LIVRE XLV. 2H
on lisait qu'il Taudrail, ea cas d'iosuccès, se replier sur la rive gauche de la Durance. Dans l'état d'effarement où se trouvent les esprits, on prend cet avis pour un ordre, et l'éTacuatioD d'Avignon s'eflèctue si précipiiammeot, que les Marseillais s'éloignent de la ville au moment même où Carteaux, trouvant l'entreprise trop périlleuse, se préparait à donner le signal de la retraite.
La déroute d'Avignon était due surtout à l'incertitude du commandement; mais il restait à Marseille de grandes ressources en hommes, en matériel et en argent. De plus, Toulon venait de secouer le joug de la faction jacobine qui l'avait si longtemps opprimé, et promettait de joindre son contingent à l'armée départementale. Rien n'étaitdonc compromis. La Commission centrale, un moment abattue, le comprit; et, pour réparer sa faute, s'empressa d'appeler à la tête des (roupes un militaire éprouvé, le chevalier de Yilleneuve-Tourette, ancien lieutenant-colonel du régiment d'Artois infanterie. En même temps, elle donna l'ordre d'exécuter Ik sentences capitales que le tribunal populaire avait prononcées, pour bien montrer qu'elle entendait rester ferme en face du péril et p^^vérer dans la résistance.
Cependant de partet d'autre personne ne se pressait de reprendre les hostilités. Villeneuve s'occupait de rallier les fuyards et d'organiser ses recrues; Carteaux voulait attendre à Avignon les renforts qui lui étaient promis de l'armée de Lyon. Tel n'était pas l'avis des commissaires de la Convention. Ils sollicitaient Carteaux d'agir et exposaient, au Comité de salut public, dans le langage emphatique du temps, les dangers de l'inac-
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til HISTOIRE DE LA TERREUR.
ttoo et leurs efTorts pour en sorlir : « Nous sondâmes, disaient-ils, la Duraace dans l'étendue de vingt-cinq lieues, et nous la trouvâmes guéable dans bieo ^es endroits. Nous aperçûmes le Gard hypocrite, lout prètàse venger de la frayeur qu'il avait éprouvée au Pont Sainl- Es'prjt ; les Bouches-du-Rhdne empoisonnées et prèles à vomir de nombreux rebelles; les Basses-Alpes dominées par Marseille et le Var, grossi d'un (lot d"émigrés, dirigeant la contre-révolution contre les habitants des bords de la Seine. Nous aperçûmes surtout les pavillons anglais et espagnol prêts à profiter de nos divisions. » lis auraient pu ajouter qu'ils avaient mis en réquisition les populations des districts pauvres de Garpenlras et d'Arles, et qu'ils leur avaient promis le pillage. EI^Les représentants, dans leur impatience, avaient vu juste. Kellermann,déjà trop faible pour garder la frontière et réduire en même temps Lyon, n'envoya aucun secours, et Carteaux dut passer la Durance avec les seules lorces dont il disposait. Les Marseillais au coutraire avaient reçu de Toulon 800 hommes de troupes de ligne et un bataillon de garde naLionale avec lesquels ils occupaient Salon et étendaient leurs avant-posles jusqu'à Lambesc. Le plan que se proposait Villeneuve consistait à tenter un mouvement tournant sur Apt, afin de placer les républicains entre deux feux. Les deux partis se rencontrèrent à Cadenet, et la lutte s'engagea d'abord avec une extrême vivacité. Mais le commandant des Marseillais étant tombé mortellement blessé dès le début de l'affaire, leur résistance ne tarda pas à faiblir .(Comme à Avignon, CarLeaux était matUre des bau-
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leurs qui entoureQl la ville. Pendant la nuit, il rapproche soQ artillerie et, au point du jour, les Marseillais sont foudroyés dans 1^ rues de Cadenet. J^ conrusion se met dans leurs rangs, et ils se retirent en désordre, semant sur la route leurs morts, leurs blessés, et laissant aux mains du vainqueur leur chef expirant, trois canons, leurs munitions et leurs vivres'.
Il ne fallait plus songer à la diversion projetée. Le succès des armes de la Convention n'avait pourtant encore rien de définitif; les troupes de Villeneuve caotonnées à Salon étaient intactes et ses réserves, échelonnées de Lambesc à Âix, couvraient Marseille. Le véritable danger était dans tes ordres rigoureux du Comité de salut public dont les représentants pressaientl'exécation. Ils étaient résolus d'en Qniret ils donnèrent à Garteaux l'ordre de marcher sur Salon.
L'attaqueeut lieu le 19 août. Le combat durait déjà depuis deux heures sans avantage marqué de part et d'autre quand, tout à coup, les bataillons marseillais, postés sur la route d'Avignon, sont saisis d'une folle panique. Villeneuve essaie vainement de les arrêter; sa voix est impuissante et il est obligé de donner le signal de la retraite. Les 'pertes des deux côtés étaient peu sensibles. Les .Marseillais ne laissaient sur le teirain qu'une cinquantaine de morts, un canon et trois drapeaux; les républicains n'avaient eu qu'ua homme tué et trois blessés; mais les conséquences de cette affaire étaient considérables, car la route de Marseille se trouvait