‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 172 sur 205 · LIVRE XL. 36t · texte numérisé non relu

LIVRE XL. 36t

d'uoe adresse que Barère viat lire à la tribune et qui n'était autre chose que la gloridcatioD de l'insurrection de la veille.

« Français, y disait-on, un grand mouvement s'est fait dans Paris. Les eduemis de la République vont se hâter de vous le peindre comme un grand malheur ; ils vont vous dire que le tocsin et le canon d'alarme ont, pendant une nuit et un jour, tenu cette ville immense dans t'épouvante, que des milliers d'hommes armés, sortis confusément de toutes les sections, se sont précipités autour de la Convention nationale et lui ont dicté leurs volontés pour lois de la République. Français, vos représentants sont persuadés que le bonheur des empires De peut être fondé que sur la vérité, et ils vont vous la dire.

« Des mesures plus rigoureuses que celles qui conviennent à la liberté, dans une république naissante, avaient excité du mécontentement; on a cru les droits de l'homme violés; les sections d'une ville qui s'est insurgée deux fois, avec tant de gloire, se sont levées encore; mais, avant de se lever, elles ont mis les personnes et les propriétés sous la sauvegarde de tous les bons républicains. Si le tocsin et le canon d'alarme ont retenti, du moins aucune terreur, aucun trouble n'ont été répandus; le bruit des ateliers n'a point été interrompu et le cours des aflaires a'été le même, toutes les sections, couvertes de leurs armes, ont marché, mais pour se déployer dans le plus grand ordre et avec respect autour des autorités constituées et des ^présentants du peuple. La liberté des opinions s'est encore montrée

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dans la chaleur même des débats de la ConvenUon. Sn demandant le redressement de leurs griefs avec quelques exagérations inséparables du zèle civique, mais avec celte Berté qui caractérise l'homme libre, les pétitionnaires ont juré de mourir pour le maintien delà loi, pour l'uQité et l'indivisibilité de la République et pour la sûreté de la représentation nationale.

« La Convention, qu'on avait voulu alarmer jusque sur la vie de plusieurs de ses membres, a vu ses alarmes disparaître au moment même oii l'agitation est devenue plus générale, et c'est au milieu de ce mouvement qu'elle a senti, qu'elle a décrété que les sections de Paris avaient bien mérité de ta pHtrie.

» Tandis que dans l'enceinte de la représentation nationale la réparation honorable des torts préparait la réconciliation des cœurs, au dehors tout présentait l'image, non pas de la conrusion et du désordre, mais celle d'un peuple énergique qui dérendatt ses droits et sa liberté.

Il C'est ainsi que, chez une nation digne d'exercer elle-même sa souveraineté, les orages qui menacent la liberté la rendent plus pure et plus indestructible, et que l'ordre social se perfectionne à travers les infractions passagères qu'il reçoit.

" Telle a été celte journée; elle a inspiré un instant des inquiétudes, mais tous ses résultats ont été heureux; elle a présenté l'étonnant spectacle d'une insurrection dans laquelle la vie et les propriétés ont été aussi sûrement protégées que dans le meilleur ordre social. «

Cette adresse est accueillie par les applaudisse-

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nients de la Montagne et par les murmures àe la droite.

(I Je demande, s'écrie Louvet, l'ioiprobation de ce projet de mensonge!

« — Od a peint, répond Levasseur (de la Sarihe), la journée d'hier sous des couleurs criminelles; on a répandu l'alarme dans les départements, et maintenanl on ne veut pas que celte adresse y porte la vérité et la confiance. Voilk le fait.

« — Je demande, dit Vergniaud, que, pour toute adresse, on se borne à l'envoi du décret portant que les sections ont bien mérité de la patrie. »

Lasource propose un alitre projet d'adresse ainsi conçu :

« Des conspirateurs, travestis en patriotes pour égarer le peuple et perdre la liberté, ont fait tirer lé ■canon d'alarme et sonner le tocsin. Les citoyens de ■Paris , dignes de la République et d'eux-mêmes , se sont réunis., ont pris les armes pour faire respecter les lois, protéger la Convention nationale et maintenir l'ordre. Le calme le plus profond règne à Paris. La Convention nationale veille. Elle prendra des mesures qui ne laisseront aux conjurés que la honte, le mépris et la mort, »

Autant l'adresse proposée par Barère avait soulevé l'indignation de la droite, autant celle-ci excite la rage de la Montagne. Chabot s'élance à la tribune : « Lasource vous propose, dit-il, une adresse très-courte, mais qui renferme de très-longues perfidies; d'après lui, ce sont des conspirateurs qui ont sonné le tocsin. Eh bien, je vais lui dire quels sont ces conspirateurs; ce sera un

