LIVRE XXXVllI. 27S
gie nationale; qu'ils sachent qne vous serez toujours prêts h. vous réunir pour les terrasser ; qu'ils sachent que, si nous étions assez stupides pour exposer la liberté, le peuple est trop grand pour ia laisser périr- »
L'Assemblée se sépare sous l'impression du discours de Danton, auquel la Gironde commet la faute capitale de ne pas répondre. Par son silence, elle acceptait la responsabilité de l'anathème lancé par le fougueux Isnard : Bientôt on cherchera sur les rives de la Seine si Paris a existé.
Cette imprécation, renouvelée du manifeste de Pilnitz , atteignait indistinctement tous les citoyens de la capitale : propriétaires, marchands, ouvriers, tous pouvaient se croire menacés dans leurs intérêts les plus chers aussi bien que dans leur sûreté personnelle. Les démagogues ne manqueront pas d'exploiter les paroles si imprudemment tombées du fauteuil de la présidence. Ils représenteront leurs adversaires comme les irréconciliables ennemis de la capitale , comme s'apprétant , avec l'aide des départements, à y porter le fer et la flamme. Grâce à ces calomnies, habilement semées dans les quartiers riches comme dans les faubourgs, Paris, au moment de ta lutte suprême, sera, pour l'imprévoyante Gironde, hcetile ou du moins indififêrent.
Le 26 mai était un dimanche, jour presque exclusivement consacré aux pétitions. La séance présente peu
d'incidente remarquables. Un membre, au nom du Comité de législation, propose un décret qui ordonne la levée des scellés mis sur les papiers de plusieurs citoyens de la section de l'Unité, et l'élargissement d'un autre citoyen de cette même section. Un dernier article, statuant d'une manière générale, dérend aux Comités établis pour la surveillance des étrangers de prendre le titre de Comités révolutionnaires, et d'excéder les pouvoirs qui leur sont attribués par la loi du 21 mars, sous les peines portées au Code pénal contre les auteurs d'actes arbitraires.
Un peu plus tard paraissent à la barre les délégués de seize sections de Paris, rédamant la mise en liberté d'Hébert.
Leur orateur s'exprime ainsi :
« Citoyens Représentants, « Nous venons au nom du peuple de Paris réclamer un de ses plus chers magistrats, arraché arbitrairement à ses fonctions. Nous venons redemander le citoyen Hébert, substitut du procureur de la Commune, emprisonné à l'Abbaye depuis trois jours. On a violé en sa personne la liberté des citoyens et la souveraineté nationale. Les sections, justement eftrayées de ces premières tentatives de tyrannie exercées par ta commission des Douze contre un de leurs plus ardents défenseurs, vous dénoncent cet attentat. Hébert a été arrêté par une commission à qui vous n'avez pas donné le droit terrible de mander, d'amener et d'incarcérer les citoyens; la loi a donc été violée. Il a été incarcéré pour avoir énoncé ses