‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 30 sur 165 · LIVRE XLllI. Ul · texte numérisé non relu

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néanmoins de rejeter la responsabilité sur quelques meoeurs, et, après avoir longtemps tenu ses auditeurs entre la crainte et l'espérance, il leur annonce que la ville ne perdra aucun des établissements dont elle a joui jusqu'à ce jour. Aussitôt les poilriaes Ée dilatent, los cœurs s'épanouissent, les applaudissemeols éclatent, des pleurs de joie et d'attendrissement coulent de tous les yeux. Rassurés sur leurs intérêts matériels, les Ëbrolciens ne se mettent pas en peine du reste : que leur importe à présent une défaite où ils n'ont laissé que rhonneur et la liberté ' !

L'armée parisienne resta quelques jours à Évreux ; (HL hésitait à pousser plus loin ; on attendait des nouvelles du Calvados, des ordres de Paris '. Pendant ce temps, Wimpfen était accouru de Gaen à Lisieux. Pour se soustraire à l'immense responsabilité qui pesait sur lui, il convoque dans chacun des principaux édifices de cette ville les divers corps de sa petite armée et les appelle à délibérer sur les mesures à prendre dans les conjonctures où l'on se trouve.

1 . Si les deux cenires de l'iiiBurreclion QQimande, Évreux et CsM, ne lurenl pas le théAtre d'exécutioDS sanglanlea, ce fut, il le Taut reconnaître, grice il la modéralion de Robert Uodet, qui aul profiter de sa réputation de fougueux montagnard pour épargner à ees compatriotes les borrenrs du terrorisme. — Obligé, par la lâche que nous aona sommes imposée, d'étaler au grand jour les crimes des vainqueurs du 1 juin, noua sommes heureux de pouvoir tain une exception en faveur du p&ciK:ateur de l'fiure et du Calvados.

2. Noos donnons aux Pièces jiutificalivet trois lettres de Bnine^ qui sont adressées b son ami Vincent, slors secrétaire général du ministère de la guerre, et qui nous initient au véritable état de dioses.

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fi! HISTOIRE DE LA TERREUR.

Le batailloQ du Morbihan est le premier consolté; il déclare oettemeot qu'il veut se retirer dans ses foyers , et laisser à chaque département le soin de ee défeodre isolément comme il l' entendra. Les bataillons d'Ille-et- Vilaine et du Finistère annoncent les mêmes intentions. Il n'y avait plus dès lors qu'à évacuer Lisieux : c'^t ce que' Wimpfen s'empresse de faire. A ces nouvelles, le Comité central de résistance décide de se transporter à Rennes et invite les bataillons fédéralistes à regagner leurs départements respectifs.

Les administrateurs du CaWados, restés seuls, font au plus vite leur soumission. On remet solennellement en liberté les deux représentants arrêtés depuis le 10 juin, Romme et Prieur (de la Câte-d'Or). Les assemblées primaires, réunies en toute bâte, acceptent avec enthousiasme la Constitution; chacun désarme, et bientât il ne reste plus trace de rébellion. Quant aux députés, mis hors la loi et abandonnés de tous, ils demandent l'hospitalité au bataillon du Finistère, et ils s'éloigneut de Gaen sous des habits militaires d'emprunt, résolus à parcourir par étapes la longue distance qui les sépare de Quimper, car c'est là seulcmentqù'ils espèrent trouver un asile. Kervélégan , parti en avant, leur a répondu de ses amis du Finistère.

Mais les mauvaises nouvelles vont plus vite que les troupes en marche. Les députés girondins sont précédés en Bretagne par l'annonce de la soumission de la Normandie. A leur arrivée, ils ne trouvent plus aucun corps de troupe pour les défendre, aucun centre de résistance pour les accueillir, et ils sont réduits à se cacher jus-

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qu'an moment où traqua sans relâche, ils repreadront le coure de leur pénible odyssée'. L'échafaud ou le suicide les attendaient pour la plupart au bout de la route.

Telle fut la fin de l'insurrection normande. Jamais prise d'armes plus éclatante n'avorta d'une manière plus misérable; jamais panique d'arant-garde n'eut d'aussi graves ccmséquences. La déroute de Pacy eut un immense retentissement par toute la France ; elle démoralisa le parti de la Girondeet, dumême coup, assura le triomphe de la Montagne.

