‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 187 sur 205 · GOHIER · texte numérisé non relu

GOHIER

" L'an second de la République française et le 7 mai 1793, à 9 heures du matin, le président du Tribunal criminel du départementdesBouches-du-Rhûne, séant à Marseille, s'est transporté, en compagnie de l'accusateur public et du greffier dudit tribunal, en la paroisse de Saint-Thomas, et en vertu d'un décret de la Convention nationale, à la date du 16 avril, a mandé venir du fort Notre-Dame de la Garde le citoyen Bourbon Orléans, y transporté et détenu en vertu de ce même décret du 16 avril, et, constitué ledit citoyen Bourbon Orléans, le président a ainsi commencé l'interrogatoire :

D. '1 Voire nom, ciloyenî

R. 11 Louis-Philippe Égalité.

D. « Votre âge, citoyen î

R. u Agé de kf) ans.

D. fi Où ôtes-vousné?

fi. 11 A Saint-Cloud, résidant à Paris.

mzedBïGoOgle

D. « Connaissez voua le motif de votre arrestation?

fl. « Non, citoyen. Le décret de la Convention porte : Par mesure de sûreté générale. Je ne sais pas autre chose.

D. n Quelle avait été votre opinion sur les états généraux de 1789 qui prirent le nom d'Assemblée nationale?

R. « Je pensai qu'ils devaient être Assemblée nationale.

D. a Dans celte première Assemblée, n'intriguStes-vous pas pour empêcher la destruction du clergé, des parlements et de

B. « Non, citoyen, je n'intriguai pas ; je n'ai jamais intrigué, €t je fus un des premiers de la Chambre de la noblesse qui se réunirent à celle qu'on appelait la Chambre du tiers.

D. n En octobre 1789, lorsque le peuple se porta à Versailles pour faire venir Capet et sa famille à Paris, n'aviez-vous pas un parti conduit par Mirabeau pour vous mettre sur le trône?

R. <i Non, citoyen, je n'ai jamais eu de parti d'aucune espèce; j'ai toujours eu aversion d'être sur le trône, je n'y ai jamais pensé, et n'ai jamais été lié particulièrement avec Mirabeau.

D. « Cependant, à cette époque, Mirabeau vous dit : Montez à cheval et vous files roi?

R. a Je ne me le rappelle pas; il ne m'a jamais tenu pareil propos, je ne l'aurais pas écouté de sang-froid.

D. « On assurait alors que vous aviez fait répandre beaucoup d'ai^ent pour monter sur le trône, et que vous vous servîtes de l'influence de Mirabeau pour vous populariser.

B. n Je n'ai jamais fait répandre de l'argent, je n'ai chéri et désiré que la liberté.

D. H N'assîstîez-vous pas à des conciliabules où étaient les Bouiilé, les Lafayetle, les Mirabeau, qui voulaient nous asservir?

R. H Non, citoyen, je n'ai jamais eu connaissance de ces conciliabules , et je n'ai jamais assisté k aucun d'aucune espèce.

D. (1 N'est-ce pas vous qui inscilâtes celte visite populaire aux Tuileries, le 20 juin 1792, dans l'espoir qu'on se déferait de Capet et de son fils, et que vous leur succéderiez sur le trône ?

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

B. « Non, citoyen, jamais je n'ai eu pareille pensée. Je n'étais pas à Paris dans ce temps.

D. a Vous vous flattiez cependant, à ta journée du 10 août, que, Capet et son lils périssant, vous seriez roi?

fl, i( Non, citoyen,

D. H Vos premiers voyages en Angleterre n'avaient-ils pas pour but de vous assurer la cour de Saint-James, pour vous aider à monter sur le trône de France?

R. a Non, citoyen; mes premiers voyages en Angleterre n'ont été faits que pour jouir de la liberté dont nous ne jouissions pas encore en ce temps-là. Je n'ai faij le dernier, en 1789, qu'avec une mission du gouvernement et l'approbation de l'Assemblée nationale. Il n'avait pas l'objet sur lequel vous me questionnez.

fi, (I N'aviez-vous pas cabale pour vous faire nommer représentant du peupleî

R. u Non,' citoyen ; je l'ai désiré, et n'ai fait aucune cabale.

D, n Quelle fut votre opinion au moment de l'abolition de la royauté, et sur la République déclarée une et indivisible?

i?. a La République une et indivisible,

D. u Mais vous conçûtes alors le projet d'être dictateur ou protecteur?

B. « Non, citoyen, je n'ai jamais eu ce désir.

D. a Quel était votre projet en envoyant vos deux Qls à l'armée?

R. a Je n'ai point envoyé mes deux fils à l'armée. Ils étaient entrés dans la carrière militaire ; l'un était colonel, l'autre sous-lieutenant dans le même régiment; ils ont poursuivi celte carrière.