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supplément à son adresse. Les conspirateurs, c'est d'abord Lasource lui-même, ce sont les complices de Dumouriez, ce sont ceux qui ont gardé le silence sur les mouvements de la Vendée ; c'est cette CommissioD inquisitoriale qui voulait apaiser les mânes de Louis en opprimant les patriotes les plus ardents; ce sont ceux. des membres de la Convention qui, par les lettres les plus insidieuses, tes plus criminelles, levaient sur les commissaires dans les départements les poignards des assassins ; ce sont les mandataires infidèles qui voulaient diviser Paris et les départements. »

Puis, faisant allusion à la sortie de Vergûiaud et de ses amis, sortie qui avait duré quelques minutes à peine, rex.-capucin s'écrie avec une inferuale perfidie : n Comment les hommes qui bier abandonnaient lâchement leur poste après avoir Tait serment d'y mourir, comment des hommes qui n'ont pas assisté à toute cette séance seraient-ils chargés d'en faire le récit dans une adresse ? Lasource livre les conjurés au mépris et à la mort. Eh bien! que cette prédiction retombe sur luimême. 1)

Vergniaud demande à répondre à Chabot : (c On parle sans cesse, dit-il, d'étouiïer tes haincr> et sans cesse on les rallume. On nous reproche aujourd'hui d'être des modérés, mais je m'honore d'un moderaotisme qui peut sauver la patrie quand nous la perdons par nos divisions. Est-ce que c'est le peuple de Paris qui a opéré le mouvement d'hier? Ce mouvement est l'ouvrage de quelques iotrigants, de quelques factieux. Vouseo faut-il la preuve? Un homme en écharpe^

j'ignore s'U avait !e droit de la porter, est allé dire aux habitants du faubourg Saîat-Antoine : Quoi ! vous restez tranquilles quand la section de la Butte-des-Moulins est en contre-révolution, que la cocarde blanche y est arborée? Alors les généreux habitants de ces faubourgs, toujours amis de la liberté, sont descendus avec leurs canons pour détruire ce nouveau Coblentz. Cependant on excitait à la défease les habitants de la section de la Butte-des-Moulins; bientôt on est en présence; mais on s'explique, on reconnaît la ruse, on fraternise, on s'enabrasse. Les sentiments du peuple sont bons, tout nous l'a prouvé; mais des agitateurs l'ont fait parler. Il ne faut rien dire qui ne soit vrai. Je demande la priorité pour l'adresse de Lasource. »

Le cauteleux Barère cherche à réfuter la pressante argumentation de Vergniaud,

<i Citoyens, dit-il, le Comité de salut public n'a eu qu'une pensée en vous proposant l'adresse que je vous ai présentée en son nom, c'est d'étouffer toutes les mauvaises interprétations qu'on pourrait donner aux événements d'hier, de prévenir le poison que certaines correspondances répandent déjà; car si on ouvrait toutes les lettres , on pourrait voir si toutes sont opposées au fédéralisme. «

« — Ouvrez-les, nous y consentons, s'écrient plusieurs membres.

H — Qu'est-ce, au reste, reprend Barère, que ce dont Vergniaud vous a parlé? des mouvements particuliers qui ne doivent pas faire juger la révolution qui vient de s'effectuer. Avez-vous demandé au 14 juillet,

au 10 août, quels étaient les individus qui avaient soDDé le tocsin? Àvez-vous demandé compte de quelques abus, de quelques excès, de quelques horreurs qui ont souillé la journée du lU juillet? Avez-vous été, à la manière des inspecteurs de police, rechercher ceux qui s'en étaient rendus coupables? Ne faisons jamais le procès aux révolutions, mais cherchons à en recueillir les fruits.

(1 Dans la circonstance actuelle , soyez d'accord avec vous-mêmes; vous avez décrété que les sections avaient bien mérité de la palne; de quoi se compose Paris, à ce n'est de ses quarante-huit sections? Je finirai par cette observation ; si je voulais sonner le tocsin, j'adopterais l'adresse de Lasource; si je voulais rallier tous les départements à Paris, j'adopterais l'adresse du Comité. Il

Le président met aux voix le projet présenté par Barère et le déclare adopté ; mais le côté droit demande ' l'appel nominal. L'Assemblée décide qu'il va y être procédé. Toutefois, à peine est-il commencé, qu'il est interrompu. Les timides de l'Assemblée (et ils sept en grand qombre) voient déjà cet appel transformé en liste de proscription. Un député obscur, Dewars, se fai^ l'organe de la pusillanimité de ses collègues.

n L'appel nomioaU s'écrie-t-il, est une mesure terrible; il peut amener la guerre civile. Consultons l'in-r térèt de ta patrie et demandons une autre rédactiop au Comité séance tenante. »

Mais l'Assemblée veut en finir à tout prix. Elle sait que la Commune s'apprête k lui envoyer une nouvelle

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