LIVRE XXVI
La masse éaonne du papier-moDoaie était, en eiïet. le principal embarras de la situation et l'objet incessant des préoccupa tioDS du Comité des finances. Son rapporteur habituel, Cambon, faisant trêve aux idées exagérées qu'il professait en politique, vint, peu de jours après l'émeute du 25 février, exposer à l'Assemblée le ton immense que les agitations populaires causaient au trésor public. « Si les assignats éprouvent une dépréciation considérable, dit-il, si le commerce est aux abois, si les contributions ne rentrent pas, tout cela est dû aux prédications insensées des faux patriotes qui entretiennent le peuple dans un état perpétuel de trouble et de défiance. Le gage de nos assignats repose sur les propriétés que la nation met en vente, mais personne n'ose les acheter depuis le moment où certains individus se sont mis à prêcher la violation des propriété particulières. Le papier de la nation ne circule pas et par )■) il se discrédite. Le prix des denrées augmente ainsi que nos embarras. Bien plus, vous avez décrété des récompenses pour les défenseurs de la patrie, vous leur avez allribué des terres; mais, si ces terres ont perdu toute valeur, vos promesses sont illusoires- 1^ première base de votre systèmede fmances est la confiance. Décrétez donc que toutes les propriétés sont sous la sauvegarde de la loi.
— Déclarez aussi, ajoute Louvet, que les membres des autorités constituées de Paris sont individuellement e( solidairement responsables des atteintes qui pourraient être portées, dans cette ville, à la sûreté des propriétés et des personnes.
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6e HISTOIRE DE LA TERREUR.
— Tout ce que Louvet et Carabon proposent a déjà été décrété depuis longtemps, répond la Gauche.
— Eh! bien, renouvelez ces décrets, puisqu'ils ne sont pas exécutés, » réplique Bancal.
La Convention rend un ordre du jour motivé sur l'existence des lois antérieures. — Mais tous ces décrets, anciens et nouveaux, n'étaient pas mieux obéis les uns que les autres. Les journaux démagogiques persistaient à provoquer au meurtre et au pillage. Le Comité de législation, chargé de rédiger une loi contre tant d'excès, ne faisait pas son rapport. Marat continuait à trôner orgueilleusement à la crête de la Montagne.
Après avoir défendu longtemps la cause de la liberté du commerce, la Convention se laissera bientôt entraîner h voter cette fameuse loi du maximum qui doit mettre le comble aux maux de la nation.
Quoi qu'en eût dit Cambon, on ne décrète pas la conGance. On peut bien proclamer l'infaillibilité du peuple, on peut bien proclamer sa toute-puissance, mais il est impossible au législateur, à quelque source qu'il puise son droit, sur quelque force qu'il s'appuie, quels que soient les moyens qu'il mette en usage, de déterminer le taux des salaires ou le prix des marchandises. Autant vaudrait essayer de régler la marche des saisons ou le niveau d'un grand fleuve. La Convention en fit la triste expérience. Elle voulut imposer despotiquement sa volonté aux transactions commerciales, comme elle avait essayé de le faire pour les choses du domaine de la conscience. Elle appela à son aide la terreur et les échafeuds, elle couvrit la France de ruines, et, au bout