‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 50 sur 165 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

ils sont décimés par l'artillerie de la divisioQ de Lucon, que son chef démasque à t'improviste et qui les mitraille à bout portant. Soutenus par l'énergie du désespoir, tes Vendéens reculent, maiâ reviennent à la charge. Enfin il faut céder et la déroute commence, impitoyable et sanglante. La nuit seule mit un terme à cette effroyable boucherie. De part et d'autre l^ pertes étaient immenses. Bonchamp et d'Ëlbée étaient frappés à mort et Kléber,dans sa seule division, avait tu tomber, le 15 et le 17 octobre, quatorze chefs de brigade, chefs de balaill(Hi ou officiers d'état-major, ses amis et ses compagnons d'armes de Mayeuce. Il est vrai que l'honneur de la victoire revenait à lui seul. Les soldats de Chalbos avaient fui dès le commencement de l'action. Quant au général en dief Léchelle, on be le vit qu'après le combat.

La question était tranchée : il fallait quitter la Vendée et, sans s'arrêter à défendre Beaupréau, les vaincus courent d'une seule traite à la Loire. Le 8 octobre, ils passent le fleuve à Saint-Florent, emmenant avec eux comme aux siècles d'invasion leurs chariots, leurs boeufs, leurs femmes, leurs enfants et leur Dieu. Lescure mourant avait été placé sur une barque ; La Rochejacquelein pleurait ; tous étaient animés des plus tristes pressentiments. La mort attendait les fugitifs sur ce rivage où ilscroyaient trouver la délivrance. Comme Antée, l'armée vendéenne ne pouvait vivre qu'au contact du sol qui l'avait vue nattre et, semblable à une bande d'oiseaux sous l'aile de l'autour, ce tourbillon humain allait s'élever, s'abattre, rebondir, retomber, se

relever encore jusqu'à la chute finale qui devait les aaéaDtîr tous.

Aiosi finit victorieusement, mais sans gloire pour les armes républicaines, cette guerre de quelques mois. II n'y en eut pas de plus cruelleinent et de plus maladroitement conduite. Une tourbe immonde d'intrigants, de pillards et de poltrons en retarda le succès et ne put l'empêcher. La Convention vainquit malgré elle et avec la seule aide de ces généraux qu'elfe ne savait que soupçonner et proscrire.

Les représentants s'attribuèrent naturellement la victoire et, dans la joie du triomphe, écrivirent à Paris : n La Convention nationale a voulu que la guerre de la Vendée fût lei-minée avant la fin d'octobre ; nous pouvons lui dire aujourd'hui qu'il n'existe plus de Vendée. Une solitude profonde règne actuellement dans le pays qu'occupaient les rebelles. On ferait beaucoup de chemin dans ces contrées avant de rencontrer un homme et une chaumière, car nous n'avons laissé derrière nous que des cendres et des monceaux de cadavres'. »

Au même moment, dans un admirable élan de générosité et de miséricorde, Bonchamp, expirant sur les bords de la Loire, faisait grâce de la vie à 4,000 prisonniers républicains que 1^ Vendéens traînaient après eux.

Page 1