LIVRE XXX
atlaqués, tirent de lous côlôs et se répandent dans les rues en criant : vengeance ! Une trentaine de victimes tombent sons leurs coups. Les frères Bernard s'éiancenl au milieu de ces forcent^s, et parviennent enfin à arrêter l'effusion du sang. lis ont la précaution de faire emprisonner, pour les mettre en lieu de sûreté, plusieurs fonctionnaires désignés depuis longtemps à l'animadversion des insurgés, notamment le président dii directoire du district, Sauveur et le procureur-syndic Lefloch.
La soirée se passe si tranquillement que les frères Bernard croient pouvoir se retirer dans leur maison de campagne d'où les paysans les ont enlevés le nihtin. Mais, dès le lendemain, les plus animés parmi les rebelles, prolitant de l'absence des seuls hommes qui puissent avoir quelque inQuehce sur la masse de leurs conipagnons, se précipitentversia prison, en arrachent lesdeux malheureux magistrats et les entraînent à travers les rues, voulant, disent-ils, les contraindre a faire amende honorable. Aux injonctions qui leur sont faites. les deux martyrs ne répondent que par des cris de : i-i l'e la Hépubliqtie, vive la Nattonlet tombent percés de coups'.
Le 15 mars, vingt mille insurgés se présentent devant
i. Les trois Trërea Bernnrd, malgré l'Iiumanilé dont ils avaient fait preuve, n'en Tiirent pas moins condamnés a mort par le tribuoal criminel de Nantes, jugeant révoluiionnaîrement, les deux premiers le 17 ventôse an 11 (7 mars 179i], el le troisième le S9 germinal suivant (18 avriM794].
Pour honorer la mémoire de Sauveur, la Convention ordonna par décret que la Roche-Bernard s'appellerait désormais la Roche- Sauveur.
DictizedbyGoOJ^IC
S7S . IlISTOIRE DE LA TERREUR.
Cliolel, clief-lieii de district de Maioe-et-Loire. La garde nationale ne pouvait évidemment pas se défendre contre une avalanche semblable; elle l'essaye cependant, et ce 'n'est ((u'après sept heures do combat que les insurgés se rendent maîtres de la ville et du cbdleau. Les archives sont brûlée-s. les caisses pillées. Une espèce de commission militaire se forme par les ordres d'un misérable nommé Six -sous, ancien canonnier dans l'armée; elle fait mettre à mort une quinzaine de prisonniers ' .
Des faits également déplorables se passèrent dans une dizaine d'autres localités'. On peut estimer à trais cents environ le nombre de personnes qui, du 31 au 15 mars, tombèrent victimes des vengeances du peuple des campagnes. Ce fut surtout dans les cbefs-lieux. de district que les meurtres furent plus atroces et plus nombreux ; on no doit pas s'en étonner. De ces petites villes étaient partis (Ie[)uis trois ans tous les ordres vexatoires , toutes les mesures tyi-anniques dont les populations rurales avaient eu tant à se plaindre. Ea immolant quelques fonctionnaires subalternes, les seuls dont les noms étaient parvenus jusqu'à leurs villages, elles se figuraient avoir ainsi décapité ia République. En quelques jours, l'insurrection tint en son pouvoir
1. Six-sous fut, peu de temps après, arrélé par les ordres des <-hcfs ïpndéeni. Il fut passé par les armes après D'avoir que trop souillé de ses forfaits la cause vendéenne.
t. Nolamment ï BourgnoiiT, à Logi', à Savenay, a Tiflaujias, i Plumcliau près Pontivy, à Roclipfoft prés Vannes, à Parce près Fougères.
D,:|,l,;..JtvG00J^IC
LiVHE XXX. S73
ia presque tolalilé du territoii'e de huit départenieiils '. Etie était maîtresse du cours de la Loire depuis Ingrandes jusqu'à Paimbœuf. Sur la rive gauche, suivant uoe ligne passant par Morlagne, Tiiïauges, Montaigu, Legé et Challans, elle arrivait jusqu'à l'Océan. Sur la rive droite, elle possédait Chalonnes, Ancenis, Chateaubriand, Coui^ron, Blain, Savenay, Guérande et le Croisic. La ville de Nantes se trouvait ainsi placée au milieu d'un cercle presque inipénétrable. Dans lesCôtes-du-Nord, les rebelles occupaient Lamballe et Restroven; dans l'illeet-A'ilaine, Hedon, Laguerche, Vitré, Fougères et Dole; dans le Morbihan, la Roche-Bernard et Rocherort; dans le Finislcre, Sainl-Pol-de-Léon et Lesneven. Ils arrivaient presque aux portes de Lorient et Brest, les deux principaux arsenaux de la marine militaire.
Les représailles des républicains ne se firent pas attendre. Dès le 13 mars, c'est-à-dire le lendemain des massacres de Machecoul, deux jours avant ceux de la Boche-Bernard et de Cholet, les autorités municipales et départementales, séant à Nantes, sous la présidence du maire Baco, ordonnèrent :
1* Qu'un tribunal criminel extraordinaire serait formé pour juger sans appel les révoltés ; 2' que la guillotine
1 . Dcux-Sèvrag, Vendée, Maine-fi [-Loire, Loire-Inférieure, Ille-et- Vilaine, Câlcs-du-Nord, Morbihan, Finistère.
DictizédbyGoOJ^IC
serait immédiatement dressée sur la place du Douflày; 3° que des coui's martiales accompagaeraient chaque détachement de la force armée et jugeraient sur les lieux mêmes les insurgés arrêtés les armes à la inaio; h." que les biens des rebelles seraient cooiîsqués au profit delà République; 5° que les maElres seraient civilement responsables pour leurs domestiques, les pères pour leurs enfants.
Cet airélé était illégal au premieh chef; ii n'avait pour base aucune loi; Jes autorités nantaises s'y arrogeaient noD-seulement le droit de conflscation, mais encore le droit de vie et de' mort sur leurs concitoyens. Il n'en fut pas moins mis à exécution dès le lendemain par les colonnes mobiles que la ville de Nantes envoya dissiper les attroupements qui battaient ta campagri^'.
Peut-être par des mesures moins violentes aurait-OQ pu apaiser les troubles. En divers endroit, les populations rurales avaient eu honte des excès auxquels elles
i. Dès le 17 mars, la commission militaire de Paimbœuf entrait en Tonclion, cl faisait fusiller plusieurs prisonniers [Monilenr, W 86). Deux jours auparavant, d'autres prisonniers avaient été mis à mort par les républicains sans aucune forme de procès. Ainsi, dans une lettre conservée au greffe de Nantes {Papiers de la commission miliCaire de Paimbœaf], od lit ce qui suit : « Le 15 mars, le sieur Normand a été reconnu pour l'un des chefs de l'insurrection et esl dès lors convaincu d'avoir coopéré à la destruction de notre ConslitulioD, et conséquemment d'être criminel de lèse-nation. Le ju^^emcnl dudil Normand ayant été soumis à la sanction générale de la trouj», elle l'a unanimement et par acclamation condamné à être fusillé. Ce qui fut fait immédiatement. 1S mars, une autre bande ayant été dispersée près de Bourgneuf, le chef des insurgés a été détruit avec se$ complices, a