‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 127 sur 205 · LIVRE XXXVrfl · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVrfl

tion venir à ses séances armés comme s'ils étaient dans une forêt infestée de brigands?

« L'unité de la République tient à la conservation de tous les Représentants du peuple. On ne saurait trop ie répéter à cette tribune : aucun de noits ne mourra sans vengeance; nos départemeats sont debout, les conspirateurs le savent , et c'est parce qu'ils le saveot qu'ils veulent presser l'exécution de leurs complots. Sans doute la liberté survivrait à ces nouveaux orages; mais ii pourrait arriver que, sanglante, elle fût contrainte à chercher un asile dans les départements méridionaux. Pourquoi vous rendriez-vous coupables de l'esclavage du Nord? N'a-t-il pas versé assez de sang pour la liberté, el ne devez-vous pas lui en assurer la jouissance? Sauvez, par votre fermeté, l'unité de la République. Ici la faiblesse serait lâcheté. »

L'Assemblée, entratnée par l'éloquence de l'orateur girondin , vote les onze articles du projet de décret proposé par Viger au nom de la commission extraordinaire.

Plusieurs de ces articles nécessitent des explications qui nous forcent à faire quelques pas en arrière.

Dès le 8 mai, le général Santerre avait annoncé au Conseil général de la Commune, » qu'à la voix de la patrie en danger, il se disposait à partir contre les rebelles de la Vendée à la tête des contingents parisiens. » L'amour de la gloire, le désir de donner à ses récentes épaulettes de général de brigade le baptême du feu, étaient-ils le principal motif de ce brusque départ? C'est ce dont il est permis de douter. La crainte de se com-

promettre dans le conflit qui menaçait chaque jour d'éclater entre la Gironde et la Monlagne n'entrait-elie pas pour beaucoup dans la résolution de Sanlerre? Malgré son épaisse enveloppe, le brasseur du faubourg Saint-Antoiae était doué d'une cerEaine âaesse; il avait surtout le don de prévoir les crises assez longtemps à l'avance. La responsabilité que les journées des 20 juin, 10 août, 2 septembre et 21 janvier faisaient peser sur sa tête lui semblait assez lourde pour qu'il se souciât peu d'en assumer une nouvelle.

En même temps Santerre proposait pour le remplacer le citoyen Boulanger, coramandaDt en second de la section de la Halle au blé. Le Conseil général de la Commune ratifie ce choix et fait prêter serment au nouveau commandant. Mais cette décision est à peine connue, que les sections réclament leur droit. C'était en effet à elles, et non au Conseil général qu'il appartenait, aux termes de la loi, de procéder à cette nomination. Un grand nombre d'entre elles déclarent qu'elles n'obéiront pas à cet intrus. Devant cette réprobation presque générale. Boulanger donne sa démission. Les sections sont convoquées pour le 21 mai. Les difficultés qui entravaient depuis quelques mois la nomination de la municipalité définitive se renouvellent pour l'élection du commandant de la force armée*. Certaines sections votent, d'autres ne votent pas. Le 2&, au moment où la commission des Douze faisait son rapport par l'organe de Viger, elle ne savait à qui demander des renseignements, à qui adres-

t. Voir plus haul, page SQ.-

Page 1