LIVRE XXXVr
silence et de sa soumission. La doctrine que Je prêche fut de tout temps celle des amis éclairés de la liberté ; celle que je combats n'est autre que le système de gêne, de taxations, de recensements, de visites domiciliaires, d'amendes, d'emprisonnements, pratiqué par les parlements, les intendants, les conseils d'État et tous les agents et sous-agents de l'ancien régime.
« La taxe, pour être équitable, devrait être proportionnée à une foule de frais, d'avances, de salaires dont le prix, variant sans cesse, devrait aussi faire varier chaque jour celui de la taxe. Le commerce libre peut seul suivre tous les degrés de ces variations.
« Si vous voulez fixer le prix du grain, il faut tout taxer ; c'est le seul moyen d'établir une proportion entre le prix des choses et les salaires. Mais, croyez-le, cette proportion s'établira bien mieux par la force des choses que par tous vos calculs. Savez-voas quelle est la cause du reochérissemenl des denrées? C'est la surabondance du papier^monnaie, dont les dépenses nécessitées par la guerre vous ont fait faire des émissions considérables. Il n'en est pas de la surabondance du papier circulant comme de la surabondance des monnaies d'or et d'argent ; celles-ci s'exportent soit en nature, soit fondues en lingots; mais le papier ne s'exporte pas; car, en sortant du pays où on l'a émis, il ^t séparé de son gage. Les étrangers ne peuvent apprécier la solide hypothèque que présentent dos assignats. Vous ne pouvezea étendre la circulation au dehors; hàtez- Tous donc de diminuer au dedans la mi^se de votre monnaie fiduciaire. ■ ' f
« On dit que la taxe que l'on propose d'établir suites grains ne sera que momentanée, qu'elle est avant tout une mesure révolutionnaire. J'adopte les mesures révolutionnaires qui Tont vivre, non pas celles qui font mourir de faim. »
Nous n'avons pu résister au plaisir de montrer que, dans ces temps de trouble et d'anarchie, les vrais principes de l'économie politique étaient déjà professés par quelques hommes dont les vues larges, les connaissances variées, faisaient un si singulier contraste avec la stupide ignorance de la tourbe jacobine. Ces quelques hommes payèrent, de leur popularité d'abord, de leur tête ensuite, le tort d'avoir trop raison.
Écoutons maintenant la réponse que des pétitionnaires du faubourg Saint-Antoine firent le lendemaio aux discours si sensés de Ducos et de Fonfrède.
« Mandataires du Souverain, disait l'orateur, les hommes du 1 i juillet, des 5 et 6 octobre, du 20 juin et du J 0 août, et de tous ces jours de crise, sont à votre barre pour vous y dire des vérités dures, mais que des républicains ne rougissent pas et ne craignent pas de dire à leurs mandataires. Rassemblés dans cette enceinte pour opérer le salut public, répondez, qu'avezvous fait ? Vous avez beaucoup promis et rien tenu. Nous venons aujourd'hui vous demander :
« 1° De faire partir pour l'armée non-seulement tous les militaires qui sont à Paris, mais encore tous les signataires de pétitions anticiviques, tous les gens suspects d'incivisme, tous les célibataires depuis Page de dix-huit ans jusqu'à cinquante ans, y compris les mi-