Pendant que l'insurrection de la Normandie était si bcilement et si vite réprimée, le soulèvement de la Vendée opposait à la Convention la plus longue et la plus glorieuse résistance. Devant ce contraste, l'historien a le devoir de rechercher pourquoi , dans l'Ouest, des paysans armés de fourches et de pieux se précipitent en foule à la gueule des canons; pourquoi, danste Nord, de rares volontaires péniblement recrutés se débandent k ta première volée d'artillerie qui passe par-dessus leur tète; pourquoi les uns, dans ces perpétuels combats de géants dont parle Napoléon, font reculer les troupes

1 ■ U Coarealion avait luicé sar leur piste le plus cruel de ses limiers. Carrier, qui se prépara dans cette missioa an râle sanglant qa'il remplit à Nantes quelques mois après. La lettre qu'il adressa à la Convention poar lai aunoucer son arrivée è Caen, se trouve au MomleurAa 6 ao&t 1793, n* «8. Ou y litceUe phrase: c Ça va t ça va! et dans quelques jours ça ira encora bien mieux. Le peuple revietat de ses illusions par la propagation des vrais principes qui doivent fonder la liberlé et son bonheur. ■ On sait comment Carrier il la liberté et le bonheur du peuple.

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m HISTOIRE DE LA. TERREUR.

les mieux disciplinées et les soldats les plus aguerris; pourquoi les autres, dès la première reocontre, renonceat à souteoir une lutte qui n'a pas mêuie été conimencée. La différence des caractères, la lenteur des préparatifs, la division des Giroadins, les accusations de fédéralisme portées contre eux ont tour à tour été invoquées pour expliquer l'insuccès de l'année normande. Tout cela est vrai , mais tout cela aussi est dominé par une raison plus générale et plus haute. Pour pénétrer les masses, il faut des idées grandes et simples; généreuses ou perverses, elles poussent au dévouement ou au crime, mais seules iiUs produisent le mouvement et la vie. Or, la querelle engagée entre les Montagnards et les Girondins n'était, aux yeux du plus grand nombre, qu'une lutte de personne. Les deux partis déployaient également le drapeau de la République et ne semblaient m désaccord que sur des détails ^secondaires. Qu'importait aux populations normandes que cette République procédât d'Athènes ou de Sparte, que pour dogme religieux elle acceptât le scepticisme de Voltaire ou le déisme de Rousseau? Bien autrement ardentes et profondes étaient les questions qui soulevaient les habitants de la Vendée. Pour eux, il s'agissait de savoir si la religion de leurs pères serait abolie , si le prêtre qu'elles vénéraient leur serait arraché, si les églises bâties par la piété des siècles passés seraient souillées par les pratiques de ces intnu qu'un régime odi^ix voulait leur imposer.

La foi qui transporte les montagnes, l'enthousiasme qui enfante les héros» armaient tous les bras, enilam-

maient tous les cœurs sur les bords de la Sèvre el de la Loire. De cette foi, de cet eothousiasme y avait -il la moindre étincelle daos la petite troupe qu'avaient raco- L-e avec tant d'elîorts et st peu de succès les autorités iasuiTectioDDelles de l'Eure et du Calvados?

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CQABLOTtE COHDAY.

Depuis six semaioes, les deux partis giroodins et montagnards étaient en préseoce. Les départements envoyaient à l'Assemblée des adresses de plus en plus violentes; la Gocvention y répondait par des décrets de plus en plus acerbes. Des deux côtés on a'osait engager le combat, tout en s'y préparant. La Montagne n'avait pas encore vaincu à Pacy-sur-Eure; elle hésitait sur la conduite qu'elle devait tenir, lorsqu'un événement imprévu vint surexciter tout à coup les colères des démagogues et précipiter le dénoâment.

Le 13 juillet au soir, le bruit se répand dans Paris que Marat vient d'être assassiné. Comment? Far qui cet attentat a-t-il été exécuté?

Od se rappelle sans doute la revue qui avait eu lieu à Caen, le 7 juillet, et où dix-sept volontaires seulement étaient sortis des rangs de la garde nationale pour entrer dans les bataillons destinés à marcher sur Paris*.

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