserait, s'écrie le misérable rhéteur, qui oserait apprécier déjà les suites du mouvement du 2 juin ? Qui, parmi nous, en connaît les rapports secrets et les motirs réels? Je dirai seulement que tes faits inopinés d'un jour trop mémorable ont aOligé les cœurs des hommes libres sans les avoir découragés ni ébranlés... La journée du 2 juin a Tait sur quelques esprits, et peut avoir fait sur des citoyens éloignés, une impression dont votre fermeté ne doit pas craindre les suites, mais qu'il est de votre devoir de prévenir. Là où les amis ardents de la liberté n'ont vu qu'une erreur de la force, des citoyens alarmés ont cru voir un dessein formel d'attaquer les droits du peuple... Le Comité de salut public a dû apprécier les événements...; il a pensé que le ressort de ta souveraineté nationale, comprimé un instant, devait reprendre toute son élasticité, que l'ordre devait renaître de l'excès des maux, que le respect dû au légidateur devait s'établir sur les ruines du système d'avilissement trop longtemps toléré, et que les comités révolutionnaires devaient disparaître alors qu'ils cessaient d'être utiles, alors qu'ils pouvaient nuire a la liberté civile et attenter à la souveraineté nationale. »
Après avoir établi que ces comités de surveillance,
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M qu'an orage a créés, » ne sont plus « que des înstrumenls d'aDarchie et de vengeance, dont les autonlés constitaées ont assez longtemps toléré l'existencei » après avoir montré que le véritable « Comité révolationnaire, » c'est l'Assemblée, le rapporteur ajoute :
n C'est à la Convention à ne jamais descendre de la place éminente où la puissance nationale l'a établie; c'est à vous à diriger la force publique, pour l'appliquer non à des caprices particuliers ou k des projets de parti, mais aux volontés nationales. Que serail-<:e qu'une assemblée nationale qui, placée comme un dépdt sacré au milieu d'une des communes de la République, ne serait obéie de personne, verrait à ses côtés fies autorités subordonnées se paralysant elles-mêmes ou paralysées par des mouvements qu'elles ignorent ou qu'elles tolèrent? Que serait-ce donc qu'une assemblée au milieu d'une force publique commandée par àes bommesqu'elle ne connatt pas ou soldée par un pouvoir inconnu aux lois?
0 Que les lois soient désormais plus fortes que les armes, que la nation soit plus puissante qu'une de ses sections, que dès ce moment la réquisition de la force armée soit placée dans vos mains, que votre réquisition plus énei^ique, plus pleine que toutes les autres, les fasse cesser à l'instant : c'est à ce signe de la puissance légitime et suprême que la France reconnaîtra ses mandataires.
<i En retenant tous les pouvoirs que la Convention possède par l'objet de son établissement et par ses mandats illimités, vous vous occuperez d'abord de l'état de
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