‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 6 sur 165 · LIVRE XLl · texte numérisé non relu

LIVRE XLl

C'est UD montagnard, Thuriot, qui ouvrit le Teu contre le projet. « Beaucoup d'orateurs, fait-il observer, soDt inscrits pour le combattre; nul ne paraît disposé à le soutenir. Il convient <}ès lors de prononcer le renvoi au Comité, qui présentera de nouvelles vues à l'Assemblée.

— Il s'agit, répond Ducos, d'une mesure de salut public; ce n'est pas le moment de faire de longs discours, c'est celui d'agir. Parmi les articles du projet de décret, il en est qui regardent essentiellement l'ordre et la tranquillité de la ville au sein de laquelle siège la Convention; ceux-là, 11 les faut discuter sur-lechamp...

— Ce sont précisément les plus dangereux, s'écrîel-on a gauche.

— J'obtiendrai peut-être plus de faveur de la part de ceux qui m'interrompent, réplique Ducos, si je rappelle les propres expressions du rapporteur. Luimême vous a dit qu*ii était temps que cette assemblée prît l'attitude qui lui convient. Au nom de notre dignité à tous, je demande donc qu'on discute sur-le-champ le projet du Comité, et que le rapporteur vienne à la tribune le lire article par article, n

Devant cette mise en demeure catégorique, RobespiOTTe n'hésite pas à intervenir dans le débat. Il sent qu'il lui faut empêcher è tout prix la discussion même d'une série de mesures qui, malgré les formes cauteleuses du rapport, sont évidemment dirigées contre ses amis de la Commune.

« Citoyens, dtt-il sur ce ton dogmatique qui lui était

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ordinaire, la sensation que la proposition dont il s'agit produit dans l'Assemblée, l'extrême intérêt qu'un certain parti semble y attacher, l'acharnement avec lequel on prolonge les séances, tout annonce que ce projet a réveillé de dangereuses impressions et pourrait troubler la tranquillité ici et ailleurs. Nous avons des trahisons à craindre dans nos armées; le feu de la sédition, loin de s'éteindre, semble s'allumer sur difTérents points de la République. Marseille, Lyon, Bordeaux sont en état de contre-révolution; l'émeute a ensanglanté ces villes, et sans l'insurrection simultanée d'un peuple immense, l'aristocratie ensanglantait Paris. La Convention ellemême a reconnu la légitimité et la nécessité de cette insurrection; c'était la suprême ressource d'un peuple ami éclairé de la liberté.

« Ce mouvement n'a eu aucun efTet funeste, il s'est accompli sans effusion de sang; d'après l'ordre qui règne dans la capitale, vous ne devez plus avoir d'inquiétude. Gardez-vous donc de ranimer à Paris les germes d'une guerre civile si heureusement éteinte. Au lieu de supprimer les comités de surveillance, les comités révolutionnaires, digues opposées par le peuple aux aristocrates, bornez-vous à faire une loi contre les étrangers, car il est souverainement impolitique, quand les puissances bannissent de chez elles tous les Français, de recevoir chez nous tout ce qu'elles nous envoient. Quant à l'idée des otages, je ne pense pas que personne ici la soutienne. Demandez donc à votre Comité de salut public de vous proposer des mesures sur les suites du décret d'arrestation prononcé contre certains mem-

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