D.- 1( N'étiez-vous pas étroitement lié avec Dumouriez?

B, a Non, citoyen, je le connaissais très-peu.

fi. Il N'avait-il pas mené avec lui vos deux fils à l'armée, pour leur attirer la bienveillance des soldats et les faire servir à ses infâmes trahisons?

R. u Ils étaient à l'armée avant que Dumouriez y arrivât, car ils servaient déjà lorsque le maréchal de Rochambeau commandait.

fi. (( Sans doute vous vîtes Dumouriez lorsqu'il vint de son

armée à Paris, et il vous fit part des projets sinistres qu'il avait conçus?

B. « Je n"ai vu Duraourîez qu'une fois, et l'espace de cinq minutes. Il ne me fit part d'aucun projet de cette espèce, et s'il l'eût fait, je ne l'aurais pas tenu secret. Ce fut par hasard que je le rencontrai,

D. 11 Ne vous dit-il pas qu'il placerait votre fils aîné duc de Brabant et de Hollande, tandis que lui, Dumouriez. serait capî* taine général 7

B. 11 Non, ci'toyen, il ne me parla pas de cela; il me dit seulement qu'il aimait beaucoup mon fils, qui était un bon officier.

D. 11 F?llait-il bien que vous eussiez quelque projet, puisque vous aviez envoyé voire fille dans une ville frontière, auprès de Dumouriez, avec ta famille Sillery ?

B. a Ma fille avait voyagé en Angleterre pour sa santé et achever son éducation dans la langue anglaise. Elle était con* fiée dès sa naissance presque, dès l'âge de deux ans, aux soins de la citoyenne Sillery. Quand l'ambassadeur d'Angleterre en France fut rappelé, j'écrivis positivement à la citoyenne Sillery de ramener ma fille en France, ne voulant pas qu'elle piît passer pour émigrée. La citoyenne Sillery retarda son retour, par différentes raisons de santé, et elle n'arriva qu'au moment où la loi sur les émigrés fut rendue. Comme cette loi ordonnait aux personnes qui avaient voyagé, et qui avaient des explications à donner sur leur voyage, de sortir de France en attendant, pour ne pas passer pour émigrées, je la fis partir pour Tournai, et elle en fît sa déclaration à la Commune de Paris; mais, à ce moment, je retirai à la citoyenne Sillery les pouvoirs que je lui avais donnés et l'autorité qu'elle avait sur ma fille. Je chargeai quelques personnes de chercher en Belgique une femme qui pût prendre soin d'elle, parce que je ne pouvais en ce moment en faire partir une de Paris, qui aurait été réputée émigrée si elle était sortie de France.

D. H Sans doute votre fils aîné, dans sa correspondance, ' vous avait instruit des complots liberticides de Dumouriez?

B. « Non, citoyen; depuis le jugementdeLouisCapet. notre correspondance était devenue beaucoup plus froide parce que

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son opinion n'était pas la mâme que la mieûDe ; il ne m'avait fait part d'aucun projet.

D. <i 11 D'est pas possible que votre fils aîné ne îùt pas instruit des projets de cet infâme général, puisqu'il s'est enfui avec lui; par conséquent, vous deviez en être instruit vousmême. Je vous interpelle de dire la vérité.

R. Il C'est avec la plus grande vérité que je déclare que je n'en éuis nullement instruit; si j'en avais eu le plus t^r soupçon, je ne l'aurais pas tenu secret; je n'en ai eu nulle connaissance.

D. « N'est-ce pas pour vous masquer que vous sitigiez à la montagne de la Convention, et que vous votâtes la mort sans appel, tandis que vos amis et vos partisans étaient parmi les appelants ?

R. u Je n'ai jamais eu de parti ; je n'ai jamais rien fait pour me masquer, et n'ai suivi que ce que me dictait ma conscience.

0. Il Depuis la mort du tyran, n'aviez-vous pa.s envoyé des émissaires dans les départements du Nord pour sonder l'opinion publique et connaître si elle ne répugnait pas à vous avoir pour roi?

