‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 88 sur 165 · Voir aux Piicei jvttificative · texte numérisé non relu

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l'instabilité, et désormais les commandants en chef vont se succéder de mois en mois, quelquefois même à un moindre intervalle : Puget de Barbentane après de Fiers. Dagobert après Barbentane, Turreau après Dagobert, d'Aoust après Turreau, tous dégoillés ou brisés par les intrigues qui se croisent autour des commissaires de la ConveolioD.

L'arrêté qui révoquait de Fiers et lui donnait Barbeutane pour successeur, chargeait en même temps Dagobert du commandemeui des troupes destinées à opérer en Espagne. Ce dernier se mit en campagne à la 8n d'août et, après avoir chassé les Espagnols de leur camp du MoDt-Libre, s'empara en quelques jours de Belvère et de Puycerda. Mais cette diversion, bonne pour inquiéter l'ennemi, était impuissante k arrêter la marche de Ricardos sur Perpignan. Pendant que Dagobert soumettait la Gerdagne, la situation dans les Pyrénées-Orientales s'aggravait au point d'obliger Barbentane à se retirer, avec sou état-major et les services administratifs de l'armée, îi Sijean, sur la route de Narbonne.

L'émoi était grand dans Perpignan, où le général d'Aoust était resté avec 9,000 hommes el Fabre, de l'Hérault. Les habitants s'attendaient tous les jours à être complètement cernés et, bien que Barbentane, après avoir offert de servir comme simple divisionnaire, n'eût quitté la ville que du consentement des délégués de la Convention, ceux-là mêmes qui avaient autorisé son départ furent les premiers à l'accuser de désertion. Barbentane s'émut de ces injustes accusations. Il n'était pins là pour se défendre et il envoya sa démission,

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tout en appelaot du jugement des repréBentants assié^ à leur décisioD au jour de la liberté; mais, mieux inspiré que de Fiers, il demanda h aller expliquer la situatioD au Comité de salut public.

Les succès de Dagobert l'obligèrent à accepter une guccessioQ que chacun commençait à redouter. Quaod il arriva de la Cerdagne, la situation militaire s'était heureusement modiSée; d'Âoust avait forcé, le il septembre, le camp de Peyres-Tortes et s'apprêtait, pour compléter sa victoire, à marcher contre le grand camp du Mas-d'Eu. Les représentants approuvaient ce projet, mais Dagobert s'y oppasa, atin d'attendre les renrorts qu'il amenait du Mont-Libre. Ce retard parut préjudiciable aux vainqueurs de Peyres-Tortes. Ils aspiraient en Secret à garder pour eux seuls l'honneur de cette journée, la plus complète de la campagne, et, quaod Dagobert donna l'ordre de marcher, le 32 septembre, ses instructions furent mal exécutées. La panique d'une section du régiment de Vermandois, qui mit bas les armes, au milieu du combat, acheva de jeter la confusion dans les rangs, et le succès de l'entreprise se trouva déliniiivement compromis.

Dagobert, vétéran des guerres d'Allemagne et le meilleur général de l'armée des Pyrénées-Orientales, au dire de Turreau, n'était pas homme à supporter en silence un pareil affront. Dès le lendemain, il dénonce au Comité de salut public la coupable inaction du général Goguel, commandant de la cavalerie, qui n'a pas paru de toute la journée ; il signale en termes indigna la fâcheuse partialité des représentants qui le soutira-

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LIVBE XLVI. S69

Dent. H StGoguet, disait-il, a eu le booheur de deTenir, eD uD an, de médecin général de division; si sa liaison avec Fabre doit le Taire nommer commandant en chef, il élait inutile de faire tant d'inslances auprès de moi, pour me déterminer à accepter un poste où je ne suis arrivé que contre mon gré. » Quelques jours plus tard, il donne, comme Barbentane, sa démission. Celait tout ce que désiraient les représentants. Ils s'empressent de l'autoriser à retourner au Mont-Libre, et appellent d'Aoust à la téta de l'armée. Le commandement de Dagobert avait duré un peu plus d'une semaine.

Comme on le voit, le désordre était à son comble, et l'arrivée du nouveau général en chef ne devait pas le faire cesser. Presque tous les généraux se disputaient le commandement supérieur. Bonnet, Fabre et Gaston àuraieDt voulu le voir confier à d'Aoust. La nomioation de Turreau contrariait leurs projets : au républicain ils préféraient le marquis; et, après avoir informé le Gomilé de salut public que le premier aurait un apprentissage difficile à faire, ils s'arrangèrent de façon à ne lui laisser qu'un vain titre. En attendant, d'Aoust bénéficiait des circonstanœs favorables au milieu desquelles il se trouvait placé. Les Espagnols, effrayés de la résistance de Perpignan et des progrès de Dagobert, venaient de se retirer pour aller au secours de la Cerdagne. D'Aoust les poursuivit jusqu'au delà de Port-Vendres et, à la fin d'octobre, cette campagne, ouverte sous de si tristes auspices, se terminait avec une part égale de revers et de succès.

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L'histoire de l'armée des Pyrénées occidentales, plus pauvre en faits de guerre, n'est pas moins riche eu changements de personnes. Au point de vue militaire, la campagne peut se résumer en quelques mots. Pendant de longe mois, Espagnols et Français vont s'efforcer de transporter en France et en Espagne le théâtre de la lutte, sans jamais faire en pajs ennemi d'établissement durable. Au point de vue politique, les mêmes passions y provoquent, avec plus d'exagération peut-être, les mêmes excès d'autorité.

La frontière française présentait dece côtédeux parties vulnérables, Saint-Jean-de-Luz et Saint-Jean- Ptedde-Port. Ces places forcées, Bayonne restait sans défense, et Servan dut s'attacher avant tout à remettreses fortifications en état, tâche difficile s'il en fut, car l'armée des Pyrénées occidentales, de même que sa voisine, se trouvait dans le plus complet dénuement. Au Nord comme au Midi , on avait débuté par des revers. On prononçait même le mot de trahison et quand le 6 juin, après trois jours consécutifs de combats, le camp de Castel-Pignon, en avant de Saint-Jean-Pied-de- Port, fut emporté par les Elspagnols, le général La Genelière, fait prisonnier les armes à la main, fut accusé d'avoir volontairement émigré.

Servan, compromis par ses relations avec le parti de la Gironde, ne pouvait échapper longtemps au

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