‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 129 sur 205 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

Varet, que l'on désignait comme étant i'auteurdes motions incendiaires faites aux conciliabules de la mairie ; l'aulre, contre Hébert, le célèbre auteur du Père Duchéne.

Les démagogues étaient déterminés à résister au premier acte d'exécution que tenterait la Commission extraordinaire. Dans les sections où ils sont lés maîtres, ils s'entendent pour refuser d'obéir à l'arrêté qui ordonne l'apport des registres; ils décident que l'on ne se dessaisira sous aucun prétexte du « dépôt sacré où se trouvent consignées les décisions du peuple souverain » (c'est ainsi qu'en amplifiant démesurément les choses, on appelait les délibérations d'une des quarante-huit sections de Paris) . Mais la Commission extraordinaire n'est pas disposée à se payer de mois; elle envoie deux de ses membres au comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social, qu'on lui avait désignée comme voulant s'ériger en comité central destiné à entretenir une correspondance avec toutes les autres sections. Le président Guiraut, après bien des difficultés, livre aux deux délégués de la commission des Douze le registre des procèsverbaux ; mais comme ce registre présente de nombreuses lacunes, il est obligé de leur avouer qu'il existe des feuilles volantes qui contiennent les délibérations non encore consignées sur le livre officiel. Les délégués exigent qu'on remette ces feuilles entre leurs mains et partent après avoir donné au président un regu des papiers qu'ils emportent pour les examiner à loisir. Dès qu'ils apprennent l'acte de faiblesse dont Guiraut, suivant eux, s'est rendu coupable, les meneurs de la section

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courent au Comité de sûreté générale, refuge et appui de tous les démagogues dans l'embarras. Le montagnard Osselin se charge de porter leurs doléances à la tribune de l'Assemblée. Il vient eo efTet dénoncer l'acte de tyrannie par lequel les Douze ont inauguré leur règne. Il les accuse d'avoir outre-passé leurs pouvoirs i « On leur a, dît-îl, confié le soio de surveiller les autorités constituées, non d'entraver leurs opérations. » Il demande en conséquence que la Commission ex.traordinaîre soit tenue de renvoyer, sous vingt-quatre heures, au Comité de la section du Contrat-Social, la minute ou au moins la copie des procès-verbaux enlevés. A peine Osselin a-t-il terminé son réquisitoire, que Viger s'élance à la tribune; il déclare qu'il est un des deux commissaires qui se sont transportés à la section du Contrat-Social; il rétablit les faits que son accusateur a singulièrement dénaturés. Sur ce simple exposé, la Convention passe immédiatement à l'ordre du jour.

Pache avait été mis en demeure de fournir des explications sur les conciliabules nocturnes de la mairie. Il écrit à la Convention une lettre oii il prétend expliquer de la manière la plus plausible les faits qui s'étaient passés. « L'administration de police, y disait-il, craignant de nouveaux mouvements contre-révolutionnaires , demanda aux sections de dresser une liste de

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suspects, l^uels seraient conduits dans une maisoD spéciale, en cas de Douveaux troubles. Plus lard , dans une réunion ou je n'assistais pas , on proposa d'ar-rêter immédiatement tous ceux qui seraient désignés comme suspects, et de comprendre dans ce nombre des membres de la Convention qui passent pour méconnaître les intérêts du peuple. En6n, de motion en motion, on arriva à ce point de dire qu'au lieu de les arrêter, il fallait détruire tous ceux que l'on regardait comme des traîtres. Ces diverses opinions ont soulevé de très-longs débats; OQ s'est séparé à onze heures et- demie, en s'ajoumant au lendemain. Je me suis trouvé à celte seconde assemblée; on a agité la question des arrestations. J'ai fait sentir combien une pareille idée devait être rejetée loin de nous, et on s'est séparé tranquillement. Si la Convention, oubliant toute discussion personnelle, toute haine particulière, voulait s'occuper du grand objet de la Constitution , il n'y aurait point de ville où la tranquillité publique fût plus assurée qu'à Paris. "

L,a lettre de Pache ne donne lieu qu'à un débat assez court, mais très-significatif.

H Vous voyez, s'écrie Legendre, à quoi se réduit ce prétendu complot : ce n'est qu'une motion faite par une tête exagérée. Je demande l'impression de la lettre du maire de Paris.

« —Je la demande aussi, répond Doulcet, mais je propose que l'on charge la commission des Douze de vérifier si la motion dont on parle n'est pas la suite des complots liberticides de ces hommes de sang et de boue

qui se sont gorgés de richesses et qui veulent tuer pour en acquérir encore. »

Viger ajoute : a Comment concilier cette lettre de Pache avec celle qu'il a écrite à la commission des Douze, et dans laquelle il montre le peuple de Paris exaspéré du prix excessif des denrées, et annonce qu'il se prépare un grand mouvement pour une époque trèsrapprochée? »

L'impression des deux lettres est ordonnée, et l'Assemblée passe à l'ordre du jour sur leur contenu.

Les meneurs de la Commune vont plus loin que Pache. Furieux d'apprendre qu'un certain nombre de sections ont adhéré à l'adresse de la Fraternité, ils payent d'audace. Loin de'se défendre, ils attaquent, et envoient à la section de la Fraternité l'ultimatum suivant :

" Le Conseil général, instruit qu'une députation de la section de la Fraternité a dénoncé à la Convention nationale un complot affreux, tendant à faire égorger des représentants du peuple et à faire dire ensuite qu'ils étaient émigrés ;

H Considérant qu'il est instant de faire arrêter sur^ le-champ les auteurs de complots aussi abominables, invite les rédacteurs et porteurs de cette adresse à venir lui donner les renseignements nécessaires pour qu'il puisse découvrir les traîtres et les livrer ce soir aux tribunaux. >i

Deux heures après, la réponse suivante est apportée à la Commune de la part de la section de la Frateniilé. Le ton ironique qui y règne nous parait déceler la plume de Royer-Collard:

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