‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 82 sur 205 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

VergQÏaud demande que le maire et le procureur de la Commune, et, à leur défaut, deux officiers municipaux, soient tenus d'apporter sur-le-champ les registres des délibérations du Conseil général. Cette proposition est acceptée à l'unanimité.

Pendant qu'on va chercher à l'Hôtel de Ville les preuves de la nouvelle conspiration démagogique, Vergniaud examine les diverses propositions auxquelles a donné lieu la pétition des sections parisiennes, et notamment la motion de Lasource sur la convocation immédiate des assemblées primaires. Il combat cette dernière motion avec toute la vigueur de sa logique, renouvelant ainsi la Taute, si souvent reprochée aux Girondins, de mettre le public dans la conQdence de leurs dissensions intérieures.

« Par une pareille mesure,dit-il,vous vous mettriez vous-mêmes en suspicion. Vous sembleriez accepter les calomnies de vos ennemis. Cette convocation peut perdre la Convention, la République et la liberté. S'il faut ou décréter cette convocation ou nous livrer aux vengeances de nos ennemis, si vous êtes réduits à cette alternative, n'hésilez pas entre quelques hommes et la chose publique ; jelez-nous dans le goulTre et sauvez la Patrie. Mais si la convocation des assemblées primaires peut avoir des effets désastreux, l'ordre du jour pur et simple, que quelques-uns de nos collègues proposent de prononcer sur la pétition qui nous occupe, peutavoir des effets plus désastreux encore. Je ne l'analyserai pas, TOUS la connai^ez tous; elle n'est que le commentaire de celle que l'on vous proposait au moment du complot

loi HISTOIRE DE LA TERREUR.

du 10 mars. Ce complot est avorté, mais les auteurs sont demeurés impuuis ; aussi ne se sont-ils pas découragée. Ils se sont dit : la Convention forme un faisceau trop robuste pour que nous puissions le briser ; arrachons-en quelques branches, nous l'aurons affaiblie d'autant. Ce premier succès nous en facilitera de nouveaux et annoncera le jour où nous pourrons enSo la fouler aux pieds.

« Maintenant sachez les moyens employés pour faire signer cette pétition. Ses rédacteurs et leurs amis se répandent au même instant dans les sections de Paris. Chaque émissaire dit à la section oii il se présente : « — Voici une pétition «ju'il faut signer. — Lisez-la. — H Inutile, elle est déjà adoptée par la majorité des sec- « tiens. » — Ce mensonge réussit auprès de quelquesunes d'entre elles, où plusieurs individus signent de boDne foi, sans lire. Dans plusieurs, on lit et on refuse de signer. Dans d'autres, on lit et on se contente de passera l'ordre du jour. Qu'arrive-t-il ? Les intrigants et les meneurs demeurent jusqu'à ce que les bons citoyens se soient retirés. Alors, maîtres de la délibération, ils décident qu'il faut signer la pétition, et ils la signent. Le lendemain, quand les citoyens arrivent à la section, on leur présente la pétition à signer et on se prévaut contre eux de la délibération prise la veille. S'ils veulent faire quelques observations, on leur répond par ces mots terribles : Signez, ou point de certificat de civisme! Et, comme sanction à cette menace, plusieurs sections, où régnent eu maîtres les rédacteurs des listes de proscription, décident que l'on changera les cartes

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civiques et refusent d'eu accorder de nouvelles à ceux qui ne veulent pas signw la pétition. On ne s'en tient pas à ces manœuvres : on aposte dans les rues des hommes armés de piques pour forcer les passants à signer. Tous ces faits sont notoires ; il n'est personne qui puisse les contredire ; ils seraient attestés par plus de dix mille témoins '.

<i Cette pétition ne fait que ressasser les faits contenus dans la dénonciation de Robespierre. Guadet et moi, nous croyons avoir déjà répondu victorieusement à toutes ces impostures. De deux choses l'une : ou nous vous avons démontré que nous sommes sans reproches, ou notre réponse vous a paru insuffisante et l'accusation de Robespierre digne d'être poursuivie judiciairement. Envoyez-nous devant le Tribunal révolutionnaire,

1. Nous trouvons dans un écrit de Lanjuinais quelques traita nouveaux à ajouter au tableau si saisissant que vient de tracer Vei^ gniaud. a Des commissaires de la Commune, accompagnés de secrétaires municipaux, avec lablo, encre, papier et registres, se promenaient dans Paris au son d'un tambour d'alarme et précédés d'une milice. Ils demandaient et recueillaient les signatures des passants contre les vingt-deux. Il y avait, de temps en temps, des haltes solennelles où on déclamait contre les députés qu'on voulait proscrire. »

Il était tout naturel que les meneurs de l'Hôtel de Ville, après avoir exercé une pression aussi violente dans l'intérieur des sections et même sur la voie publique, suivissent les mêmes pratiques à l'égard des membres du Conseil général. On trouvera à la fin du volume, dans la note relative aux officiers municipaux dénoncés par Tison, des extraits du procès-verbal du Conseil général de la Commune qui nous font connaître la manière dont fut traité par ses collègues le courageux Lcpitre, pour avoir osé biffer la signature qu'il avait apposée par erreur au bas de la bmeuse pétition.

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si nous sommes coupables ; imposez sileDœ à la calomnie, si nous sommes purs. »

L'Assemblée presque tout entière se lève et applaudit le gr^nd orateur girondin. Aux. Toix! g'écrie-t-on de toutes parts. Féraud et Chiappe proposent de déclarer que les membres inculpés n'ont pas cessé d'avoir la confiance de la représentation nationale.

<t Non ! s'écrie Penières, ce serait une flagornerie indigne de la Convention. » Et, sur sa proposition, l'Assemblée adopte le décret suivant : n La Convention « nationale improuve comme calomnieuse la pétition u qui lui a été présentée, le 15 de ce mois, au nom de « trente-cinq sections, adoptée par le Conseil général « de la Commune de Paris et tendant à proscrire vingta deux de ses membres. »

Comme pour compléter le triomphe de la Gironde, Delaunay jeune vient, un instant après, au nom du Comité de législation , lire l'acte d'accusation contre Marat. Le décret cette fois est rendu sans débat '.

4. Cet acte n'était à p«u presque la répélitioD, avecde nombreosea citations à l'appui, du rapport fail déjà par Delaunay jeune, le 13 avril. Voir plus haut, p. 134. Deux représentants du nom de Delaunay siégeaient à la Convention, ils étaient frères et (eus deux députés de Maine-et-Loire. L'aîné apparlenait â la Montagne; il fut compromisdaDsraffairedelafalsiBcation du décret relatifs la Compagnie des Indes, traduit au Tribunal révolutionnaire avec Chabot, Pabre d'Églantine, Danton et Camille Desmonlins, et périt avec eux le 5 avril 1791. Le second, qui fut l'organe du Comité de législation dans l'affaire de Haral, siégeait à la Plaine; il survécut à la tempête révolutionnaire et devint président du tribunal criminel de Maineet-Loire, puis président de cbambre à la cour impériale d'Angers.

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