‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 14 sur 205 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

« — Je demande la parole après Robespierre, s'écrie Brissot.

" — Puisque Brissot, réplique l'oraleur, demande la parole pour me foudroyer, je vais faire sur Brissot l'application des principes que j'ai avancés... J'ai dit que je ne voulais point délibérer avec les amis de Dumouriez; eh bien! Brissot a été et est encore l'intime ami de Dumouriez... Brissot est lié à tous les 61s de ta conspiration de Dumouriez. Je déclare qu'il n'y a pas un homme de bonne foi qui ait suivi la politique de Brissot, qui puisse ne pas être convaincu ,de ce que j'avance... »

Et Robespierre raconte très-longuement, à sa manière, l'histoire de Dumouriez et de Brissot, depuis le premier ministère girondin : « Quels sont les principaux auteurs de la déclaration de guerre à l'Autriche, alors que Robespierre et ses amis s'y opposaient? Dumouriez et Brissot. Des revers ont signalé les premières opérations militaires. Qui gouvernait alors? les ministres, nommés par Brissot. Ces ministres proposaient d'abandonner Paris; ils l'auraient fait si un membre du conseil qui n'était pas des leurs (Danton) ne les en eût empêchés. Qui a élevé Dumouriez au commandement de l'armée de La Fayette? Bri^ot et ses amis. Ce général a conduit poliment le roi de Prusse aux frontières, il a ravitaillé l'armée ennemie prêle à périr de misère et de faim, au lieu de l'exterminer; il est venu à Paris et s'est mis à tenir des festins scandaleux. Avec qui? avec Brissot et ses amis. En Belgique, Dumouriez débute par des succès éclatants; il entame, mais trois mois trop tard, l'expédition de

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Hollande; les désastres de M aëstricht commencent l'évacualion arrangée de la Belgique. A qui l'imputer, sinun aux généraux allemands en partie imposés à nos soldats par Brissot? De retour auprès de l'armée belge, Dumouriez accuse les volontaires de tous nos malheurs. Il veut persuader à la France que ses armées ne sont composées que de lâches el de voleurs. Nos revers se succèdent. Il donne une bataille; il la perd. Il en accuse l'aile gauche de son armée; maïs cette aile était commandée par Miranda, son ami. Dumouriez a rétabli l'aristocratie en Belgique; il y a levé des emprunts énormes, il s'est emparé du trésor public ; maintenant il déclare la guerreà la Convention. Mais il distingue deux partis dans son sein ; il se proclame le prolecteur de l'un et l'ennemi de l'autre; il déclare qu'il faut anéantir Paris parce que Paris donne la loi à la nation. Il se pose en médiateur et nous dit qu'il faut transiger avec les puissances étrangères. Eh bien, non! il faut sauver la liberté. Mais comment la sauver lorsque les amis du roi, ceux qui ont pleuré la perte du tyran, ceux qui ont cherché à réveiller le royalisme, se posent comme les adversaires du conspirateur, tandis qu'ils sont ses complices? Oui, Dumouriez est d'intelligence avec l'homme que j'ai nommé, et je déclare que la première mesure de salut public à prendre est de décréter d'accusation tous ceux qui sont prévenus de complicité avec Dumouriez, et notamment Brissot. »

Les tribunes applaudissent avec frénésie Robespierre lorsqu'il regagne sa place. Elles éclatent en murmures lorsqu'elles voient Brissot se lever pour lui répondre:

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