R. H Non, citoyen, aucun.

D. « On a reconnu de vos gens parcourant les départements et tenant à peu près ce langage.

R. K Cela ne peut pas être.

D. u Quelle liaison nvez-vous avec fiiroD?

R. <( Liaison d'amilié depuis trente ans. Nous sommes du même âge, nés du même jour.

D. (i Esl-ce lui qui a demandé que votre Gis cadet servit auprès de lui, ou est-ce le ministre qui l'a envoyé dans l'armée d'Italie?

R. i< C'est mon fils cadet qui l'a demandé au ministre, après en avoir obtenu l'agrément et le consentement de Biron.

D. u N'entrait-il pas dans vos vues que de vos deux fils l'un se popularisât dans l'armée du Nord et l'autre dans celle du Midi pour seconder les projets liberticides de l'infâme Dumouriez?

R. u Non, citoyen. Encore une fois, je n'avais aucune couiiaissaDce des projets de l'infâme Dumouriez. Cest mon fils

NOTES. ii7

qui a demandé à passer dans l'armée du Midi -, je n'ai (ait que me rendre à ses désirs en appuyant sa demande auprès de Biron.

D. « Quels étaient tes membres de la Conveotion que voiis fréquentiez le plus assidûment?

R. (I Je n'en fréquentais aucun assidûment, je n'étais lié intimement avec aucun. Ceux avec qui je communiquais le plus, dans la Convention, étaient ceux qui siégeaient du c6té gauche, appelé la Montagne, parce que nos opinions nous rapprociiaient,

D. « N'avez-vous pas fait dernièrement un voyage dans les départements de l'Orne et du Loiret, et notamment à Orléans? Quel en était le motif?

R. « Je ne me suis pas éloigné de Paris de plus de dix lieues, depuis le commencement de la Convention. J'ai trèspeu manqué de séances à la Convention, jamais deux de suite, et n'ai découché de Paris que pour coucher k trois lieues dans une terre à moi, et pour une nuit, et encore très-rarement.

D. B Vous y aviez envoyé quelques-uns de vos émissaires ?

il. Il Personne.

D. u Donnez-nous quelques motifs sur la réputation douteuse que vous avez?

R, « Je ne croyais pas en avoir une douteuse parmi les patriotes.

D. « Avez-vous toujours agi d'après vous-même ou d'après un conseil particulier?

R. * D'après moi-même, citoyen.

D. n Vous nous avez dit que vous aviez une aversion marquée pour le trône ; pourquoi ne vous êies-vous pas attaché à vous laver de ces inculpations, ou à les repousser?

R. (I Fort de la pureté de ma conscience, de mes intentions et de ma conduite, sur qu'elles me feraient triompher de toutes les calomnies, je les ai toujours méprisées.

D. « Brûliez-vous les lettres de vos ûls à mesure que vous les receviez ?

R. « Quelquefois oui, quelquefois non.

D. « Quelle est votre conduite à l'égard de votre fils depuis que vous avez appris qu'il a trahi la nation?

R. <: Au moment où j'ai eu le soupçon qu'il avait une mau-

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valse conduite, j'ai été mis en état d'arrestation, et j'ai toujours espéré qu'il y avait été cootraint par la force et n'ai eu aucun moyen de rien faire.

D. « Ne souffrîez-vous pas dans votre maison que vos gens vous flattassent de la royauté ou de la dictature?

R. « Toutes les personnes qui me connaissent connaissent aussi ma façon de penser et savent que je l'aurais pris pour une injure.

D. a Pourquoi étes-vous si mal avec les parents de votre famille, qui se disent patriotes?

B. u Je ne connais point de parents de ma famille , avec qui je sois mal, qui se disent patriotes.

D. (i Depuis que vous êtes en arrestation au fort de la Vierge de la Garde, n'avez-vous pas cherché à avoir communication avec quelques personnes de la cité.

il. « Non, citoyen, point d'autres que celle avec les ouvriers dont j'avais besoin.

« Plus n'a été interrogé.

« Lecture faite, etc., et a signé avec uous.

« Louis-Philippe-Joseph Égauté, — Maillet cadet, président; — GiBiDD, accusateur public; — Et. Chompré, greffier du Tribunal criminel.

(I Et de suite constitué le jeune Orléans, ci-devant fiaujolais. D. (I Comment vous appelez-vous, citoyen? R. u Alphonse-Léodgard Orléans.

D. « Quel âge avez-vousî B. « J'ai treize ans.

D. « Où ôtes-vous né î B. V A Paris.

D. « Vous y demeuriez?

B. « Oui, citoyen.

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