‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 87 sur 165 · LIVRE XLVl. S · texte numérisé non relu

LIVRE XLVl. S

eo Dombre à l'ennemi, se déâatent d'elles-mèmeB et de leurs chers. Quant ît ces derniers, ils déclaraient que ' ce serait beaucoup si, avant le mois de septembre, on pouvait empêcher l'Espagnoi d'entrer en France.

Dans ces a>nditions, il devenait ui^nt de restreindre un périmètre d'action beaucoup trop étendu, puisque l'armée des Pyrénées avait à ta Tois à dérendre les montagnes de CoUioure, et à couvrir tes eûtes de la Méditerranée, depuis le cap de l'Abeille jusqu'à Aigles- Mortes, et celles de l'Océan, de la pointe de Cabestan h. l'embouchure de la Garonne. Le général Serran, qui la commandait depuis sa sortie du ministère, en octobre 1792, fut le premier à le comprendre et à proposer UD démembrement, en deux corps distincts, avec le cours de la Ganmne comme limite et Toulouse pour centre commun de ravitaillement. Servan ofîrait en même temps sa démission, et demandait Kellermann comme successeur; mais en créant le 30 avril, conformément à son avis, les deux armées des Pyrénées occidentales et des Pyrénées orientales, le Comité de salut public le laissa à la tête de la première, et conQa la seconde au général de Fiers.

A cette date, les hostilités, retardées par les rigueurs de l'hiver, étaient commencées depuis treize jours. Les Espagnols, comptant sur la complicité des habitants du Roussilloo, avaient résolu de garder la défensive du calé de la Bidassoa et de porter la lutte dans les Pyrénées- Orientales. Perpignan surtout tentait leur convoitise, et le comte de Ricardos Castillo, qui commandait l'armée de Catalogne, mena vivement la campagne. Dès la fin

de mai, il avait, dans une course hardie, emporté le camp du Mas-d'Eu, en vue de Perpignan el, à la fin de juin, il tenait entre ses mains les priocipales forteresses de la frontière d'Espagne. '

De Fiers, qui n'avait que 15,000 hommes it opposer à A0,000, se trouvait forcément condamné à l'inaction. C'était un général expérimenté, dont le portrait nous a été conservé par un de ces nombreux «gents que le Conseil exécutif entreteoait aux armL^'. Il chercha avant tout à aguerrir ses troupes et à mettre Perpignan en état de défense. Cette prudence, qui aurait dû lui gagner la confiance des commissaires de la Convention, fut précisément ce qui le perdit ; mais les causes de sa chute sont trop honorables pour être passées sous silence. D'ailleurs les successeurs de de Fiers ne furent

i. Toici comment Coineyras, commissaire du Cooseil eiécutir près l'armée des PyréDées-Orientales, dépeigoait de Fiers aa miaistre de la guerre, le 30 juillei 1793 ;

1 J'ai vu plusieurs fois, eL plusieurs heures chaque foL>, le général Fiers. Il m'a paru toujours forl occupé de son affdire, et je ne serais pas élonné quand ce serait un officier d'un mérite supérieur. HoL-s de son métier, il cherche le mot et ne dit guère que > des choses communes. Sur la guerre, il n'en est pas de même; sud élocution est Idcile et rapide, ses idées sont nettes et bien enchaînées; il a ce complet, dans l'expression el dans la pensée, qui éclaire tous les objets dont on parle, et qui fait tant de plaisir aux auditeurs qui onl bon esprit. Je le croirais un homme de caractère. Il e» a montré envers les donneurs de conseils de toute espèce qui surabondent à Perpignan. Il m'a dit que chacun avail voulu lui doDoer son plan de campagne, et que les plus ridicules étaieol ceui qu'on

iui pardonnait le moins de ne pas accepter Quand il vil que

son armée n'était pas bonne en rase campagne, il reprit la posiliou qu'il occupait devant Perpignan ets'y retrancha avec plus de soin... n a sauvé celle nllc. •

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pas plus heureux que lui, et cette série de disgrâces Dous servira à montrer, une fois de plus, à quel degré d'abaissement les représentants en mission entendaient réduire les généraux, et comment leurs prétentions rendaient impossible l'exercice du commandement.

Le Comité de salut public avait envoyé dans les Pyrénées-Orientales Cassanyès, l'un des députés de ce département, Bonnet, de l'Aude, Espert, de l'Àriège, Fabre, de l'UérauU, et Projeao, de la Haute-Garonne. C'était une faute, car dans l'exercice du pouvoir la communauté d'origine et le voisinage engendrent d'ordinaire des préventions et des préférences. L'éloignement rendit le mal plus grave encore, en assurant aux représentants une plus grande indépendance, dont ils ne tardèrent pas à abuser, jusqu'à résister aux ordres mêmes de la Convention. Pour le moment, leur ambition se bornait à tester une diversion en Espagne, aGn d'obliger Ricardos à repasser la rrontière. Aux observations de de Fiers qui représentait les drlTicultés de l'entreprise, Espert et ProJean répondirent en le signalant comme incapable de commander en chef. A la fin, il dut céder et attaquer, le 17 juillet, un des camps espagnols en avant de Perpignan.

Le succès qui couronna cette tentative augmenta les exigences des représentants. On se trouvait à l'époque de la moisson, et les hommes de réquisition rejoignaient en foule leurs foyers. Ces désertions deviennent le signal de nouvelles dénonciations, et cette fois de Fiers est accusé de laisser fondre par son apathie uae armée réunie à grand'peine. En même temps, les (

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de la ConveDlioD font arrêter son aide de camp, sous préleste qu'il domine le général.

II ne restait plus à de I^ers, ainsi traqué de toutes parts, qu'à soumettre sa conduite militaire à des juges compétents. Il réunit donc à Perpignan, le 5 août, un conseil de guerre où il appelle, avec les représentants, tes généraux de division et de brigade, le commandant de l'artillerie cl le directeur des fortirications. Afin de rendre la décision plus sotennelle, il demande à chacun de formuler isolément son opinion par écrit. Tous opinent pour le maintien du slalu quo jusqu'à l'arrivée des renforts annoncés de Paris. L'un des généraux, celui-là même qui passait pour avoir l'oreille des commissaires de la Convention, avait commencé son avis en ces termes : a Les habitants du pays qui proposent d'attaquer le grand camp ennemi sont de bonne foi assurément, mais raisonnent, sans s'en douter, comme tes Espagnols et les contre-révolutioaaires. »

Le triomphe de de Fiers était trop éclatant. Il fallait qu'il cédât la place ou que les représentants abandonnassent la partie. Ceux-ci préférèrent le suspendre, sous prétexte qu'il avait perdu la confiance des « citoyens soldats n, ajoutant ainsi l'ironie à ta persécution. Il est vrai qu'en opposition à la délibération du conseil de guerre, ils avaient pris la précaution commode de demander une dénonciation en règle contre de Fiers au procureur général syndic du département*.

L'amour de l'arbitraire ne pouvait produire que

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