LIVRE XLl
en éiat d'arrestation par le décret du 2 juin, un égal Donibre de députas choisis parmi les membres de la ConvenlioQ, pour y demeurer comme otages.
« Le présent décret sera expédié séance tenante et envoyé au ministre de l'intérieur, qui le fera exécuter sans délai . >>
Malgré toutes les circonlocutions dont Barère avait enveloppé la pensée du Comilé de salut public, ses conclusions parurent trop hardies. Elles atteignaient directement le Comité révolutionnaire et son cabinet noir, Heoriotetson état-major, c'est-à-dire, les auteurs encore tout- puissants du 2 juin. La proposition d'envoyer des otages dans les départements fut surtout très-peu goûtée de la Montagne. Celle-ci, qui se voyait appelée, d'après le rapport, à faire ies principaux frais de ce sacrifice héroïque, ne se sentait aucune propension à donner à ses adversaires celte preuve de générosité, à la postérité cet exempte de grandeur d'âme. Aussi, ni Danton, ui Couthon. ni aucun autre membre du Comité de satut public ne vint, en dépit des solennelles assurances de Barère, renouveler k la tribune cette proposition digne des plus beaux temps de la république romaine. Les auteurs de la motion furent les premiers à reconnaître l'anachronisme auquel les avait entraînés quelque souvenir d'érudition classique. Dès qu'ils purent craindre d'être pris au mot par une Assemblée
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trop Daïve, ils décIinèFent prudeoimeDt la mission périlleuse dont ils s'étaient réservé l'honoeur. L'appel de Barère au geore humain resta, en dérmitive, un stérile et ridicule mouvement oratoire.
Le président Mallarmé saisit la première occasion de traduire à cet égard les sentiments des Montagnards ses collègues. Une députation des citoyens d'Angers, partie de cette ville avant les événements du 2 juin, venait d'être admise à la barre. On ignorait sans doute le but de la pétition qu'elle apportait. Or cette pétition exprimait en termes énergiques l'indignation dont les Angevins avaient été saisis en apprenant que certaines sections de Paris appelaient la hachesur la tête de plusieurs représeatants du peuple.
« Les citoyens dont vous parlez, répondit Mallarmé, ne sont pas sous la hache des proscripleurs ; ils sont sous la sauvegarde des lois et de la loyauté des Parisiens. On leur a offert des otages, ils ont refusé. » C'était généraliser d'une manière odieusement perfide, on le voit, la réponse personnelle que Barbaroux. avait faite le 2 juin à cette proposition des otages, lorsqu'elle avait surgi pour la première fois '.
Le mauvais vouloir de la Montagne devint encore plus évident lorsque, le 8 juin, l'ordre du jour appela la discussion du projet présenté l'avant-veille par Barère. La droite avait résolu de le soutenir, car il lui donnait une demi-satisfaction ; aussi l'Assemblée était-elle plus nombreuse que de coutume.