‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 148 sur 200 · LITRE XXXII · texte numérisé non relu

LITRE XXXII

Belinqud* et qu'il considère comme lui étant entièrement dévoués. Il a'a aucune confiance dans les Tolonbires de nouvelle levée qu'on vient d'y rassembler. Il sait aussi qu'un commissaire de la Convention, Bellegarde, se trouve à Valencienoes, que deux autres commissaires, Carnot et Lesage-Senaut, sont à Lille et que leur présence et leurs réquisitions peuvent singulièrement contrarier l'exécution de ses projets.

Son parti est bienlAt pris. Il foit choix du grand prévdt de l'année, Lescuyer, pour se saisir de Yalenciennes ; de Miaczinsky, pour s'emparer à tout prix du boulevard de la Flandre française ^

Lescuyer était un vieux militaire qui avait passé par tous les grades subalternes de la gendarmerie et qui, assez souffrant dans ce moment, était venu demander UQ congé de convalescence. Il avait quitté Yalencienn^ quelques heures auparavant et avait assisté aux dernières scènes que nous avons racontées. Dumouriez le (ait venir dans son cabinet :

« Ce n'est plus de congé qu'il s'agit, lui dit-il, il y

1. Afin de se donner 1b rôle d'un habile compiralenr qui n'a pas été pris au dépourm, Dumouriez, dans ses mémoireB, place tes teolatives sur Talenciennes et sur Lilie ua jour ou deux avant l'arrestation des commissaires. Tous les historiens ont suivi sa version; il n'y avait cependant qu^ consulter les pièces insérées an Mûniteur et au Bulletin du Ir^tmal rivobuionaa^e, deux documents qui sont )i la portée de tous, pour se convaincre de la complète busseté de cette partie du récit du général. Les pièces inédites que nous avons retrouvées et que noue donnons, soit dans le texte de ce livre, soit dans les notes à la fin du volume, rendent encore plus palpable le men- •onge de Dnmoaries.

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a trop de besogne urgente. Je vous expédie à ValeocieDoee pour y arrêter le représentant Bellegarde. Je vais vous donner quatre hussards pour tous accompagner; TOUS me le ramènerez à la pointe du jour dans votre voiture. Dites-lui que je veux conférer avec lui sur les af&ires de l'armée, et que, si j'avais pu, je serais allé moi-même le voir. Voici l'ordre d'arrestation :

« Il est ordonné au citoyen Lescuyer de s'emparer a cette nuit de la personne du citoyen Bellegarde, dé- - 0 puté de la Conventioii nationale, et de l'ameoer à ta K petite pointe du jour au quartier général des bains « SaÏDt-Amand.

I Ce 1" avril 1793, an 4* de la liberté.

« Le général en chef, DcvoDRlEZ. >

0 P.-S. Si le général Ferrand s'oppose à cette eipé- « dition, il en sera responsable.

« DUHOVRIEZ. »

Lescuyer ne fait aucune observation. En sa qualité de grand prévôt de l'armée , il est accoutumé à arrêta tous ceux que lui désigne le général en chef. Quatre membres de la Conventiou vieunent d'être saisis par les hussards ; il ne lui sera pas plus difficile d'en 'aire saisir un cinquième par ses gendarmes.

Au moment où il va faire préparer sa voiture, après avoir reçu les dernières instructions de Thouvenot, chef d'état-major, il se retrouve sur les pas de Dumounez. L'impatience du général ue lui permet pas de calculer le peu de minutes qui se sont écoulées depuis qu'il a

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donné l'ordre d'arrestation, a Comment, Lracuyer, s'écrifr-t-il, TOUS n'êtes pas encore parti? Hâtez-vous, et revenez de suite avec Bellegarde. »

Une fois en route, le grand prévdt combine son plan de manière à engager le moins possible sa responsabilité. L'ordre fait mention du général Ferrand; le mettre dans la confidence sera moins dangereux que d'agir sans lui.

Les portes de Valenciennes s'ouvrent aaturellement devant le grand prévôt. Sans perdre de temps, Lescuyer court chez Ferrand. En roule, il rencontre le commissaire ordonnateur, Beauvallon , qu'il sait être l'un des confidents les plus intimes de Dumouriez. Il l'entraîne chez le commandant de la place dans l'espéraoce^que celui-ci, ayant à soutenir deux assauts au lieu d'un, se rendra plus facilement. Les deux visiteurs sont h l'instant même introduits dans la chambre de Ferrand, qu'ils trouvent couché. Lescuyer, après les compliments d'usage, entame un long discours sur la oécessité d'obéir aveuglément aux ordres de ses chefs hiérarchiques, quand bien même on serait obligé de contrevenir aux réquisitions des commissaires de la Convention. Au milieu de sa harangue, il se tourne vers BeauvalloD, espérant que celui-ci confirmera de sa parole les principes qu'il vient d'émettre; mais celui-ci lui répond en bâillant : u Je dors et je vais me coucher, o Resté seul avec Ferrand, Lescuyer se décide à aller droit au but.

s Où demeure le député Bellegarde? lut dit-il.

— Pourquoi cette demande ?

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— C'est que j'ai ordre de l'arrêter.

— Ordre d'arrêter Bellegarde? Pourquoi celui-li plutôt qu'un autre?

— Il y en a donc d'autres?

— Oui , Lequiûio et Cochon , qui viennent d'arriver. »

Trois arreBlations à opérer au lieu d'une, cela changeait fort la question. La ruse était plus difficile, la force plus périlleuse à employer. Lescuyer se tire de ceUe position comme le fout généralement les subalternes, qui en rétêrent à leur supérieur, au risque de perdre des heures précieuses et de laisser échapper l'occasion. Il écrit k Dumouriez une lettre pour lui annoncer qu'au lieu de lui livrer un seul député, il espère lui en amener trois; mais qu'il lui est impossible de songer à s'emparer de la personne des l'eprésentaots au milieu de la ville et en présence de la population ; qu'une telle entreprise amènerait une division entre les corps administratifs, la garde nationale et la troupe de ligne; que cette divisi<Hi dégénérerait inévitablement en une rixe sanglante, qui pourrait bien ne pas tourner à l'avantage des projets du général; mais qu'en guettant le moment oii les représentants sortiront de la ville, comme ils en ont annoncé l'intention, rien ne sera plus facile que de les enlever avec les hussards que Dumouriez lui a donnés et les gendarmes que lui fournira le général Ferrand,

Ce dernier jouait, en effet, un jeu double. Il ne savait qui allait triompher dans la collision qui se préparait; mais il voulait se mettre d'avance en règle avec le vain-

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