‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 73 sur 205 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

tribuDefi applaudissent avec eathousiasme. Robespierre, pour donner une nouvelle sanction à l'adresse démagogique, propose qu'elle soit envoyée aux départements et . aux armées.

Il Je le demande également, s'écrie Vei^îaud, car il fout que l'on coDiiaisse dans les départements ceux qui proclament la guerre civile. »

« — Gardez-vous d'une pareille mesure, objecte Lacroix ; la Convention semblerait donner son approbation à cette adresse j elle appellerait elle-même sa dissolutioo et la convocation des assemblées primaires. »

B — Eh bien, oui; qu'on les convoque », s'écriet-on à droite.

Cette proposition , appuyée par Gensonné, jette un grand trouble dans l'Assemblée. Cependant un député de la Plaine, étranger à to.utes les factions, Vernier, parvient à se faire écouler : u Je ne suis, dit-il, l'homme d'aucun parti, je ne suis mêlé à aucune querelle, j'ai donc le droit de dire franchement mon opinion. Quand vous avez jugé le ci-devant roi , j'ai eu la simplicité de croire que les opinions étaient libres. Je me suis trompé, je suis un de ces scélérats qui ont été assez grands pour voter, sous les poignards, l'appel au peuple et le banoissemeot du tyran. Si on voulait dé cider de quel côté était le vrai courage, on ne pourrait pas s'y méprendre. Je suis un de ces scélérats avec qui l'on ne veut ni paix ni trêve, et^ comme je crains d'échapper à cette noble proscription, je viens me dénoncer publiquement. Âvaut notre réunion, une coalition funeste était déjà formée dans Paris, entre le club

des prétendus amis delà liberté, la Commune, ta force armée, 1^ corps administralirs; elle a éclaté dès la première séance de cette Assemblée. On ne pouvait remédier au mal qu'avec une sage lenteur, qu'avec une prudente circonspection. Mais des hommes vertueux trop sensibles, trop frappés de ce qu'ils voyaient, ont précipité les mesures; de là les schismes, les divisions, l'esprit de parti ; de là les débats éternels au milieu desquels la cbose publique a été si souvent oubliée. Ceux-ci veulent faire à tout prix triompher leurs projets insensés, arrivent avec une opinion toute formée, et provoquentun décret avec autant de hauteur que les candidats de César sollicitaient une place ; ceux-là, préoccupés d'une défiance, juste peut-être dans son principe, mais trop active, repoussent sans examen les propositions de leurs adversaires.

« Entre ces deux extrémités sont les hommes mobiles, insignifiants, toujours inutiles au salut public. 11 en est qui suivent sans réflexion l'impulsion du moment. Il en est qui , par indifférence ou par pusillanimité, adoptent toujours, comme le meilleur, le dernier avis. Mais les plus dangereux, les plus coupables, sont ceux qui accusent sans cesse, sans raison comme sans motifs. Les plus vilset les plus perfides sont ceux qui s'abaissent à aduler |e peuple plutôt que de le servir. Puisque nous sommes arrivés à un tel degré de discorde et de défiance réciproque qu'il nous est impossible, au poste où nous sommes, de bien servir la patrie, que les deux partis fassent preuve de civisme et de générosité, que les plus passionnés de part et d'autre, devenus simples soldats.

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