LIVRE XXXIII
i( Vous avez entendu l'accusateur, dit le président, entendez l'accusé. »
Brissot attend que le tumulte soit apaisé.
H Je ne suivrai point, dit-il, le précédent orateur dans ses divagations. ]e répondrai simplement au reproche qu'il m'a fait d'être le complice de Dumouriez. Je déclare d'abord que je n'ai eu aucune part à sa nomioatioo au ministère. Elle a été le résultat d'une intrigue de Bonaecarrère auprès de la reine, et certes Robespierre ne m'accusera pas de comploter avec cette femme. On me reproche d'avoir, comme lui, voulu la guerre avec l'Autriche. Je ne connaissais pas Dumouriez avant son entrée au ministère. Quatre mois avant qu'elle eût lieu, j'avais prouvé à la tribune des Jacobins que la guerre était le seul moyen de dévoiler les perfidies de Louis XVI et d'arriver à la république. L'événement a justifié mon opinion,
H Quant à la rupture avec l'Angleterre, que Dumouriez blâme dans ses manifestes, qu'il appelle Vouvrage perfide de Brissot, n'est-elle pas due à la manière indigne dont l'Angleterre se conduisit à notre égard en chassant notre ambassadeur, en arrêtant les blés qui nous étaient destinés, en se mettant ouvertement en état d'hostilité contre nous? La dignité de la France ne pouvait supporter de telles injures. Le Comité diplomatique le pensa ainsi et je n'ai été que son rapporteur. Ënfia de ce que Dumouriez calomnie Paris dans ses proclamations, on en infère que je suis son complice, parce que, dit-on, j'ai aussi calomnié Paris dans mes discours et dans mes écrits. Mais je défie que l'on cite un seul écrit, un
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seul discours où je o'aie pas distingué les habitants de cette ville des brigands qui l'infestent, qui multiplient dans son sein les mouvements et les dissensions, et font détester notre révolution par les peuples étrangers.
« Si vous ne prenez garde aux pillages qui ont eu lieu dans la Belgique, vous verrez. . . n
Ici l'orateur est mterrompu par Sergent qui s'écrie; n Ces pillages ne sont prouvés que pr les dires de Dumouriez; or Dumouriez est un scélérat et un traître '-. »
Brissot ne croit pas devoir répondre à l'ancien administrateur de la police parisienne et se contente de rappeler tous les gages que depuis près de dix ans il a donnés aux opinions républicaines.
L'immense majorité de l'Assemblée est indignée de voir Robespierre profiter des dangers de la patrie pour satisfaire ses haines particulières. Aussi s'empresse-t-elle de passer à l'ordre du jour sur la demande de mise en accusation de Brissot et de ses amis, et de
1 . Sergent oubliait que la Convention avait recoonu la réalité de ces pillages et les avait frappés d'un blâme sévère par un décret en date du 49 mars. Nous croyons devoir donner in extenso le teite de ce décret, parce qu'il fait honneur à l'assemblée qui l'a rendu :
ï La Convention nationale, ayant entendu avec douleur le récit
0 des profanations commises par des citoyens dans plusieurs églises <( de la Belgique au moment où, en vertu du décret du 15 décembre « dernier, on en extrayait les vases et ornements d'or et d'argent inu- " tiles, superflus à la dignité du culte, décrète que tout citoyen qui u se permettra des indécences dans les lieux consacrés à la religion, « ou sera convaincu de profanations de quelque genre que ce soit, 11 sera dénoncé et livré aux tribunaux pour y Être poursuivi selon
1 l'exigence du cas. u
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LIVBE XXXIII. 3S
doDoer la parole au rapporteur du Comité de dérense
Le Comité, si vivement attaqué depuis quelques jours, vient lui-même s'offrir en holocauste et demander qu'on lui substitue un comité d'exécution compo.sé de neuf membres choisis dans le sein de l'Assemblée et chargés de remplir les fonctions jusque-là attribuées au Conseil exécutif.
<i Vous pouvez et vous devez, dit le rapporteur, adopter ce que nous vous proposons. Vous le pouvez parce que la nation, en nommant une Convention nationale, lui a délégué l'exercice de sa souveraineté et de tous ses pouvoirs. Vous le devez parce que, dans un moment oii tout ce qui n'est pas vous semble vous trahir, il est prudent de ne vous fier qu'à vousmêmes, n
Qui tient ce langage? c'est un Girondin, c'est Isnard. Au nom de qui parle-t-il ainsi? au nom d'un comité où domine la Gironde; car il était dit que ce parti irait toujours au-devant des mesures dont il devait être la première victime.
Ce projet, qui d'un seul trait de plume supprime le pouvoir exécutif et remet tous les pouvoirs entre les maios de neuf membres délibérant en secret, paraît si exorbitant qu'il est combattu par plusieurs députés appartenant à diverses nuances de l'Assemblée. Marat l'appuie vivement : « Tant que vous prendrez publiquement des mesures de salut public, s'écrie-t-il, vous ne ferez rien. Dumouriez est un traître, et une partie de la Convention ne mérite pas notre confiance. »
Les applaudissements de l'extrêrae gauche accueillent les paroles de VAmt du peuple; le reste de l'Assemblée se soulève d'iodignalion. Va membre du centre, Laumont, s'écrie : « Sommes-nous en séance permanente pour écouter les injures de cet homme? n Le tumulte est à son comhle. Le président se couvre. Danton lui-même est obligé de faire entendre des paroles de conciliation et de demander l'ajournement de la discussion au lendemain. Il était plus de minuit et l'Assemblée était épuisée de fatigue.
En même temps que la Convention tenait sa séance de nuit du 3 au /| avril, on délibérait aussi au club des Jacobins, on y faisait les motions les plus insensées. ■I II faut, vociférait une femme, la citoyenne Lacombe, il faut s'assurer de tous les aristocrates. On les fera marcher en avant des troupes que l'on va envoyer contre Dumouriez. ^{ous leur signifierons que s'ils nous trahissent, leurs femmes et leurs enfants seront égorgés, leurs propriétés incendiées. Si nous succombons, le premier qui hésitera à mettre le feu sera poignardé à l'instant. Il faut que les propriétaires, qui ont tout accaparé pour exaspérer le peuple, tuent les tyrans ou qu'ils périssent '. »
1. Voir le Journal des Débals du club des Jacobins, n" 3S8. CeUe même citoyenne se présenla quelques heures plus lard à la Convention pour lire la même pétition. Disons, pour l'honneur de
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